Simon Astier : « Hero Corp pourrait se passer chez les pompiers. »

Simon Astier : « Hero Corp pourrait se passer chez les pompiers. »

A l’occasion de la Nuit Hero Corp Saison 2 sur France 4 ce samedi 17  août 2013, le Daily Mars vous propose de découvrir une interview de Simon Astier, rencontré en juillet dernier après la gigantesque conférence Hero Corp lors de la Comic Con Paris. Cet événement a rassemblé des milliers de fans de la série et l’émotion des acteurs face à leur public était palpable. Lors de son interview, Astier nous a parlé du prochain retour de son bébé, de l’impact des fans sur la série mais également de la place des séries de genre dans le paysage télévisuel français. Bonne lecture !

On s’est rendu compte que vous étiez un peu la Lara Fabian des geeks, c’est-à-dire que Lara Fabian a une fanbase de taré, elle remplit des salles entières, et on s’est dit que c’était un peu la même chose pour vous…

Simon Astier – © Thomas Caramelle / Allocine

Mais j’aime bien moi, quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup Lara Fabian. J’étais un petit peu amoureux d’elle. C’est un très beau compliment.

Quand on passe des années à essayer de faire revivre sa série et qu’on vous donne enfin le feu vert, qu’est-ce qu’on ressent ?

On ne ressent rien jusqu’à maintenant, parce que ça a été long et très fastidieux. Pendant 2 ans ½, il y a eu des pistes de re-départ et c’était un long tunnel en fait. On ne vit pas des choses agréables et, bizarrement, quand on vous dit oui et qu’il faut tourner le lendemain, on ne pense qu’au boulot. On essaie de faire les choses avec le peu de temps qu’on a, et de les faire bien. C’est la première fois aujourd’hui qu’on se rend compte de ça. C’est fou parce que c’est aujourd’hui [le samedi 6 juillet, à Comic Con Paris] qu’on a pris conscience de l’ampleur de la chose. On n’a pas eu le temps et pas eu le plaisir de profiter de ça avant. C’est indescriptible mais il y aura eu avant et après ça.

Comment c’était de recommencer à tourner la série ?

C’était logique pour nous. On ne s’est pas posé de questions. On était heureux de le faire parce que cette bande de copains existe, on est une bande de gens qui s’aiment beaucoup. On a grandi ensemble dans ce métier. Ça se voit au fur et à mesure des saisons. Je trouve qu’on arrive à faire les choses de mieux en mieux avec toutes les contraintes que l’on a. On est rassemblé autour d’un projet et en fait c’est un prétexte, car on aime travailler ensemble, quelque soit le projet. Beaucoup n’ont pas accepté la fin de la série et me disaient tout le temps que ça allait repartir. Donc quand c’est reparti, il y a tout de suite eu une espèce de naturel, on a repris les personnages et on n’a pas eu le temps de se poser de questions parce qu’il fallait tourner beaucoup de choses. Ça a été facile en fait, bien que dur parce que les contraintes de tournage sont très compliquées. C’était vraiment un bonheur de re-bosser ensemble.

Le logo d’Hero Corp saison 3

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la saison 3 ?

Pas grand-chose, pour ne pas gâcher le plaisir des gens. Le format change, mais c’est une bonne chose au final. On s’est beaucoup posé la question et j’ai beaucoup eu peur du format. Au final, ça correspond bien à ce qu’on fait parce que ça nous pousse à être ultra tendus tout le temps narrativement. Il n’y a pas de temps mort. Tout est indispensable à la narration : chaque seconde, chaque réplique. On ne se perd jamais, on ne va jamais dans des digressions ou sur des trucs qui, avant, ont pu, peut-être, nous faire perdre en rythme. Ca reste Hero Corp, mais avec 35 cliffhangers au lieu de 15. Je trouve que c’est un bon truc. Chez France 4, ils connaissent leur chaîne, ils connaissent leur manière de diffuser, ils savent ce qui marche chez eux, et ils nous ont dit que si on voulait que ce ne soit pas juste un coup d’épée dans l’eau, il fallait essayer de maximiser les chances pour que cela fonctionne. D’où le 7 minutes. Ils ne m’ont jamais dit de faire du programme court comme “Scènes de ménage” et autres qui sont juste des sketchs. Ils m’ont dit de faire du Hero Corp mais en 7 minutes. Au final, il y a un épisode tous les soirs et les enjeux sur la semaine qui courent. Moi, j’ai écrit ça en 35 petites parties, et en 7 blocs parce qu’il y a 7 semaines de diffusion. Tu peux regarder le soir ou le week-end,  compilé en rediffusion. Cette série, elle raconte vraiment le poids de l’appartenance et le poids des origines sur mes personnages et je crois que la saison 3 est vraiment très chargée à ce niveau. Ça reste rigolo, mais il y a ça en plus et j’en suis assez content pour l’instant.

