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Stop the music and go home… (Critique de Random Access Memories de Daft Punk, par Philippe Roure)

Stop the music and go home… (Critique de Random Access Memories de Daft Punk, par Philippe Roure)

Et maintant, un communiqué du Colonel Sheppard : « C’est avec une abnégation des plus totales que l’ami Philippe Roure a sacrifié son temps et ses oreilles afin de nous faire un rapport détaillé du dernier Daft Punk sorti pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps. Philippe, saches que ce sacrifice ne sera pas vain et nos lecteurs t’en seront à tout jamais reconnaissant. Et maintenant, afin de marquer notre respect le plus sincère au soldat Roure,  je vous prie d’observer une minute ». 

Merci. Mesdames et messieurs, PHILIPPE ROURE !


Ca démarre comme du Justice… “Give life back to Music” rentre d’un coup, tapping de guitare, élans épiques, ça cogne, ça enfle… et là, je me dis qu’ils vont m’étonner, que ces deux robots vont me balancer un truc incroyable pendant toute l’heure qui va suivre… Au bout de 18 secondes de cette intro prometteuse (ça passe vite 18 secondes) : le soufflet retombe… La guitare funkysante prend le relais, comme un mix entre un “Something about us 2” accéléré et le single “Get lucky”… Les voix robotisées entrent pour chanter le refrain. Bon, c’est funk, ça fait été, c’est fresh, le fric c’est Chic et c’est déjà le coming next du Grand Journal… Sur le break, on entend même des gens s’exclamer comme dans une soirée sympa sur une plage… Et quand l’intro revient par moment ça relance le truc. Un peu répétitif quand même, mais ça marche… Ok, pourquoi pas…

“The Game of Love” : les premiers accords m’évoquent “Precinct 9 – division 13” de John Carpenter (thème vénéré). Allez savoir pourquoi, les slaps de basse qui suivent m’évoquent “L’Enfer des zombies” de Fabio Frizzi ou “Dawn of the dead” des Goblin… Ca ne dure pas : la guitare funkysante refait son apparition, plus lente, suivie très vite du chant robotisé. Ce n’est que le deuxième morceau mais je tolère déjà moins ces voix vocodées. Bon, si c’est le seul morceau en mode Guimauve Assistée par Ordinateur, mélopée sentimalo-romantique pour robot loin de chez lui, pourquoi pas.

Hommage au maître : Gorgio Moroder nous parle. En fond “Gorgio by Moroder” démarre comme du funk avec de la guitare qui va bien. En fait, la musique suit l’histoire que nous raconte Gorgio. Malin ! Un jour Gorgio découvre les synthétiseurs, appuie sur des boutons et compose la musique du futur (pour l’époque le futur c’était aujourd’hui, ça veut dire que ce genre de musique, bien que conservant tout son charme,  sonne un peu vieillotte de nos jours)… A cet instant précis, Gorgio décline son identité, puis se tait… et le morceau des Daft bascule dans “Midnight Express”. Puis il se transforme en impro jazzy/funk-jazz à Montreux, suivie par un passage symphonique tout en émotion, puis reprend, appuyé par une caisse claire brute, et qui se veut de plus en plus frénétique. Le passage symphonique revient. Ca tape, ça cogne, tous les éléments cités précédemment se rassemblent, ça part dans tous les sens, c’est interminable… et très pénible. Je vais me réécouter “Midnight Express”…

“Within” : composition au piano de Monsieur Chilly Gonzales, rappel mélodique du premier morceau, un peu de Rhodes, le tout mute en morceau guimauve #2… Et voilà la voix de robot, endormie, triste… Atterrée ? Comme moi… Je comprends de moins en moins ce qu’on me donne à écouter…

“Instant crush” : Cette intro clavier/guitare/batterie me fait penser à un tube des 80s, mais impossible de me rappeler lequel. C’est Julian Casablancas des Strokes qui pose ici sa voix. Il avait peut-être pas très envie qu’on le robotise Julian, du coup le vocoder est réglé plus léger. Mais s’il y avait un morceau à retenir… En fait, sans doute le plus beau refrain de l’album, voire LE morceau de l’album ?

“Lose Yourself to dance” : Guitare funky (y avait longtemps) ! J’écoute… Tube évident ! La guitare assène de façon hyper efficace un gimmick ultra accrocheur. Pharrel Williams chante. Sur le refrain sa voix se mélange avec celle des robots qui répètent Come on, come on, come on, le morceau s’enflamme et on les imaginent sur une scène tournoyant en lévitation, accompagnés d’un groupe tout en casque et tout en flare, devant un parterre composé d’humains et de robots qui danseraient ensemble… Oui, je crois que j’accroche. Et je comprends pourquoi : on dirait du Justin Timberlake (j’aime bien Justin). Du coup, je me dis : c’est quoi l’intérêt ?

