Cannes 2015 : Sweet emotion – Critique de Vice Versa

Cannes 2015 : Sweet emotion – Critique de Vice Versa

Note de l'auteur

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Depuis 1995, les productions Pixar réjouissent petits et grands et ont redéfini le territoire de l’animation et du cinéma, comme Disney en son temps. Après nombres chefs-d’oeuvres, dépassant bien souvent le seul cadre du « film pour enfants », Pixar avait marqué le pas, se concentrant sur des suites aisément négligeables (Cars 2, Monstres Academy), et une belle escapade peu novatrice (Rebelle). Il était temps pour le roi de l’animation de regagner son trône, et c’est bien ce qu’il s’attend à faire avec son nouveau film, Vice Versa.

571071.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxDans la tête de Riley, 11 ans, 5 émotions sont aux manettes : Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Tout se déroule plutôt bien, jusqu’à ce que la petite fille se voit forcée à déménager loin de ses amis, et de ses souvenirs d’enfance. Un chamboulement émotionnel qui va expulser par accident Joie et Tristesse du quartier général des émotions. Alors que les trois autres tentent de se débrouiller sans elle, les deux émotions apparemment opposées partent dans une aventure à travers l’esprit de Riley pour tenter de retrouver leurs amis, et éviter le chaos.

Ce nouveau long métrage Pixar a fort à faire, après une année 2014 qui n’aura vu aucune production de la maison à la lampe Luxo atteindre les salles obscures. La grande question était de savoir si toute cette attente allait finalement porter ses fruits. Et il faut bien avouer que oui. Après 4 années de choix discutables, Pixar renoue avec Vice Versa avec sa ligne éditoriale d’origine : l’histoire et les idées au centre.

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L’histoire, si elle est loin d’être originale – Woody Allen l’avait déjà montré dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander), et François Pérusse en avait également fait un sketch – est transcendée par Pixar dans un joli et doux manège émotionnel, à l’imaginaire débridé, fourmillant de mille idées, et à l’écriture toujours juste. Tout ce qui a fait la renommée du studio d’Emeryville toutes ces années, qu’on avait un peu oublié, et qu’on retrouve finalement aujourd’hui, avec toujours le même plaisir d’un gosse ébloui devant un magicien.

La force de Vice Versa est bien sûr celle-ci, de nous avoir réconcilié avec Pixar. Mais les petits gars n’en oublie pas non plus de faire un vrai bon film, nous emmenant là où peu nous amènent, nous pinçant là où peu nous pincent, parlant des subtiles choses de la vie, et pas uniquement celles bêtement heureuses et définitives, sous couvert d’un gros film coloré pour toute la famille. Et si le film regorge d’humour, d’une double lecture bienvenue, et de running gag hilarants, il sait préserver les petits moments qu’il a, hors de son histoire, pour nous accrocher la petite larmichette qui va bien. Qu’on se le dise, Vice Versa retrouve très bien ce pour quoi Pixar est aimé, et remet la boite sur une belle dynamique innovante pour l’avenir.

INSIDE OUT

Mais le film n’est pas non plus exempt de quelques défauts qui, si ils ressemblent à du pinaillage, ne l’empêche pas moins d’atteindre les sommets. Si l’ambition du film de nous propulser dans le cerveau humain l’amène à nous bombarder d’une multitude d’idées à la minute, le sentiment de survol laisse un goût de frustration, un petit sentiment de gâchis de voir certaines idées excitantes peu développées, et un potentiel d’histoire avorté. Au lieu de jouer la carte de l’audace comme ils ont su si bien le faire (les débuts de WALL-E et Là-Haut, ou la fin de Toy Story 3), Pete Docter et sa bande préfèrent la sécurité, et faire atterrir leur histoire en terrain connu : efficace, mais peu étonnante.

Un bémol peut-être, qui ne gâche rien à l’expérience du film, vrai gros et grand plaisir de cinéma, retour en force de Pixar, et qui nous réconciliera sans peine avec le gosse à l’intérieur de nous qui attend depuis 4 ans de se relever de Toy Story 3. Sweeeeeeet emotions.

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