Sonic the Hedgehog – L’artbook du 25ème anniversaire

Sonic the Hedgehog – L’artbook du 25ème anniversaire

Note de l'auteur

Après la célèbre saga des jeux de baston chez Capcom, c’est au tour du hérisson bleu de fêter son 25ème anniversaire avec un artbook hommage disponible chez Mana Books. Retour sur deux décennies et demi d’une grande licence des jeux de plate-forme.

Initialement sorti chez Cook and Becker sous le nom de Sonic the Hedgehog 25th Anniversary Artbook, la version française s’illustre pas un titre sombre et court, en l’occurrence Sonic the Hedgehog. Au premier abord difficile de dire si l’on va aborder l’histoire complète du hérisson ou simplement admirer des travaux préparatoires, mais l’ouvrage fait finalement les deux, alternant l’apport de Sonic sur le monde vidéoludique ainsi que ses coulisses, et bon nombre de documents artistiques. Le livre en lui-même propose un format proche du carré (280mm x 315 mm), fort de 280 pages et d’une jaquette pour la couverture cartonnée. Encore une fois, on a affaire à une édition solide et très agréable en main.

Dès la préface écrite à seize mains par les responsables de Cook and Becker, on comprend que le livre privilégiera l’approche artistique et visuelle de la licence plutôt que de tenter d’y décrypter le phénomène culturel et les problèmes de développement. On a déjà suffisamment d’ouvrages sur le sujet en France, et ce n’est pas plus mal. Les textes, disséminés tout au long du livre sont répartis sur les différentes périodes de la licence ; l’occasion de présenter les différents jeux et les contextes des époques. Les premières pages se concentrent sur la recherche d’une mascotte pour Sega, intimement liée à l’arrivée de la MegaDrive et à la volonté de concurrencer Nintendo. On n’apprend rien de bien nouveau mais pour le novice en la matière, l’explication mérite d’être exhaustive. On y explique la volonté pour la firme de dénicher une mascotte capable de détrôner un certain Alex Kidd, par exemple. Tout cela est illustré par les croquis de l’époque, montrant le processus créatif du personnage, ainsi que plein d’anecdotes pour raconter les déboires techniques d’un jeu conçu pour concurrencer Mario.

Toute cette première partie sur la création de Sonic est peut-être la plus intéressante, puisqu’elle permet d’appuyer toutes les pistes envisagées, et insère même des feuillets transparents pour montrer les croquis des niveaux avec le personnage, un vrai plus appréciable. Même les annotations japonaises sont traduites sur certains documents, et on a droit à plein d’illustrations sur les recherches de jaquettes, de logos, d’animations de déplacement du héros, et même des designs sur une mystérieuse petite copine humaine pour le hérisson ; un concept vite abandonné. Autre point positif : la valeur accordée aux personnages pixelisés, qui prennent parfois toute une page pour profiter pleinement de l’attention accordés aux pixels.

Comme des sections annexes disséminées à travers les livres, on aura aussi droit à des parenthèses centrées sur les personnages secondaires pour montrer l’évolution de leur design sur 25 ans, jusqu’au Sonic Boom de triste mémoire. L’occasion de revoir un Knuckles bodybuildé qui aura fait couler beaucoup d’encre. Toute l’ère 16 bits est abondamment illustrée, notamment avec les croquis des différents ennemis ainsi que leurs patterns dans le jeu. Même Metal Sonic, méchant emblématique de Sonic 2, aura droit à son petit encart. Et des pages dépliables offrent quelques chouettes panoramas de niveaux, comme le célèbre Chemical Plant. Toutes ces recherches sont pertinentes et passionnantes à découvrir, des crayonnés de Robotnik dans le vaisseau qui fait office de boss de fin de niveau aux recherches sur l’animation de ce petit ennemi mécanique. On aurait aimé que les quelques annotations sur les feuilles transparents soient également traduites (Knuckles par exemple) mais on ne peut pas tout avoir.

