Southcliffe : Sortez les mouchoirs (en direct de Séries Mania) par Alix Kerrest

Southcliffe : Sortez les mouchoirs (en direct de Séries Mania) par Alix Kerrest

Note de l'auteur

Par Alix Kerrest

20140425-181302.jpgDans le sillage de belles séries anglaises où le décor isolé et aride habille des sentiments, (Broadchurch, Hit and Miss ou la superbe In The Flesh), Tony Grisoni nous propose Southcliffe, une belle parenthèse en 4 épisodes sur le deuil.

L’histoire : La discrète bourgade de Southcliffe vit des jours paisibles. Ses habitants sont des gens simples qui vivent leur quotidien sans s’immiscer dans la vie de leurs voisins. Ils vont pourtant devoir traverser ensemble une authentique tragédie quand un jour de novembre, un homme armé ouvre le feu sur ceux qui auront la malchance de croiser sa route.

Autour de la série : Mini-série de Channel 4, Southcliffe est la série de Tony Grisoni (Scénariste entre autres de Fear and Loathing in Las Vegas de Terry Gilliam), Sean Durkin (Réalisateur) et Peter Carlton (Producteur). Elle a été écrite et tournée dans le village de Faversham dans le nord du Kent et est 4 fois nominée cette année aux Bafta TV awards.

Ce que j’en pense : La première pensée qui me vient après ce visionnage de l’intégralité de cette mini-série, c’est que ça fait du bien parfois d’être triste. Le deuil est une épreuve que chacun peut et va rencontrer dans sa vie et s’y plonger de manière fictive, pour quelques heures seulement, a un effet cathartique salutaire. Alors en plus si c’est bien fait, il ne faut surtout pas hésiter.

Portée par le succès des séries scandinaves, l’Angleterre renoue plus que jamais avec ses paysages de campagnes brumeuses, ses eaux sombres et avec une tristesse très anglaise, tour à tour contenue et décalée.

20140425-181246.jpgPour mieux nous englober dans son récit, Tony Grisoni choisit de bousculer l’ordre chronologique des actes pour nous faire suivre celui des émotions. Parfois on se demande un peu quand on est mais sans nous faire décrocher pour autant. Présent à la projection, Grisoni nous explique qu’il voulait parler de fantômes. Pourtant dans les presque 4 heures, aucun ectoplasme ne traversera l’écran. C’est par cette temporalité hachurée qu’il crée une légère tension permanente dans le quotidien de chacun et ramène à la vie les fantômes du passé. Dans cette ambiance où l’ombre de la mort est omniprésente, c’est la musique qui donne ponctuellement un vrai souffle de vie.

Grisoni nous dit aussi qu’à l’origine le choix d’une fusillade comme élément central est en fait un outil. Un outil pour créer de nombreuses morts inattendues et quasi simultanées. Pourtant il en profite élégamment pour mieux faire ressortir les sentiments de culpabilité des personnages. Celui basique de ceux qui se sentent légitimement ou non responsables et celui, commun mais moins évident à transmettre, qui veut que quand la mort survient elle laisse aux autres la culpabilité de vivre.

La réalisation de Sean Durkin au plus près des acteurs impose une volonté de faire de nous les témoins de l’intime. Grisoni la met en valeur en expliquant qu’il aime cette réalisation parce qu’elle joue avec le hors champ pour rendre plus palpable ce que lui avait envie d’écrire : l’absence. Si certaines séquences maladroites, et heureusement courtes, donnent un peu le tournis, le reste nous donne vraiment l’impression de partager l’espace des personnages et l’envie de poser notre main sur leurs épaules pour les apaiser.

20140425-181252.jpgSur le thème de l’absence, l’écriture de Grisoni fait aussi merveille en ne tenter pas de tout justifier. Les faits d’origines n’ont pas forcément d’importance, seul importe la marque laissée par leur souvenir.

Le réalisme est présent partout dans cette mini-série, dans la réalisation, dans le caractère simple de l’intrigue, dans les dialogues, dans les prestations très justes des acteurs. Mais peut être que ce qui touche le plus au fond c’est que les souvenirs de Southcliffe mêlent en réalité des histoires de deuil recueillies pour beaucoup lors d’entretiens pendant la phase de préparation.

Ces moments difficiles mis en images dans la petite bourgade discrète de Southcliffe rappelle qu’au fond, on est toujours seul dans la vie et de façon plus évidente encore dans le deuil. Et que c’est aussi la meilleure des raisons pour tenter encore et toujours de créer du lien.

SOUTHCLIFFE (Channel 4)
Ecrit par Tony Grisoni
Réalisé par Sean Durkin
Avec : Sean Harris (Stephen Morton), Rory Kinnear (David Whitehead), Shirley Henderson (Claire Salter), Eddie Marsan (Andrew Salter), Joe Dempsie (Chris Cooper)

Partager