Revue de presse : Quand Shonda Rhimes redéfinit le succès sur network

Revue de presse : Quand Shonda Rhimes redéfinit le succès sur network

Scandal, avec une audience de 8,3 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode, est un des succès de la saison. Photo ABC

Publié dans la première quinzaine de mai, un portrait de la créatrice de Grey’s Anatomy et Private Practice, paru sur le site du New York Times, pose une question toute simple : puisque la méthode des networks pour fabriquer des dramas à succès ne marche plus, comment la showrunneuse se débrouille-t-elle pour sortir un hit comme Scandal ?

Une question qui sert de titre malicieux et qui, forcément, ne laisse pas indifférent lorsque l’on s’intéresse au devenir du Big Five (les cinq grands networks américains : CBS, Fox, ABC, NBC, CW), chahuté chaque année un peu plus par la concurrence des chaînes câblées.

Ce que l’on retiendra de ce portrait, écrit par la critique Willa Paskin, c’est que le succès de Rhimes s’appuie sur une conjonction d’éléments. Conjonction qui tend à redéfinir sensiblement l’idée que l’on peut avoir de ce qu’est la télévision de qualité sur les networks. Apparemment déterminée à combattre les clichés qui voudraient que ses séries ne soient que des guilty pleasures qui sentent fort le soap (1), la patronne de Shondaland triomphe aujourd’hui pour deux raisons.

La première, c’est parce qu’elle réinvestit le point de départ d’intrigues à succès (exemple : un homme prend une fausse identité à la suite d’un horrible incident pour reconstruire sa vie. Ça vous rappelle Mad Men ? C’est aussi dans Scandal) pour raconter une histoire hyper rythmée, sensiblement mélo mais sans temps mort.

La deuxième : elle ne met pas sur le devant de la scène un homme blanc torturé (ce qui est très souvent le cas ailleurs) mais toute une galerie de personnages qui sont d’habitude au second plan. Une Afro-Américaine. Un gay. Une Première dame intrigante. Quitte à transformer, du propre aveu de la productrice, le président des USA en alter ego de la jolie fille que tous les hommes de la série voudraient sauver dans les autres fictions.

Est-elle la première à le faire ? Non, en tout cas pas exactement. Dans les années 90, pour Homicide, Fontana et Levinson n’ont, par exemple, pas attendu Shonda pour mettre en scène des héros noirs qui n’avaient pas besoin de dire toutes les dix minutes qu’ils avaient une couleur de peau différente (2). Mais c’est vrai qu’elle pousse sa logique créative jusqu’au bout dans Scandal.

Tony Goldwin interprète-t-il l’équivalent de la pom pom girl dans plein d’autres séries US ? Photo ABC

L’intérêt sera donc de voir jusqu’où Rhimes peut aller, alors qu’elle est plus ou moins en train de tordre le cou à l’idée qui voudrait qu’elle ne sait raconter que des histoires de polygones amoureux. Jusqu’ici, dans Scandal, plus elle a osé, plus ça a payé auprès de ses fans. Est-ce appelé à durer ? La saison 3 devrait apporter des éléments de réponse, alors que les dirigeants d’ABC lui cirent aujourd’hui allègrement les pompes. « Si demain, elle vient me voir en me disant « J’ai une super idée », je saute dessus », assure Channing Dungey, en charge du développement de projets de la chaîne.

Ce genre de lune de miel ne durant jamais très longtemps, Shonda semble vouloir en profiter. « Je voudrais faire une série avec une femme qui a un flingue et qui botte des culs », lâche-t-elle dans le portrait du New York Times. OK. Bon, il va sans doute falloir creuser un peu mais comme on le disait dans le portrait que le Daily Mars lui a consacré, cette femme aime décidément aller là où on ne l’attend pas.

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(1) Si vous pouvez, faites le test : dites ça devant elle. Il y a de fortes chances que la colère la fasse bondir plus longtemps qu’un Popple)
(2) Et ça, la dame a un peu tendance à l’oublier…
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