Short term effect (critique de States of Grace, de Destin Cretton)

Short term effect (critique de States of Grace, de Destin Cretton)

Note de l'auteur

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Lorsque le cinéma indé US choisit de traiter des problèmes sérieux, comme la délinquance juvénile, il y a souvent comme un air de ne pas vouloir trop y toucher qui rend ses films quelque peu anecdotiques alors qu’au contraire, ils devraient être bouleversants. Short Term 12 souffre exactement du même genre de handicap. Tout est fait pour que l’histoire nous renverse et pourtant, on repart de là sans avoir été véritablement ému.

Il faut dire qu’en voulant s’attaquer au quotidien d’un foyer pour jeune, Short Term 12 (littéralement « foyer à court terme n° 12 ») partait d’une ambition quelque peu casse-gueule. La tentation de tomber dans le pathos facile n’est jamais très loin et il faut reconnaître à Destin Daniel Cretton une certaine honnêteté dans le traitement de son sujet. Les moments intenses sont relativement solides et ne tiennent pas du racolage à base d’enfants maltraités ou de scènes montées dans le seul but de nous arracher une larme (coucou Polisse). Le réalisateur filme la vie de ce foyer en toute discrétion et parvient à insuffler une véritable dynamique de groupe qui rend chacun des pensionnaires passionnants à découvrir. Mention spéciale à Keith Stanfield qui nous offre la plus belle performance de tout le casting.

states_of_grace01Malheureusement, en adaptant son court métrage en long, Destin Cretton nous fait le coup du détournement de film : je vous présente un truc pour vous parler d’autre chose. Plutôt que de se focaliser sur la vie du foyer, il bifurque sur les problèmes existentiels de Grace, la chef d’équipe. Ce n’est pas que ses problèmes soient moins importants que ceux des gamins. Loin de là, puisqu’on apprend qu’elle sort elle-même de ce type de foyer et qu’elle a manifestement morflé étant plus jeune. Mais en reléguant volontairement le ST12 au second plan, Cretton passe à côté de son sujet. C’est typiquement le genre d’arche qui peut fonctionner dans une série mais qui, dans le condensé narratif du film, prend une place nettement trop importante par rapport au reste. Ironie du sort, States of Grace, le titre pourtant pitoyablement franglais, correspond du coup plus au film que l’original.

Au final, malgré son honnêteté de départ, le réalisateur donne l’impression de se soucier plus de son aspect formel que de son histoire. C’est un agneau qui nous parle d’un monde de loups et qui formate malgré lui son récit au point d’en faire presque n’importe quoi, quitte à perdre une certaine crédibilité. Malgré tout le bien qu’on peut penser de John Gallagher Jr. (The Newsroom) et Brie Larson (Rampart, Don Jon), leur air de pompon hipster est un sale coup porté à la vraisemblance du récit. Ajoutez à cela un ton arty et une musique douce et gentillette et Short Term 12 ne fait qu’effleurer le sujet et ne s’éloigne jamais vraiment du domaine du feel good movie là où d’autres auraient pu livrer un film nettement plus marquant.

 

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