Simon Astier : « Hero Corp ne s’arrête jamais de vivre »

Simon Astier : « Hero Corp ne s’arrête jamais de vivre »

Le lancement du tournage de la saison 3, le changement de format, l’état d’esprit dans lequel sont préparés les nouveaux épisodes, la logique transmédia du projet : au moment de faire un large tour d’horizon sur Hero Corp, on a retrouvé un Simon Astier fidèle à lui-même. Déterminé. Inventif. Ambitieux. Et ça fait fichtrement plaisir.

Pour interviewer Simon Astier, sur le tournage d’Hero Corp, il faut l’attraper quand il est libre. C’est à dire jamais. Ah si ! Il restait la pause déjeuner. A cause de nous, ce jour là, ce fut plus un déjeuner qu’une pause. C’est donc en grignotant une part de quiche qu’il a répondu à toutes nos questions.

Hero Corp, pour ceux qui l’ignoreraient encore (sérieux ?), c’est l’histoire d’une organisation de super-héros qui compte en son sein pas mal de super bras cassés. C’est aussi un projet ambitieux, porté par une bande de passionnés jusqu’au-boutistes qui ont envie de faire une vraie production télé, dans le fond comme dans la forme. C’est enfin une rencontre, entre une bande d’artistes et un public de mordus qui ne lâchent jamais l’affaire. Ni d’un côté ni de l’autre.

Après de longs moins d’attente/d’expectative/d’inquiétude, le tournage de la saison 3 a enfin commencé. Depuis la mi-janvier. Et de ce que l’on en a vu, ce que l’on a entendu, ça donne envie…

« Une diffusion inédite sur France 4, c’est une manière pour nous de contrer le piratage »

Simon Astier alias John Bouclier Man. Photo archives CALT

Comment les fans ont eu un impact déterminant dans le sauvetage et la survie d’Hero Corp ?

Simon Astier : « Je crois que c’est une vraie première en France. Dès le début, comme on était sur une toute petite chaîne du câble, on expliquait aux fans que s’ils aimaient, il fallait le montrer à des gens, en parler autour d’eux… La série a donc une vie très particulière, puisqu’elle ne s’arrête jamais de vivre. Les DVD se vendent toujours pareil. Depuis 2008, des gens viennent me voir tout le temps pour me dire «On vient découvrir la série, on aime bien ! C’est mon cousin / mon frère qui me l’a montré !».

Depuis le début, les fans se sentent investis de quelque chose. C’est ce qui fait que ça fonctionne comme ça et que ça se répand comme ainsi. Comme la série est extrêmement piratée (1,6 million de vues sur Dpstream), c’est aussi une manière de dire : « Vous lui faites prendre un risque de ne pas avoir de suite, donc vous devez la faire vivre d’une manière ou d’une autre !» C’est notre réponse au piratage, c’est un échange de bons procédés !

Ca a existé depuis le début. Il y a eu les deux nuits sur France 4, les 2 marathons qui ont cartonné, avec 400000 téléspectateurs à 23h ou minuit. Derrière CALT (la société de production NDLR) n’a jamais lâché, en montrant que deux ans après la diffusion ces bons chiffres étaient rares ! Les fans ayant suivi la diffusion, c’est reparti !

Pendant deux ans et demi, on a exploré plusieurs autres pistes de diffuseurs sur Internet ou autrement. Finalement, arrivé directement en diffusion inédite sur France 4 pour cette saison, c’est une manière pour nous de contrer le piratage.

 

« Le côté fauché, on l’accepte car ça nous permet de faire des trucs de genre »

 

Malgré la présence de l’attachée de presse de France 4 juste à côté de toi, est-ce que tu as eu la sensation que les diffuseurs étaient à 100% derrière toi cette fois ci ?

S.A.: (En rigolant) EVIDEMMENT ! C’est une rencontre incroyable avec le diffuseur ! Le travail avec le diffuseur sur cette saison est super parce qu’on a tous envie de faire revenir la série à l’antenne. Nous n’avons pas tous les même raisons de le faire, mais on a tous l’envie de le faire, c’est certain.D’une manière générale, les diffuseurs ne savent pas vraiment ce qu’ils mettent à l’antenne et pour le coup, là ils savent. Parce qu’il y a des retours du public, ils savent quelles sont les retombées et ils savent donc pourquoi ils le font.

