100 moments de télé, épisode 4 (Les Simpson, Code Quantum, X-Files, The West Wing, Louie)

100 moments de télé, épisode 4 (Les Simpson, Code Quantum, X-Files, The West Wing, Louie)

Quatrième épisode de notre liste des séquences/épisodes qui traduisent notre amour inconditionnel et total de la télévision. Avec du rire, de l’émotion et des larmes. Et, plus prosaïquement, une scène culte des Simpson (indice spoiler : 3) ; le final de Code Quantum (indice spoiler : 10, le max), la fin de la saison 2 de X Files (indice spoiler : 8), le final de la saison 2 de The West Wing (indice spoiler : 5) et Louis CK qui se retrouve en Afghanistan (indice spoiler : 3). A demain pour découvrir les moments 21 à 25 !

16. Homer Simpson saute le ravin

par Dominique Montay

La série : The Simpsons

L’année : 1990

L’épisode : 2×08 – Bart the Daredevil

A ce jour encore, c’est une image qui revient régulièrement quand on parle des Simpson. Ça et « old man yells at clouds ». Un truc fort, énorme, qui renvoie au shark-jumping de Fonzie dans Happy Days, mais qui en aucun cas n’annoncera la baisse de qualité de la série. Homer, pour empêcher son fils de le faire, tente de sauter la gorge de Springfield en skate-board. Alors qu’il pèse 130 kilos. Et qu’il n’a jamais fait de skate. Et que le seul sport qu’il pratique assidûment, c’est le levé de télécommande.

Et il se viande. Mais tellement. Et si longtemps. La chute des gorge doit durer 30 bonnes secondes pendant lesquelles Homer crie de douleur à chaque chocs. C’est fondateur pour la série, car les auteurs comprennent à ce moment-là que Homer qui souffre, c’est drôle. Et Homer de morfler pendant les 22 saisons suivantes, sans qu’il en voit pour l’instant la fin. Et pour ne rien gâcher, cerise sur le gâteau, ce gag est suivi d’un gag presque encore plus drôle. Les secours arrivent, hissent Homer, le mettent dans une ambulance, démarrent, se mangent un arbre, les portes de l’ambulance se rouvrent, le lit d’Homer sort de l’ambulance et… et Homer se refait la chute.

 

17. La fin de Code Quantum

par Nicolas Robert

La série : Code Quantum

L’année : 1993

L’épisode : 5×22 – Mirror Image

Dean Stockwell et Scott Bakula.

Dans une vie de sériephile, il est des traumatismes dont on ne se relève jamais vraiment. Pour l’auteur de ces lignes, cela tient à un carton sur lequel on lit « Dr Sam Becket (sic) never returned home ». Juste avant un fondu et la photo de deux héros immortels.

Est-ce que c’est parce que l’on sait qu’il s’agit du dernier épisode d’une incroyable saga que Mirror Image garde, vingt ans après, une tension et une puissance évocatrice rares ? Le contexte joue beaucoup. Mais pas seulement.

Dès les premières minutes, dans ce bar au milieu de nulle part (en fait Cokeburg, en Pennsylvanie. Pas loin d’une mine), un 8 août 1953, l’ambiance est différente. Et il suffira d’un reflet dans une glace pour que votre ventre, votre coeur puis votre gorge se serrent pendant 42 minutes.

Ecrit par Donald Bellisario alors que ce dernier espérait encore que NBC donnerait le feu vert pour une sixième saison, Mirror Image est un authentique numéro de corde raide. Un épisode mené de main de maître, dans lequel le récit instille une certaine tension (la connexion avec Al Calavicci est rompue : dans le futur, personne ne sait où est Sam Beckett) mais explore surtout l’âme de son héros.

L’histoire invite effectivement ce dernier à redécouvrir ce qu’il a fait… pour l’amener à assumer complètement ses choix. Pour arriver à ce résultat, Bellisario donne tout : il utilise des personnages qui sont comme autant de reflets de son personnage principal (le barman, le vieux mineur, des visages croisés pendant son voyage) pour que ce dernier se voit enfin tel qu’il est.

A ce titre, l’écriture des scènes, la qualité des dialogues, littéralement portés par l’interprétation de Scott Bakula, Dean Stockwell et Bruce McGill, créent un moment d’une grande rareté. Celui où un projet et un concept atteignent un point d’orgue, une vérité émotionnelle incroyable.

Allant même jusqu’à mettre une photo de lui et de son père dans le générique de fin, Bellisario -un homme hanté par la quête du père (de Magnum à JAG)- exprime aussi, à cette occasion, qui il est lui-même. Avec une pudeur et une sincérité désarmantes. D’une richesse thématique étourdissante, ce final est un must absolu.

18.« Brûlez-le ! » ordonne l’Homme à la Cigarette à propos du wagon dans lequel se trouve Mulder

par Sullivan le Postec

La série : X-Files

L’année : 1995

L’épisode : 2×25 – Anasazi

Fox Mulder dans le final de la saison 2 de X Files.

