SuperHot : chaud comme la braise

SuperHot : chaud comme la braise

Note de l'auteur

Imaginez : et si pour pouviez vous placer dans la peau de ces stars du cinéma d’action ? Vous savez, ces mecs et femmes capables de décimer une dizaine de sbires mal intentionnés à coups de sabre, de flingues, virevoltant entre les balles dans un somptueux ballet sanglant ? SuperHot, c’est exactement ça. Une simulation de scènes de films d’action où votre récompense est tout simplement la satisfaction d’avoir eu la sensation d’être la personne la plus balèze de la planète. Tout ça grâce à une simple notion : le temps.

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En rouge et noir

Ce qui frappe avec SuperHot, c’est la fraîcheur de son concept. Il s’agit d’un mix entre Hotline Miami pour la chorégraphie et l’apprentissage des niveaux, et peut-être Max Payne pour la gestion du ralenti dans des scènes de gunfights. Le principe est on ne peut plus simple : tant que vous ne bougez pas, la scène autour de vous ne bouge pas non plus. Mais si vous vous mettez à vous mouvoir, l’action se lance. Regardez la vidéo en fin d’article pour bien comprendre, mais une fois clavier en main, tout est très limpide. En vue à la première personne, les niveaux vous demanderont de vous débarrasser d’un certain nombre d’ennemis, avec tout ce qui vous tombe sous la main. Les éléments interactifs ne manquent pas : vous pourrez vous saisir d’objets divers pour les lancer à la tronche des ennemis, récupérer le flingue qu’ils auront lâché, tirer en pensant bien au temps de rechargement, renvoyer votre arme vide sur un autre ennemi ou même récupérer un katana pour trancher dans le tas.

SUPERHOT-6Pour que tout ça ne soit pas un bordel sous amphétamine, le jeu opte pour une approche graphique étonnante : tout le décor est fait de blanc avec un ombrage, histoire de distinguer les contours, les ennemis sont en rouge avec effet polygonal qui explose lorsque vous les touchez, et les objets utilisables en noir, eux aussi destructibles quand vous les jetez (sauf pour le katana). Un code de trois couleurs immédiatement identifiable, qui permet une compréhension et une lisibilité totale de l’action. Un écrin classieux mais épuré, pour laisser le joueur se concentrer sur le gameplay. Un gameplay étonnamment tactique qui consiste à utiliser le temps ralenti pour analyser la situation, repérer les ennemis les plus dangereux et les anéantir avec les moyens du bord.

On découvre vite comment utiliser cette capacité à bon escient. On pourra facilement esquiver les balles (avec parcimonie) voire même les trancher avec votre katana (eh oui, c’est aussi classe qu’on l’imagine !). On découvre des astuces très jouissives, comme anticiper un tir ennemi pour qu’il dégomme son comparse juste à côté, et on jubile lorsqu’on arrive à abattre un adversaire en anticipant son déplacement. L’ennemi pourra tenter la même chose : il oriente son arme suivant la direction que vous prenez. Mais comme vous pouvez stopper le temps comme bon vous semble, la grosse difficulté réside dans la surveillance de tous les dangers à la fois et ne pas se laisser surprendre. Petit plaisir à la fin de chaque niveau : un replay vous montre tout l’action à vitesse réelle (et exportable), afin de vous laisser profiter de vos exploits surhumains.

superhot-e3-teaserChaud bouillant

SuperHot était à la base un concept de jeu développé pour une GameJam, le 7 Day FPS Challenge de 2013 qui demandait à des groupes de développeurs de créer un prototype opérationnel pour un FPS en une semaine. Le succès aidant, l’équipe a évidemment lancé un Kickstarter qui a remporté un franc succès. Mais les développeurs ne souhaitaient cependant pas proposer une simple succession de niveaux, à l’heure où le jeu indépendant sort du lot principalement à coup de jeux narratifs poussés. SuperHot en version finale possède un univers orienté « cassage du quatrième mur ». Comprenez par là que lorsque vous lancez le jeu, vous incarnez un joueur, un simple quidam qui navigue sur son propre PC (les menus tout en ASCII proposent des options bonus comme n’importe quel OS, et même des mini-jeux rigolos). Un camarade commence à chatter avec vous et vous parle d’un jeu qu’il vient de tester : superhot.exe. Il vous envoie le fichier en question et c’est comme ça que vous entrez dans la partie. Le scénario est très malin dans sa construction et se sert de toute son interface pour interpeller le joueur et lui parler directement. Je n’en dévoilerai pas trop mais Matrix, Mr. Robot, voire même le 1984 d’Orwell, sont clairement passés par là, et cela va étrangement très bien au jeu.