“Touch”débute comme une conversation avec le troisième type. Ca se poursuit en borborygmes. Vangelis, es-tu là ? Je vois des images de Blade Runner, j’entends pendant quelques secondes “Warsawa” et “Leon takes us outside” de Bowie, pour atterrir sur un morceau chanté par Paul Williams. Arrivé là, les mots me manquent. Encore plus quand le morceau par en pré-“Get lucky” balloche, un peu fête foraine… Je ne sais plus dans quoi je suis, ça change tout le temps ! Ont-ils inventé le multi-morceaux en un ? Toutes les chutes de studio en une chanson pour ne rien jeter ? Est-ce un zapping permanent fait par des robots essayant de comprendre notre culture ? Ce truc dure 8 mn ! Mais où sont les Daft Punk ? Quelqu’un a enregistré ce morceau pour leur faire une blague quand ils avaient le dos tourné ?

Suit “Get lucky”, dont le début est différent du single. J’entends par là qu’il y a un vrai début. C’est peut-être la raison pour laquelle le single me semblait démarrer comme un cheveux sur la soupe. Toujours est-il qu’on a finalement entendu le meilleur de cette chanson dans l’extrait qui faisait office de teaser il y a un mois. Sur la longueur d’un titre, il n’y a rien de plus.

Beyond” c’est un peu vers l’infini et au delà. Un début comme une super-production hollywoodienne et au bout de quelques secondes, ce qui semble être le secret de cet album : ça retombe. Revoici la guitare façon “Something about us within the game of love”… Une chanson mélancolique de plus avec une mélodie au vocoder. Je cherche l’intérêt de cet album…

Bientôt la reformation ?

Suit  “Motherboard” : un morceau jugé trop rythmique pour la BO de Tron ? “Fragment of Time” : ça repart pour une promenade sous les palmiers de la Californie. La guitare qui s’invite sur tous les morceaux depuis le début est là elle aussi, le chant est tenu par Todd Edwards. C’est sautillant, c’est West Coast et 80s. C’est très chiant… mais surtout là encore ça n’apporte rien.

“Doin’ it right” : chœurs de robots feat Panda Bear. Ballade r’n’b, sans plus. Les robots nous répète en fond que tout le monde danse et se sent bien… Ah… Heureusement c’est court, sauf que c’est déjà l’avant-dernier morceau.

En écoutant “Contact” qui clôt l’album j’ai l’impression qu’une main métallique prend la mienne et qu’on me glisse à l’oreille : « Et si on finissait par un morceau qui frise l’hymne, un morceau qui déchire, qui va enfler petit à petit, qui va tout emporter ! Qu’est ce que t’en dis ? ! Ca serait pas mal, non ? » Ce qu’on retient d’un film, même médiocre, c’est souvent ses dernières images. Et ça peut tout changer de la vision de celles qui ont précédés. Je n’ai pas envie de tomber dans le panneau de cet ultime morceau qui achève “RAM”… C’est vrai qu’il déchire ce “Contact”, mais c’est trop tard…

Il y avait un album entier pour me convaincre que j’avais raison d’attendre ce nouvel opus, pour me convaincre que même si c’était plutôt surprenant après la bombe “Homework”, “Discovery” ‘était un concept, c’était fun… Il y avait là un album entier pour que j’oublie “Human after all”, peu inspiré de l’avis de tous (sauf de la part des Inrocks qui, trop vexés d’avoir été les seuls à descendre “Homework” en 1997, encensent depuis tout ce que fait le duo).

Il y avait tout “Random Access Memory” pour me confirmer que j’ai vraiment été un con de ne pas être allé les voir à Bercy (ce que je continue de penser) parce que, malgré l’album précédent, “Alive” était un pur condensé de tout ce qui précédait, une sorte de grand messe électro, un mix fabuleux, une célébration… C’est sans doute ce que j’attendais de ce nouvel album : comme la version studio d’un live, une proposition musicale protéiforme, un grand mix. Mais de proposition musicale ici il n’y a pas.

Depuis ces pères fondateurs que sont devenus les Daft Punk, nous avons eu Justice, Sebastian, Kavinsky, … Pour créer la surprise, que nous proposent aujourd’hui les pères ? Du funk dans ce qu’il était devenu de pire après son âge d’or, repassé à l’ordinateur et agrémenté de façon indigeste par des références multiples. Les défenseurs de “RAM” encensent là un véritable album de composition, multi-collaboratif (tous ces featuring, était-ce une bonne idée finalement ?), et brandissent cette volonté référente comme étant la force du disque. On est tiraillé, baladé sans cesse, on traverse une multitude de souvenirs, de sons du passé, d’évocations… C’est ça qui serait génial.

Sauf qu’au final, tout sonne comme déjà fait par d’autres, aussi bien, et surtout avant. Où est l’intérêt ?L’intérêt, c’est ce qui fait cruellement défaut à cet album que je n’ai pas envie d’aimer. Même si je trouve la démarche des Daft Punk (désormais Daft Funk ?) et leur concept casqué excellents, je n’ai aucune envie de m’habituer à “RAM”. La surprise aurait été que “Random Access Memory” n’ait rien à voir avec ce qui a été lâché en pré-écoute sur itunes avant sa sortie.

Que ce “RAM” là ne soit pas le véritable album aurait été un vrai tour de force de la part de ces professionnels de la communication qui ont déjà prouvé qu’ils étaient plus fort que les maisons de disques. Là, j’aurai été heureux d’avoir été manipulé. Dommage… Je ne sais pas ce qui se passe avec les gens qui portent des casques ces temps-ci, je les trouve très décevant…

Philippe Roure

 

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