Spiritus Mundi : les maux d’esprits

Spiritus Mundi : les maux d’esprits

Note de l'auteur

Sarah doit en endurer, des épreuves, dans ce monde étrange et onirique où tout le monde paraît en savoir davantage sur elle que la jeune femme elle-même. Roman d’initiation(s) fantastique, ce deuxième livre de Mahrk Gotié se fait alchimique et spirituel.

L’histoire : Sarah traverse les niveaux de vie, de conscience, les obstacles (dressés parfois par ses adjuvants eux-mêmes), les univers afin d’accomplir son évolution et de devenir l’essence de vie.

Mon avis : Deuxième roman publié de Mahrk Gotié, Spiritus Mundi est une œuvre à plusieurs facettes. Comme la première de couverture le laisse entendre par son jeu sur le blanc et le noir, il explore les opposés mais, plus encore, les dépasse afin de dévoiler l’interzone. Ces territoires de l’entre-deux où se passent réellement les choses, où se déploient la vie et ses événements qui occupent toutes les nuances de couleurs.

Ange contre démon, sévérité contre ironie, amour des règles contre anarchie, tristesse contre joie, sourire contre larmes (dualité joliment présentée après la dernière nuit d’amour de Sarah avec son mari, lors de l’une de ses incarnations)… Les extrêmes résonnent l’un avec l’autre pour créer une petite musique de nuit plutôt plaisante. Et ne sont pas sans rappeler, dans ce mélange d’humour et de mystique, les Bons Présages de Pratchett et Gaiman.

Le narrateur renvoie néanmoins cette guerre du bien et du mal au rang des « enfantillages » (p. 59). L’idée de l’initiation est précisément de dépasser la contradiction de deux éléments, la dualité aristotélicienne, pour grandir hors de soi tout en s’incarnant pleinement. Proche, ainsi, du « ni l’un ni l’autre, ni les deux ni aucun des deux » bouddhique.

Car la spiritualité de Spiritus Mundi n’est pas ancrée dans une civilisation en particulier. Se réclamant du tarot dont elle convoque les arcanes, elle puise aussi dans la mythologie scandinave (le dragon Fafnir), l’alchimie, etc. Et ce, avec un vrai talent pour la description et la création d’images, de décors, de situations marquantes. Ici, on pense par exemple au Moorcock du Cycle d’Elric.

Le parcours de Sarah se mène vers l’avant, vers un accomplissement de soi, mais aussi à rebours. La jeune femme, en effet, sait tout : elle doit simplement se souvenir de ce (et ceux) qu’elle est. L’initiation n’est pas forcément un apprentissage du nouveau. Il s’agit parfois de révéler ce qui existe déjà, de le mettre à jour. En un mouvement fondamentalement joyeux, puisque, nous dit Joan (figure diabolique opposée à l’Ange, ou plutôt complémentaire à celui-ci en réalité, et pas forcément hostile à Sarah, bien au contraire) : « Si la mort se révèle illusion, non-événement, que reste-t-il ? Le rire, ma fille, le rire ! » (p. 63)

Mahrk Gotié

C’est sans doute la loi du genre choisi par l’auteur pour ce texte, mais ce dernier manque peut-être parfois de chair. Le lecteur est résolument placé sur le plan spirituel – en cela, le titre du livre ne ment pas – et, par là-même, ne s’identifie pas pleinement à Sarah. C’est vrai, tout vibre dans Spiritus Mundi ; le lecteur aurait aimé vibrer à l’unisson, ce qui n’est pas toujours le cas. Reste aussi un texte malheureusement perclus de coquilles – un véritable travail d’éditeur et de relecteur aurait certainement contribué à renforcer le plaisir de lecture. On l’espère pour le prochain roman !

L’extrait : « Son corps entier se mit à briller. Une aura lumineuse entoura ses membres. Elle se sentit plus légère. Elle comprit qu’elle ne faisait plus qu’un avec ce monde. Les ténèbres et son individualité participaient à la même danse, se fondant dans la totalité. Sarah s’était mariée avec le désespoir. Le désespoir et Sarah, déclinaison similaire du même archétype.
Elle avait vraiment changé. Cet environnement la contaminait, remodelait la structure de son apparence afin de lui transmettre le pouvoir d’évoluer au sein de ce microcosme. Se sentant purifiée, libérée d’un fardeau, la jeune fille put se mélanger à ses hôtes. Ils venaient maintenant vers elle, prêts à l’accueillir, invitation tacite à l’abandon. Malgré sa métamorphose, Sarah soupçonna qu’il ne s’agissait là que d’une épreuve, elle devait arrêter de résister tout en préservant sa force vitale. Autrement elle deviendrait comme ces créatures, des fantômes manipulés par un souffle malsain, victimes de la noirceur la plus envoûtante. »

Spiritus Mundi
Écrit par Mahrk Gotié
Édité par Sudarènes éditions

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