La deuxième partie du livre revient sur la fugace traversée de Sonic dans le monde des consoles 32 bits. Après un court passage sur Sonic 3D Blast, le texte qui présente les déboires de Sega sur la Saturn ne perd pas de temps en détails et préfère énumérer les jeux sortis (principalement Sonic R) avant de passer à la suite, c’est à dire l’ère Dreamcast. Cette troisième partie est nettement plus fournie puisque c’est la véritable arrivée de Sonic dans le monde de la 3D, avec le succès que l’on connaît et une transition vers un design plus jeune et plus agressif. 3D oblige, les environnements plus réalistes offrent aussi des recherches dans le même ton. On constate encore une fois que le texte n’aborde jamais les potentiels défauts d’un jeu imparfait, mais se concentre sur les modifications de design et le succès des deux Sonic Adventure.

C’est à ce moment que Sega décide d’ajouter bon nombre de personnages qui accompagneront Sonic pour la suite de ses aventures. Que ce soit Rouge, Big the Cat ou Shadow the Hedgehog, le « Vegeta » de la licence, chacun a droit à sa petite page personnelle. L’ouvrage est beaucoup moins copieux sur les épisodes suivants que sur ses débuts, et passera assez vite sur les pourtant très bons Sonic Rush, reprenant l’aspect 2D des épisodes 16 bits. Les différents épisodes 3D auront droit bien souvent à une simple double page avec rendu 3D à l’appui, quand les croquis se font clairement de plus en plus rares. Des images promotionnelles pas forcément des plus sexys, surtout quand on connaît les succès d’épisodes comme Sonic et le Chevalier noir qui n’a pas laissé une empreinte mémorable, ou un Sonic Unleashed qui aura surtout su diviser les fans. Dommage aussi de se contenter de simples screens pour la plupart des jeux, qui ont beaucoup moins de charme que le pixel d’antan ou que des travaux préparatoires.

La quatrième et dernière partie souffle le chaud et le froid puisque le texte aborde la fâcheuse question de Sonic Boom en contextualisant simplement la création du projet transmédia (un jeu accompagné d’une série) sans jamais aborder le bide total qu’a fait le jeu à sa sortie. Sonic Mania est également présent, appuyant ainsi l’apport de Christian Whitehead sur son aide précieuse pour adapter les vieux épisodes sur consoles et mobiles sans jamais parler des réelles conditions dans lesquelles tout cela s’est déroulé. Évidemment, un ouvrage sous l’égide de Sega n’ira jamais parler de choses un peu fâcheuses et on n’échappe pas à un texte très consensuel qui ne prend jamais le risque de froisser son client. On profitera des quelques recherches pour le chouette Sonic Mania mais on essaiera d’oublier le désastreux Sonic Forces, qui obtient malgré tout quelques sympathiques illustrations. Une ludographie complète en fin de livre permet enfin de se rendre compte de l’étendue de la saga à travers des dizaines de jeux.

Si cet artbook de Sonic the Hedgehog ressemble finalement bien plus à une sorte de livre officiel sur le hérisson bleu, il a pour lui de compiler bon nombre de documents préparatoires pour les tout premiers épisodes. Tout l’ouvrage est accompagné d’un texte sacrément complet qui couvre l’ensemble des jeux jusqu’à évoquer le film à sortir en 2020. Mais bouquin sous licence oblige, les textes n’iront jamais plus loin que la simple description de la saga, omettant volontairement les couacs et la difficulté pour le hérisson à se trouver une place solide à notre époque. On se doute que ce n’est pas l’objectif et il y a bien d’autres ouvrages qui analysent cet aspect de la licence. Dommage également que, pour les jeux les plus récents, le livre ne propose pas grand chose de plus que des illustrations commerciales pas forcément des plus réussis, surtout pour un prix aussi élevé. Au final, Sonic the Hedgehog reste un ouvrage appréciable pour ceux qui veulent en savoir plus, avec néanmoins quelques réserves sur l’ère moderne de la série.

Sonic the Hedgehog
Editeur: Mana Books
Taille : 280 pages
Prix: 49,90 euros

 

Partager