Summer Flashback (3/10) :  X-Men, de Bryan Singer (été 2000)

Summer Flashback (3/10) : X-Men, de Bryan Singer (été 2000)

Note de l'auteur

On continue l’exploration sélective de quelques souvenirs de projections estivales qui ont particulièrement marqué vos camarades de la rédaction cinéma du Daily Mars. Aujourd’hui : X-Men, premier du nom, qui sonna un nouveau départ simultanément pour le cinéma de divertissement hollywoodien, Marvel… et votre serviteur. Rien que ça !

A l’été 2000, la première bulle Internet n’avait pas encore explosé, les vieux modem “bip-bip” 56k régnaient encore sur le web français, les réseaux sociaux n’étaient qu’une vue de l’esprit et les sites consacrés au cinéma commençaient à pleine à éclore, loin derrière les déjà vétérans Ain’t it cool news (fondé en 1996) et Dark Horizons (1997). Le Comic Con de San Diego avait déjà entamé sa phase de croissance mais n’avait toujours pas besoin d’occuper le vaste Hall H du Convention center de la ville pour les panels hypertrophiés des grands studios. Lesquels, pour la majorité d’entre eux, considéraient encore comme une petite chose folklorique cette manifestation qui restait par ailleurs largement en dessous des radars de la presse internationale. Presque un autre siècle, quoi.

Et pourtant, la perspective d’X-Men, depuis la diffusion des premières photos du film et de deux bandes annonce sur la poignée de sites influents du Net, affolait déjà les Marvel fans qui priaient très fort, sans trop y croire, pour la réussite de l’entreprise. Produit pour Fox par la femme du réalisateur de Superman (Lauren Schuler Donner), X-Men avait été porté à bout de bras pendant sa tortueuse phase d’écriture par son premier scénariste Tom DeSanto (über fanboy devant l’Eternel…), qui se remémorre aujourd’hui la piteuse notoriété des mutants de Stan Lee et Jack Kirby à Hollywood. En tant qu’ex-lecteur de comics, malgré mes distances prises avec cet univers, je vivais moi-même comme désespérante et un poil humiliante cette incapacité de Marvel à devenir grande au cinéma. Quelques années plus tôt, la promesse carbonisée d’un Spider-Man réalisé par James Cameron pour Carolco avait sérieusement douché mes espoirs de voir mes chouchous (X-Men et Spider-Man au premier plan) accéder un jour à la reconnaissance culturelle universelle inhérente au 7e art. Le côté happy few, c’était cool… et pas cool à la fois !

Première apparition de Wolverine : pari tenu et une star instantanée, Hugh Jackman, qui découvrit le personnage en lisant le script.

Tandis que Marvel se battait encore pour sortir de la banqueroute en 2000, X-Men allait devoir prouver à la ville et au monde que le catalogue de la firme pouvait bel et bien s’exporter sur grand écran dans un blockbuster crédible et populaire. Je me souviens m’être assis dans la salle du Forum Horizon, aux Halles, avec un sentiment d’excitation mêlée de crainte. Les bandes annonce m’avaient copieusement aguiché mais des rumeurs contradictoires sur la qualité du film circulaient sur AICN, alors ma bible web principale. J’étais par ailleurs bien content que Fox ait choisi de sortir X-Men en plein mois d’août, une période traditionnellement bien chiche en blockbusters à l’époque. Mais chut, voilà que le film commence… Première bonne surprise : le prologue tragique inattendu, posant les bases du passé de Magneto à Auschwitz et les racines de sa haine de l’Homo Sapiens. A l’évidence, DeSanto avait su repérer dés sa première version du script les éléments thématiques sociaux du comic book qui séduiraient le réalisateur d’Un élève doué. Seconde bonne surprise : malgré les évidents ratés du scénario et une noirceur très relative (classement PG13 oblige), X-Men tenait étonnamment la route dans son interprétation et sa retranscription du matériau. Je ne me sentais pas insulté. Wolverine, Magneto, le Professeur Xavier, la thématique de la persécution nationale des Mutants… je retrouvais à peu près mes petits, même si Halle Berry en Tornade et James Marsden en Cyclope semblaient aussi expressifs qu’un poulpe anémique.

Plusieurs éléments trahissaient encore la timidité des auteurs à embrasser pleinement le genre (le choix de costumes en cuir au lieu des originaux, un déficit de bastons iconisées…), mais incontestablement, le rêve venait de se matérialiser. Supervisés par Digital Domain, les 500 et quelques plans truqués en image de synthèse du film transformèrent en réalité le fantasme d’enfance de tous les lecteurs de Special Strange. Vu la banalisation du genre et de ses performances technologiques accomplies depuis, difficile d’imaginer aujourd’hui l’émerveillement qui fut le mien en voyant pour la première fois Magneto arracher d’un geste leurs armes à une armée de flics ou en écoutant pour la première fois le “Snikt !” des griffes de Wolverine…

En sortant de la salle, sans hurler au chef-d’oeuvre mais soulagé, j’avais le sentiment qu’une nouvelle ère allait enfin s’amorcer, que tout était possible… et que j’allais probablement replonger illico dans l’univers super héroïque, après m’en être un peu écarté depuis mes 20 ans. Favorablement accueilli par la presse et vrai succès public, y compris en France, X-Men allait bel et bien inaugurer une nouvelle ère à Hollywood, pour le meilleur et pour le pire (hélas). Une tendance à la pérennité consolidée par Spider-Man deux ans plus tard… et une influence déterminante de ces événements sur mon propre parcours professionnel. Mais ceci est une autre histoire et oui je sais, quelque part, on s’en tamponne !

X-Men, de Bryan Singer (1h45). Scénario : Tom DeSanto, Bryan Singer, David Hayter. Sortie France le 16 août 2000.

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