Est-ce que vous avez encore des craintes quant à l’avenir d’Hero Corp ?

Bien sûr.

Pourtant la saison 3 s’achève sur un cliffhanger c’est bien ça ?

De toute façon, quelque soit la suite, il aurait fallu un cliffhanger. Je ne peux pas faire une saison terminée sur un truc bouclé où tout le monde sourit. Je trouve ça con. Moi, c’est cette écriture là que j’aime, vraiment. Donc, oui j’ai très peur, parce que je n’ai pas envie de revivre ce que j’ai vécu pendant 2 ans et demi. Et je me dis que ce serait tellement absurde que ce truc s’arrête. Les gens parlent, le public parle et il a été écouté pour la première fois et j’espère que c’est le début d’autre chose. Si ça marche à l’antenne, il y aura une suite. Si ça marche pas, il n’y aura pas de suite. Mais on essaiera de faire une suite quand même, je ne sais pas comment. De toute façon, je me suis engagé, j’irai au bout de l’histoire. Quand on s’engage face à un public comme ça, on a pas le droit de les trahir. Moi, j’irai au bout et au bout de l’histoire, quelque soit le support. Je suis en train de changer d’avis sur le crowdfunding parce que moi, ce qui me gène c’est de faire payer les gens. Je préfère que les gens aillent acheter un t-shirt, un dvd, un truc qu’on a fait pour eux et qu’ils vont garder, un objet, un souvenir d’un truc qu’ils aiment plutôt que de leur faire payer des salaires et des locations de matériels. Je trouve ça bizarre. C’est ce que je cherche avec des diffuseurs comme France 4 ou comme les autres d’avant, c’est de la liberté. Et au final, la plus grande liberté, tu l’as quand tu es directement avec le public. Quand il n’y a pas des gens qui essaient derrière de te faire des retours sur les textes en te disant que ça s’est segmentant, ou que ça, ça va pas plaire à telle personne. Au final, moi je fais ça avec mon cœur, vraiment. Il y a plein d’autres projets que je ne fais pas avec mon cœur. Je le dis parce que ce métier est dur. Il y a des trucs, j’y vais, et je prends du plaisir. Mais ça n’a rien à voir avec Hero Corp, que je le fais vraiment avec mon coeur et dans lequel je raconte des choses qui me tiennent à cœur.

QUESTION SPOILER : est-ce qu’on va revoir dans la BD ou dans la série, la sœur jumelle de John ?

C’est une très bonne question, mais je préfère pas répondre parce que je trouverais ça dommage. Après, je pense que la BD, pour ceux qui connaissent bien la série, c’est quelque chose qui est bien de lire avant de voir la saison 3.  

Est-ce que l’engouement autour d’Hero Corp ne serait pas aussi symptomatique d’un manque de série de ce genre à la télévision française ?