test-superhot-image-003Sauf que la surprise est de courte durée : à peine deux heures après le lancement de l’histoire, on arrive déjà au générique de fin. Oui, deux heures, c’est peu. Surtout que le jeu est plutôt facile : même sur les derniers niveaux, avec un minimum de concentration et quelques gaffes, on ne galère jamais vraiment. Le jeu ajoute même une fonctionnalité dans le gameplay un peu facile : le HotSwitch. Lorsque cette capacité est active (il y a un temps de rechargement), vous pouvez viser un ennemi et prendre sa place, sans toutefois garder son arme (il ne faut pas déconner non plus). On pige très vite la manipulation et on rajoute des tactiques bien fichues : on pourra jeter son arme vers un ennemi lorsque la situation est critique, on switche de corps pour récupérer l’arme lancée et se sortir du bourbier. Évidemment, grâce à une telle capacité, les derniers niveaux ne sont pas bien difficiles.

Fort heureusement, une fois le jeu fini, on débloque des modes supplémentaires. Outre la possibilité évidente de refaire les niveaux classiques, le mode Endless propose au joueur de tester des arènes tirées de l’aventure pour voir jusqu’où vous pouvez tenir. Votre progression débloque des modes supplémentaires, comme faire le maximum de victimes en un temps donné. Le mode Challenges, quant à lui, est déjà plus corsé, proposant de refaire tous les niveaux mais selon des conditions particulières : uniquement au katana, avec une seule vie ou même en mode SpeedRun, pour les fans du genre. Des ajouts très sympathiques qui permettent de s’éclater encore plus, même si on n’évite pas un sentiment de frustration.

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Red is Dead

SuperHot a malheureusement la faiblesse de ne jamais chercher à pousser le joueur dans ses retranchements. Chacun des niveaux proposent un cliché du film d’action (le bar avec le tenancier armé d’un fusil à pompe, le parking souterrain, l’attaque lors d’une réunion de cadres…) avec tout ce que ça comporte de planques, objets à utiliser et de renforts qui débarquent à l’improviste. Mais jamais le jeu ne vous met la pression. Les quelques niveaux plus « délicats » le sont simplement parce que la situation de départ est délicate (un ascenseur entouré de trois ennemis), avant que le joueur comprenne vite comment en venir à bout. Il manque des petites idées de game design qui viendraient épicer le jeu : un autre type d’ennemis plus résistants, des contraintes supplémentaires ou un level design plus compliqué. On sent que les créateurs ont simplement adapté leur concept de base sans forcément aller plus loin, et c’est bien dommage. Certes, le jeu est hyper rafraîchissant et propose un gameplay très solide et jouissif, mais on est vite frustrés que l’action se termine déjà alors que le dernier adversaire rouge écarlate s’effondre à vos pieds.

superhot-mac-1407853223-007SuperHot est presque victime de son propre gameplay. Jouer à quelque chose d’aussi original donne envie d’en voir encore plus, mais jamais le titre ne parviendra à aller au-delà de son concept et n’ose pas perdre son joueur sur des terrains trop inconnus, alors que c’est pourtant ce qu’il demande. C’est comme trouver une nouvelle saveur délicieuse en bouche et utilisée sur un seul plat alors qu’on pourrait faire tellement plus. Mais il est quand même difficile de leur en vouloir, tant le jeu propose une alternative du FPS d’action réalisée avec un sacré brio. Et c’est de là que vient la frustration. On se retrouve devant quelque chose de totalement nouveau, qui propose une véritable alternative au jeu d’action tactique.

Pourtant, le titre compte une bonne trentaine de niveaux et est loin d’être avare en contenu, mais il manque peut-être d’autres niveaux de difficultés. Les développeurs promettent du contenu à venir et le support du VR, et ça c’est déjà très bien. Mais qu’on se le dise : SuperHot est une petite pépite du jeu d’action, un vrai plaisir régressif de joueur qui prouve que le média arrive encore à se sortir les doigts du fondement pour proposer quelque chose de vraiment nouveau. Si le prix du billet pourra paraître excessif pour certains au vu de la durée de vie, ce serait dommage de ne pas embarquer pour un voyage aussi rafraîchissant et novateur.  « It’s the most innovative shooter I’ve played in years! »

SuperHot

Développeur : SuperHot Team
Prix : 22 euros


SUPERHOT – Launch Trailer par GameSpot

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