Ils savent que si on fait une série sur une flic divorcée, ça va toucher les ménagères et les gens qui aiment les chiens. C’est souvent comme ça que les programmes se font et les petites chaînes comme France 4 ont un rôle à jouer et doublement, en glissant vers le genre, finalement, on est cousin eux et nous. Ca marche pour ça. Sur une chaîne plus classique, ce serait juste l’enfer, et là ça marche bien parce que justement, eux vont vers ça et nous on y est déjà. C’est l’avantage ! A côté de ça, on est un tournage vraiment fauché et c’est très compliqué pour tourner Hero Corp, en plus, on essaye d’être de plus en plus ambitieux. Cette année, on a mis des caméras Sigma…

Nous on fait ce pari, parce qu’on s’amuse moins dans ce qu’on fait ailleurs. Là on s’amuse vraiment. Le côté fauché, on l’accepte car ça nous permet de faire des trucs de genre, des trucs de super-héros comme ça. C’est le rôle des petites chaînes d’être audacieuses et c’est ce que fait France 4 pour le coup, en ne faisant pas un programme court qui est un ersatz de ce qu’on a déjà vu.

 

« Une saison d’Hero Corp coûte le prix d’un épisode de Braquo »

 

Photo archives Calt

 

Le petit budget offre-t-il davantage de proximité ?

S.A. : Peut être. En tout cas, les petits budgets offrent autre chose à voir aux gens. Dans une époque où le piratage formate de plus en plus ce qui sort, parce qu’on prend de moins en moins de risque, je crois que les gens aiment bien aller chercher quelque chose, plutôt que de zapper, de tomber sur un truc et de rester une demi-heure. Il n’y a pas de jugement de valeur dans ce que je dis, mais on propose autre chose.

Ca se traduit comment pour l’équipe de tournage ?

S.A.: On est 25 techniciens, les salaires sont très bas. Une saison de Hero Corp coûte le prix d’un épisode de Braquo soit environ un million d’euros. Sauf qu’on a un peu moins de temps pour tourner. Les deux premières saisons on tournait sur 38 jours, là on est sur 28 jours. Quand on n’a pas d’argent, on profite des vrais décors en dur qui existent et qui sont beaux sans qu’on y fasse rien.

Est ce que vous savez pourquoi il y a eu un changement de format ?

S.A.: Franchement je n’en sais rien. Je pense que ça correspond aux envies de France 4 de pouvoir mettre en vitrine un programme en quotidien. Ce que je comprends. Je ne suis pas contre, tant que je raconte des histoires. Ca reste très feuilletonnant, moi j’ai écrit la série pour 7 semaines et pendant 35 épisodes. Pour moi c’est des blocs de 35 minutes qui seront divisés en 5. L’esprit de la série est toujours là. Là où ce n’est pas idiot, c’est que pour fidéliser le public, c’est pas mal d’être un petit peu tous les soirs à l’antenne et d’avoir une grosse rediffusion compilée le week-end. Ca correspond à notre envie : comment peut-on essayer de se donner plus de chances pour toucher des gens ?

 

Le début de saison 3 : « C’est plutôt pas mal foutu… »

 

Klaus « Force Mustang » (Alban Lenoir). Photo archives CALT

Est ce que ces temps de pause entre les diffusions chaque jour étaient pris en compte dans l’écriture du 35 minutes ?

S.A.: J’ai fait des blocs semaines que j’ai divisé en 5 parties. C’est cinq chapitres qui font au total 35 minutes. Dans Hero Corp, tu as toujours eu un intrigue qui court sur un épisode, une intrigue sur 3, une intrigue qui court sur plusieurs semaines, une autre sur toute la saison. Ce n’est qu’un mélange d’intrigues.

On a cru comprendre en discutant avec l’équipe que le nombre de comédiens avait explosé… 

S.A.: On part d’un truc isolé et on retourne dans la civilisation. C’est la première fois qu’on voit intervenir nos héros dans le monde civil ou réel. Il y a des nouveaux personnages effectivement. Il y a beaucoup de nouveaux personnages. C’est ça pour moi Hero Corp, on part du néant et on se rapproche de plus en plus de la civilisation, du danger. Si ça continue, il y aura de plus en plus de personnages…

On a fini la saison 2 sur un énorme cliffhanger. A quoi peut-on s’attendre pour ce début de saison 3 ?

