Greenback Boogie (Avis Sur Suits, Une série de Aaron Korsh)

Greenback Boogie (Avis Sur Suits, Une série de Aaron Korsh)

Vous le savez si vous aimez un peu les séries télé, trouver le juste équilibre pour faire un show qui plaise au public sans devenir bêtement procédurier tiens du miracle. Et il faut un miracle supplémentaire pour qu’elle soit repérée par ce même public et qu’elle ne soit pas annulée avant de faire ses preuves. Par chance, de tels miracles existent. Diffusée depuis l’an passé sur la chaîne USA Network, Suits est de celles-ci et débute en ce moment sa diffusion française sur Série Club. Une bonne occasion de revenir sur les origines de ce qui ressemble à un drama légal, a les composantes d’un drama légal, mais se révèle être une dose concentrée de fun et d’adrénaline.

SYNOPSIS : Viré de l’université dans laquelle il comptait étudier le droit, Mike Ross (Patrick J. Adams) se fait de l’argent de poche en passant les concours d’entrée à la place d’autres étudiants. Pas de problème pour lui, sa mémoire eidétique lui permet de retenir tout ce qu’il lit. Ayant besoin d’une grosse rentrée d’argent, il accepte de se mouiller dans une affaire de drogue. Quant celle-ci tourne mal et qu’il doit fuir la police, le destin veut qu’il déboule dans une session de recrutement et gagne audience face à Harvey Spector (Gabriel Macht, The Spirit), populaire avocat du cabinet Pearson Hardman. Séduit par son audace et ses capacités hors du commun, Harvey décide de donner sa chance au jeune arrivant, même si celui-ci n’a pas de diplôme, ce qui est évidemment proscrit par la firme. Commence alors une association d’autant plus risquée qu’elle fonctionne du tonnerre.

Durant la fin des années 80, Aaron Korsh travaille à Wall Street en tant que conseiller financier. Quand il se recyclera scénariste quelques années plus tard (notamment sur des séries telles que Tout le monde aime Raymond ou Voila!), il envisagera l’écriture d’une série sur le sujet, encouragé par son agent à qui il raconte de nombreuses anecdotes. Une ambition qui se concrétisera durant la grève des scénaristes en 2007-08, Korsh puisant pour l’écriture de son pilote nombre d’éléments autobiographiques. Le prénom Harvey est ainsi celui de son ancien boss à Wall Street, tandis que le passé, la morale et une partie des capacités de Mike sont directement héritées de son propre vécu. Remodelé pour mettre en scène non plus des investisseurs mais des avocats, le show -alors intitulé A Legal Mind– séduit la chaîne USA Network qui, déjà forte de ses récents succès (Psych : enquêteur malgré lui, Burn Notice, FBI: Duo très spécial…), se lance dans l’aventure.

Dès ses premiers épisodes, la série enregistre des audiences record et aide la chaîne à maintenir sa place de numéro uno durant l’été 2011. A n’en pas douter, Suits a immédiatement séduit le public, d’autant que son atmosphère dynamique colle parfaitement à l’image des séries de la chaîne. Mais si l’histoire a prouvé qu’il n’existe pas nécessairement de recette pour faire une bonne série, Suits a pour elle de se distinguer de la majorité des séries judiciaires sur de très nombreux points, apportant un véritable vent de fraîcheur. Quitte à faire fi d’un certain réalisme, Suits se démarque par exemple de The Practice et de sa morosité plombante. Exit également les allusions à l’actualité (Damages, New York District et ses petites soeurs produites par Dick Wolf) ou la volonté de défendre des causes justes à force de plaidoiries bien amenées (Boston Justice). Non, s’il fallait rapprocher Suits d’une série, ce serait sans doute avec Profit qu’elle aurait le plus à voir.

Boys will be boys

 Sans avoir son côté délicieusement déviant, Suits partage avec Profit un certain goût pour l’esthétisme du monde légal (décors design, costumes impeccables, impression de se balader dans une piscine peuplée de requins), ainsi que son penchant pour la narration double. A l’origine, Suits ne devait en effet proposer que des loners, ces épisodes dans lesquels chaque scénario se suffit à lui même, comme c’est souvent le cas pour les shows diffusés sur USA Network (Royal Pains, Covert Affairs ou les shows cités plus haut). Nous devions ainsi suivre Mike et Harvey, ce dernier proposant chaque semaine une affaire à résoudre à son jeune associé, avec en filigrane une amorce de toile de fond sensée évoluer à chaque articulation de saison (donc au début et à la fin). Mais béni par une divine inspiration télévisuelle, Aaron Korsh et son showrunner Sean Jablonski (New York District, Nip/Tuck) ont réussi à travailler leur narration sur la longueur. Bien leur en a pris de mettre en scène des affaires totalement fictives. Bien ficelées et engageantes, elles ont également permis aux scénaristes de travailler durablement les relations que partagent les protagonistes, toutes étant à la fois personnelles et professionnelles.

