Sleepy Hollow, bilan de la saison 1

Sleepy Hollow, bilan de la saison 1

Note de l'auteur

Nicole « Graou » Beharie et Tom « Faut reconnaître, graou aussi » Mison

Et dire que ça s’annonçait comme le gros nanar de cette rentrée 2013. Sleepy Hollow aura été, finalement, une excellente surprise. Pas exempte de défauts ni de passages bien moins maîtrisés, mais une réussite malgré tout. Souvenez-vous, on est fin mai, les trailers des nouveautés fleurissent. Un se détache, à mourir de rire, pas forcément volontairement. Humour bas du front, prémisse débile, esthétique héritée d’un réal inepte et sans talent, Len Wiseman… Bref, cette série semble avoir tout pour plaire.

Sleepy Hollow raconte comment Ichabod Crane revient d’entre les morts en même temps que le Cavalier sans tête dans le Sleepy Hollow de 2013. Aidé d’Abby Mills, il va réaliser qu’ils font partie d’une prophétie annonçant la fin du monde. Rien que ça.

Et au final, un pilote vilain, un peu con par moments, mais qui pose un univers pas dénué d’intérêt. Et qui prouve qu’au-delà du concept foireux de base (mettre en équipe une flic et Hibernatus), Kurtzman, Orci et Iscove ont autre chose à montrer. Soyons clairs, si la série s’était contentée d’être un buddy-cop show à la façon de Castle, Bones ou autres fournisseurs officiels d’assoupissements devant la télé, Sleepy Hollow n’aurait strictement aucun intérêt.

Mais cette série rejoint Banshee sur bien des aspects. Les deux shows partent sur des postulats de base grotesques. Très vite, les auteurs de Sleepy Hollow comprennent ce qu’est leur fiction. Ils n’ont pas besoin de temps d’adaptation, et tirent le meilleur de la situation et de leur casting. Du coup, et ce très rapidement, la série s’avère être fun, débridée, parfois drôle, parfois terrifiante… Du bon divertissement qui ramène aux meilleurs épisodes de Supernatural, avec une pointe de Fringe en arrière-goût.

« Look what I can do ! »

La série réussit aussi à éviter le piège du « monstre de la semaine ». C’est assez rare pour le souligner, mais chaque heure de Sleepy Hollow, ou presque, sert directement ou indirectement la mythologie du programme. Une gymnastique peut-être rendue possible par le faible nombre d’épisodes (13) de la saison. Mais quoi qu’il en soit, ça fonctionne. Elle ne tombe pas non plus dans le piège de l’hyper-feuilleton. On n’est pas obligé de se fader 5 minutes de « précédemment » avant chaque opus. Sûrement grâce à un casting resserré autour de ses deux stars.

Nicole Beharie et Tom Mison, en plus d’être un duo ultra-glamour, offrent une dynamique enthousiasmante. Très rapidement, une complicité se crée entre les deux, mais (et ça donne envie d’embrasser les auteurs) PAS DE TENSION SEXUELLE. Pourtant, ils pourraient, beaux à en crever comme ils sont. Mais non. Ils sont juste amis. La série cherche dans la subtilité la façon de montrer leur relation, à la fois profonde et ancrée, qui ne mène sur aucune romance.

Sleepy Hollow a une bonne raison de ne pas tomber là-dedans : Ichabod est marié, amoureux d’une femme qu’il veut sauver du purgatoire, Katrina (Katia Winter). Et Abby a aussi une très bonne raison : Ichabod porte toujours les mêmes fringues qu’il ne lave jamais (sérieusement, il faut attendre le 12e épisode de la série pour qu’il arbore une chemise propre. Le 12e !). Quoi qu’il arrive, ce refus d’une convention usée jusqu’à l’os dans les séries US modernes (deux hétéros de sexe opposé travaillant ensemble DOIVENT devenir un couple, à terme) est d’un rafraîchissant absolu.

Tout ne fonctionne pas dans le casting, hélas. Si Lyndie Greenwood est intéressante dans le rôle de la sœur un peu tarée (et potentiellement dangereuse) d’Abby, et si on est heureux de retrouver ce bon vieux John Noble, il y a aussi Orlando Jones. Lequel prouve qu’il est d’une constance absolue dans ses rôles. Il est mauvais, sonne faux, et se contente d’ouvrir grand les yeux dès qu’il doit faire passer une émotion. Malheureusement, quelques épisodes sont centrés sur lui, étrangement les moins bons.

« Avant, ma chemise était propre. Mais ça c’était avant. Il y a très longtemps. Vous n’étiez pas nés… »

Le 11e épisode est calamiteux. Une histoire de possession balourde qui aurait pu être évitée si le bon vieil Orlando avait fait preuve d’observation pendant deux secondes. Deux secondes à observer et déduire… voilà qui n’est pas évident pour un flétan ou une tourte forestière, mais ce n’est pas trop demander à un flic, non ? Écriture balourde, backstory soûlante avec ses histoires de famille, et acteur inepte… Si Orlando Jones pouvait trouver un rôle dans une autre série, ça serait bienvenu.

Malgré ces défauts (et le fait que Katia Winter est au générique parfois parce qu’elle apparaît, justement, seulement dans le générique), Sleepy Hollow est une bonne série fantastique. Un peu de gothique, de mythologie, une réjouissante façon de revisiter, et réécrire l’histoire des USA… On sent que les auteurs se font plaisir et ce plaisir se transmet à l’écran. Le final offre un petit bijou de cliffhanger, une torture absolue quand on sait que la saison 2 (commandée) risque de ne débarquer qu’en octobre prochain.

Loin d’être un chef-d’œuvre, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande, Sleepy Hollow est une série qu’on vous conseille pour peu que vous aimiez le genre. Et que vous n’ayez rien contre les fringues à la propreté douteuse.

SLEEPY HOLLOW, Saison 1 (FOX)

Créée par Alex Kurtzman, Roberto Orci, Phillip Iscove et Len Wiseman

Showrunnée par Alex Kurtzman, Roberto Orci et Phillip Iscove

Avec : Tom Mison  (Ichabod Crane), Nicole Beharie  (Abbie Mills), Orlando Jones  (Frank Irving), Katia Winter  (Katrina Crane)

Partager