La fameuse conférence Hero Corp – ©Thomas Caramelle / AlloCine

J’en ai aucune idée. Je pense que l’histoire d’Hero Corp avec son public est un peu exceptionnelle, dans le sens où les gens sont là depuis le début. Ils ont d’abord commencé par être charmés par la démarche de faire une série comme ça. Et en saison 2, j’ai l’impression qu’ils ont été charmés par le contenu, plus que la démarche. C’est ce que je perçois, parce que nous, en saison 2, on était plus libre, et on a appris de la saison 1 aussi. On ne me poussait pas à aller vers un truc feuilletonnant, donc c’était un combat. Et comme la première saison a très bien marché en audiences, j’ai pu faire davantage ce que je voulais dans la 2. Elle parait plus « dark » dans les enjeux, mais elle est plus drôle, je pense, parce que ça ne repose pas sur l’humour. J’aime quand les comédies reposent sur l’histoire avant tout. Dans la production actuelle télé, on ne peut pas dire qu’avec Hero Corp on soit dans le même créneau. Non pas qu’il aient tort. Quand ils font des trucs très familiaux sur les voisins, je pense que ça parle aux gens. Je pense que c’est vraiment très français, il y a un public pour ça.

On essaie – j’inclus mon frère dedans – nous, de raconter des histoires sur des thèmes qu’on connaît, très humains. Moi, ça parle vraiment d’un mec qui à un problème avec d’où il vient, avec le poids de ses parents, de son destin. Hero Corp pourrait se passer chez les pompiers. Ça pourrait être la même chose. On aime bien raconter des histoires sur des choses que l’on connaît mais les mettre dans des univers qui touchent au rêve, c’est ce qui me plaît. C’est parce que j’ai grandi avec un certain cinéma. Les premières images qui m’ont marquées, c’était des choses qui étaient loin de mon quotidien. Les univers inventés, c’est ça que j’aime. Donc s’il y a un public pour ça en France, je suis le premier à militer pour ça. J’ai un autre projet de série qui est en cours, toujours dans ces cultures là, et on essaie de se battre et de les mettre en avant. Mais je ne pense pas qu’il y ai une incohérence. Je pense qu’il y a un public pour ces trucs là aussi, qu’il n’est pas assez représenté peut-être, et qu’il est surtout pas du tout écouté. Quand on voit des événements comme ici et quand on voit les scores que font les films de super-héros etc. Mais, en même temps, les gros cartons d’audience à la télé, c’est absolument pas des choses sur des super héros, sur des trucs de SF ou sur des space opéras. Je crois que la production est cohérente avec l’audience. On nous dit constamment qu’Hero Corp est segmentant, que c’est pour un public de niche. J’ai appris récemment, et ça m’a fait rire, que le discours change dans certaines chaînes. Il se disent “il faut aller chercher les niches”. Et quand je vois 13000 personnes dans une salle, je me dis quand même “la niche est très grande mine de rien”. Joséphine Ange gardien, je ne sais pas s’il rassemblerai 13000 personnes dans un hangar… Mais en même temps, ils font 9 millions à la télé ! En fait, je crois qu’il y en a pour tout le monde, bizarrement. Sur les grandes chaînes nationales, ils doivent remplir leur case phare du soir pour pouvoir vivre, donc elle doit rassembler un maximum de gens. Et ça pour moi, c’est pas incohérent. C’est juste leur métier. Et quand ils font 9 millions sur Joséphine ou sur des séries françaises, je pense que le pari, il est juste réussi. Ce sont de très grandes chaînes.

Est-ce que par rapport à ce public de niche, que recherchent les grandes chaines, vous n’avez pas l’impression qu’au final, vous avez été en avance avec Hero Corp ?

Oui, on a été les premiers, mais à la fois, c’est jamais bien d’être les premiers. Aujourd’hui, les séries de 26 minutes sur les petites chaînes, il y en a partout. Ça pullule partout. Mais c’est vrai, je crois, qu’on est la première série qui s’installe avec un autre univers. C’est bien et pas bien parce que souvent, tu paies les pots cassés. C’est même drôle parce que il y a plein de production qui font des séries et qui appellent les gens de mon équipe pour dire “comment vous faites pour produire avec 9€50 ?” C’est drôle. On est contents. Les records, c’est joli, mais le plus joli, c’est vraiment l’histoire que l’on a avec les gens.

Propos recueillis par Marine Pérot et Julia Lagrée lors de la Comic Con Paris 2013.

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