Lundi, Dominique vous a parlé du choc du final de la première saison de The X-Files : la mort du sympathique informateur Gorge Profonde, seul personnage récurrent de la première saison. Un choc que j’ai partagé, mais qui avait pour moi le défaut de sa qualité : celui d’arriver sans prévenir, l’épisode « The Erlenmeyer Flask » lançant tout-à-coup une vaste mythologie qui n’avait jusque là été qu’à peine vaguement esquissée.

A l’inverse, « Anasazi » est le sommet d’une construction maîtrisée, l’aboutissement d’une progression implacable qui atteignait un paroxysme logique, incroyablement jouissif et satisfaisant, parce que le téléspectateur que j’étais était désormais pleinement investi. Le scénario diaboliquement intense de Chris Carter recoupait de nombreux éléments introduit dans les épisodes précédents, et mêlait habilement les enjeux personnels (la parano de Mulder envers Scully créée par les drogues qui lui étaient administrées via l’eau de son robinet, sa relation à son père, les expériences faites sur Scully pendant son enlèvement) et une masse d’informations nouvelles sur la conspiration (son caractère mondial, l’implication de William Mulder, la nature des expériences réalisées…) intégrées de manière tellement fluide que jamais la tension ne retombait sous le poids de l’exposition. Le tout était rehaussé par une mise en scène exemplaire et de véritables défis de production dont on ne réalise même pas la présence sans y faire attention (le désert du Nouveau-Mexique reconstitué de manière crédible à Vancouver !).

Revoir « Anasazi », la conclusion de cette saison 2 qui a transformé The X-Files en phénomène mondial, c’est aussi comprendre en quoi celui-ci était justifié.

Bien sûr, la mort du personnage principal n’est pas le cliffhanger le plus crédible du monde. Mais en 1995, nous étions encore innocents et naïfs. Le petit mois qui sépara la diffusion de l’épisode sur M6 de la sortie de la cassette vidéo contenant la suite fut fort long ! Plus sérieusement Carter jouait avec le téléspectateur de manière extrêmement maligne. En effet, la réponse sur la manière dont Mulder a pu s’échapper du wagon n’est pas incluse dans le premier épisode de la troisième saison, mais bien dans « Anasazi » lui-même, pour peu qu’on l’analyse avec (beaucoup d’) attention. Caractéristique de X-Files et de la manière dont elle s’est attiré le soutien de ses fans en récompensant toujours leur intelligence et leur attention.

 

19. La scène finale de Two Cathedrals

par Nicolas Robert

La série : The West Wing

L’année : 2001

L’épisode : 2×22 – Two Cathedrals

Martin Sheen, phénoménal Jed Bartlet.

« Mister president, it’s time » (Charlie Young).

L’ironie est savoureuse : dans une série portée par la richesse de ses dialogues (ce qui lui permet de revisiter brillamment des questions complexes et de partager avec le public une multitude de références), beaucoup de gens se souviennent d’abord d’une scène (presque) sans parole. Pourquoi ? Parce qu’elle illustre visuellement (et musicalement) une donnée de fond.

The West Wing, c’est l’histoire d’un homme qui devient homme d’Etat chaque jour un peu plus. Celui qui, par essence (et dans l’idéal), doit être capable de voir plus loin. Plus loin que les difficultés, plus loin que les doutes, plus loin que la peur d’échouer. Surtout quand ce sont les siens (ce que traduit bien le début de séquence).

En se rendant à une conférence de presse très attendue, Jed Bartlet ne prend pas un chemin qui doit définir quatre années de sa vie. Il marche vers son destin. Celui d’un homme prêt à se dépasser, à tout donner pour embrasser enfin et complètement la fonction qu’il a choisi d’exercer. Tout cela pour, encore une fois, être lui-même (un thème cher à Aaron Sorkin).

Le regard, le visage, les mains de Martin Sheen : tout est filmé à la perfection par Thomas Schlamme. Les images traduisent complètement cet abandon total à un statut. A partir de là, c’est vrai: pourquoi en rajouter…

20. Louie offre un caneton

par Dominique Montay

La série : Louie

L’année : 2011

L’épisode : 2×11 – Duckling

Alors oui, c’est certainement naïf, mais toute l’humanité de Louis C.K. est résumé dans cette scène. Pour le 11e épisode de la saison 2, Louie devient une œuvre définitivement inclassable. Louie doit aller en Afghanistan pour faire rire les troupes. Et on le suit là-bas. Et pendant 45 minutes, on comprend que Louie est l’équivalent des films indépendants, mais à la télé. Une série indépendante, même si ça sonne mal.

Louie, au terme de l’épisode, se retrouve entre les militaires US et des militaires de l’autre camp. On s’attend à un règlement de compte saignant, à de la violence. Mais Louie, bien involontairement, fait marrer tout le monde. Dans cette séquence utopique à l’extrême, le conflit est oublié, les peuples rassemblés autour d’un dénominateur commun, le rire. Et en partant, comme un ultime geste, Louie offre à une petite fille le caneton que la fille de Louie a mis dans son sac pour ne pas qu’il se sente seul en Afghanistan. Et on sourit. Et on pleure un peu.

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