Girls will be Godesses

 A ce titre, Suits n’a rien à envier à la concurrence. Le casting est aussi varié que multiple, et l’attention portée à chacun pousserait presque à penser qu’il n’y a pas ici de personnages secondaire. Du côté des hommes, Harvey et Mike sont bien évidemment au premier rang. Mais il ne faut surtout pas oublier Lewis, le concurrent direct de Harvey, à la fois rival et ressort comique teigneux. Celui-ci possède tout de même profondeur, sensibilité et failles, et est merveilleusement campé par l’excellent Rick Hoffman.

Côté féminin, le show se paye le luxe d’avoir une des galeries les plus incroyables qu’il ait été donné de voir dans un seul show. Qu’il s’agisse de la boss de Harvey Jessica Pearson (Gina Torres, Firefly), de Donna, la sulfureuse et intelligente secrétaire de Harvey (Sarah Rafferty) ou de l’assistante paralégale Rachel (Meghan Markle) pour laquelle Mike aura rapidement le béguin, toutes sont des modèles de femmes fortes et complexes, belles à tomber, sensibles et indépendantes, sortant des canons habituels des ces poster girls fadasses et silliconées.

Chacun ayant son passé, ses envies, ses évolutions et sa morale et rien n’étant bêtement rigide, chaque épisode agit comme un bal dans lequel tout mouvement est un plaisir de chaque instant, permettant à la série de jouer à merveille sur l’instant comme sur la longueur. Le meilleur du loner associé au plus accrocheur du drama : un cocktail détonnant.

Actuellement, deux saisons ont déjà été diffusées aux Etats-Unis. Durant la première, Mike apprend les ficelles du métier et sa relation avec Harvey s’intensifie, tout comme la confiance qui les unis. Celle-ci, motivée par le secret qu’ils partagent, donne une dynamique que l’on retrouvera plus légèrement dans la seconde platrée d’épisodes, pour sa part plus structurée et axée sur l’évolution de l’entreprise et de nouvelles problématiques que l’on aura du mal à considérer comme secondaires. Ainsi bien que l’on retrouve les mêmes directions dans les deux saisons et que le show ne se trahisse jamais, deux éléments marquent une véritable différence entre les elles. La première : Aaron Korsh, assistant sur sa création lors de la première saison, a eu le temps de prendre les rennes de l’entreprise pour accéder au poste de showrunner sur la seconde. cette dernière perd du coup légèrement en intensité, mais cela est également dû au fait qu’elle comporte plus d’épisodes :  «victime» de son succès, la série n’est plus reléguée à la simple case de «show d’été» et a bénéficié d’un break qui lui a permis de revenir en début d’année pour achever son retour avec un total de 16 épisodes (contre 12 l’an passé). Gageons que l’équipe saura tirer parti de cet avantage pour une troisième année déjà confirmée.

« Bon, on se tient par la barbichette, oui ou merde ? »

 Pour l’instant, Suits s’impose donc comme un divertissement de haute volée. Et il n’y a pas de raisons pour que cela change : avec sa galerie de protagonistes impeccables, sa narration calibrée et son atmosphère engageante, le show a réussi à instaurer un affectif incroyablement accrocheur. A l’inverse de l’autre drama légal de la chaîne qui n’aura pas fait long feu (l’attachant Facing Kate, malheureusement doté d’un casting bien plus restreint et d’une évolution plus chiche, fut arrêté au bout de 2 saisons), Suits semble là pour durer. Pour caus : au delà des analyses, elle possède ce petit quelque chose d’indescriptible, cette petite part de magie qui fait que l’on reste totalement scotché et que le show fasse l’effet une drogue, chaque épisode opérant tel un fix divin qui rend d’autant plus difficile l’attente du prochain. Après tout, n’est-ce pas ce que toute bonne série est sensée nous offrir ?

Suits, avocats sur mesure. Une série de Aaron Korsh. Avec Gabriel Macht, Patrick J. Adams, Rick Hoffman, Meghan Markle, Sarah Rafferty, Gina Torres. 

Diffusion sur Série Club à partir du lundi 1er Avril. Rediffusion dès le Vendredi 19 Avril.

Première saison Disponible en DVD le 16 Avril chez Universal. Les deux saisons son également disponibles en VOD.

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