S.A.: C’est plutôt pas mal foutu. Il y a un gros dispositif internet. Au début de la saison 3, on est… bon je vais rien vous dire en fait ! Toutes les choses laissées en suspens ont des réponses parfois inattendues, et on essaye de faire très plaisir aux fans sur la partie Transmedia.

 

« Il faut se servir du Comic Con pour lancer des choses »

 

Le dispositif transmédia commencerait par un QR Code situé dans la BD. A-t-on une idée de la date de diffusion du programme et du temps qui s’écoulera entre ces deux moments ?

S.A.: On est en train de se demander quel est le meilleur moment pour le faire,  moi j’ai des envies. Je n’ai pas envie qu’on se soit battu à ce point pour au final, faire une diffusion dès que c’est prêt. Il faut se servir du Comic Con pour lancer les choses, mais pas forcément la série. Il faut que ce soit le Comic Con, qui est un rendez vous assez historique avec les fans, pour relancer le truc et en faire un bel événement, et que ça reparte de là.

Simon Astier. Photo archives CALT

Et la BD ?

S.A.: C’est un prequel, ça se passe avant les périodes évoquées dans la série. C’est aussi un bon manuel pour bien profiter de la saison 3. Ca parle d’une époque dont on parle souvent dans la série. L’époque où ça allait bien, où tout le monde était en forme, efficace et talentueux.

Est ce que vous êtes personnellement impliqué dans les campagnes de mobilisation des fans ?

S.A.: Non. Notre campagne Pinage à nous ça a été de ne pas lâcher les diffuseurs, de ne jamais baisser les bras. C’est un mouvement organisé par les fans, auto-géré. Ca a été hyper bien fait. Nous, on n’a jamais arrêté avec les diffuseurs. J’ai fait d’autre chose qui m’ont pris du temps. Je me suis toujours dit, qu’il ne fallait pas que je prenne des projets trop importants, car si Hero Corp repartait, je n’aurais pas pu le faire. C’est au moment où j’ai signé mon premier long-métrage que je me suis dit que c’était fini. Et finalement c’est reparti pour de bon la semaine d’après.

 

« Ca fait longtemps que je n’ai pas pris autant de plaisir à travailler »

 

Une campagne Pinage ! à Lille. Photo archives Le Village

Dans une des vidéos du Village, vous aviez parlé de faire un bisou à toutes les personnes qui avaient aidé…

S.A.: C’est prévu ! Je vais faire une tournée des bisous. C’est une vraie chance d’avoir un public pareil autour de nous. Ce projet me correspond. L’équipe c’est des copains, quand on dit «moteur» tout le monde se met à sa place et fait son boulot, mais on est tous là parce qu’on a envie de le faire. Je ne vise pas d’autre chose que ça. Je me rends compte en faisant la saison 3 que ça fait longtemps que je n’ai pas pris autant de plaisir à travailler.

Vous vous sentez redevable envers les fans, même dans l’écriture ?

S.A.: Je pense qu’il faut jamais donner aux gens ce qu’ils attendent parce qu’ils seront déçus. Il faut essayer de les surprendre et c’est ce qu’on fait dans Hero Corp. C’est un mouvement combiné : eux sans nous, sans CALT, sans diffuseur, ça ne repart pas. On est une très grande équipe.

Est ce qu’il y a des acteurs qui demandent à venir sur la saison 3 ?

S.A.: Il y en a souvent qui demandent à venir. Il y a Manu Payet qui est venu faire un joli rôle. Il y aura des copains plus que des guests. Ca ne plait pas à tout le monde cette manière de bosser, mais nous, ça nous fait plaisir.

ZOOM SUR LE DISPOSITIF TRANSMEDIA

On a contacté la direction des Nouvelles Ecritures pour essayer d’en savoir un peu plus sur ce fameux dispositif transmédia. Le QR code situé à la fin de la BD renvoie à une page statique comme l’a révélé Hero Corp France. Cette page fera partie intégrante de la campagne narrative initiée par les Nouvelles Ecritures, dont on nous a dit très très peu de choses.

L’objectif ne sera pas de promouvoir la série mais bien de raconter différentes choses sur la série Hero Corp grâce au transmédia sous différentes formes (mais là aussi, on n’en saura pas plus). Le dispositif est co-produit par Robin Digital Content (qui fait partie du groupe Robin & Co comme CALT) et France TV Nouvelles Ecritures.

Etaient notamment présents à cette interview : Joël Métreau (20 Minutes)
et Pierre Langlais (Télérama, Le Mouv…)

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