Swiss Army Man, Harry Potter à l’école des nouveaux sorciers

Swiss Army Man, Harry Potter à l’école des nouveaux sorciers

Note de l'auteur

S’il y a vraiment une morale à ce film, c’est sûrement que la curiosité est une qualité, contrairement à ce que l’adage prétend. Et il en faudra pour les spectateurs qui tomberont sur cet objet filmique inédit, sans préparation. Il s’agit peut-être d’un test, d’ailleurs. Si vous passez le premier quart d’heure sans grommeler et réclamer le remboursement de votre ticket, vous gagnez le droit de sortir une heure plus tard avec un sourire idiot et une seule certitude : « ce flim n’est pas un flim sur le cyclimse. »1

Sur la plage abandonnée, coquillages, crustacés, certes, mais aussi et surtout un cadavre pétomane, s’échouant sur une île au moment précis où Hank, seul habitant des lieux, décide de mettre un terme à sa solitude. Privé de suicide, le rescapé de son propre naufrage trouve en Manny, ce nouvel « ami-couteau-suisse », les ressources aussi nécessaires qu’inattendues pour tenter de rejoindre la civilisation.

swiss-army-man-02Daniel Kwan, un des Daniels à l’origine de ce film, prétend que ce qu’ils ont tenté de faire, c’est de commencer un film avec une blague de prout et de le terminer avec un pet qui vous fait pleurer. Véritables trolls des internets, presque trentenaires, ils perçoivent leur film comme un Trojan, un cheval de Troie2, ce que les « vieux » appelleraient tout simplement une fable. Avec l’autre Daniel, Scheinert, les deux compères, qui se sont jusqu’alors illustrés dans le clip vidéo, n’en reviennent toujours pas d’avoir entraîné Harry Potter dans leur potacherie.

On pourrait penser, passé les premières minutes, que la volonté de Daniel Radcliffe de briser son image de magicien balafré l’a poussé à ces extrémités dont une carrière ne revient jamais. L’acteur donne de sa personne, et c’est peu dire. Dans un numéro des plus casse-gueule, sur le fil du grotesque, avec une justesse bluffante. La marge est ténue, entre son interprétation et le ridicule tueur, mais jamais franchie une seconde. La performance inspire un respect immense, ainsi que le courage.

Paul Dano (Little Miss Sunshine) de son côté joue le guide un peu éberlué, entre ahurissement et enthousiasme, sa bouille lunaire nous rappelant furieusement le Rhys Ifans du Human Nature de Michel Gondry. D’ailleurs, la parenté est évidente, entre les univers des Daniels et du french director passé également par le clip vidéo. Les effets très spéciaux sont principalement bricolés et confèrent à l’ensemble une poésie plus joviale que mélancolique. Autre « grand ancien », Terry Gilliam semble bénir ce premier long métrage réussi, dans de courtes plages oniriques très « brazilesques ». On se trouverait pires parrains ! Enfin, on n’oublie pas la délicieuse Mary Elizabeth Winstead (BrainDead) qui éclaire la conclusion en trois mots on ne peut plus appropriés.

Swiss Army man est un de ces films à effet retard qui vous affolent les neurones. Une expérience à vivre, un bouquet d’émotions à la clé. Impossible d’en dire plus sans gâcher le plaisir du futur spectateur. Frustrant… On vous invite à vous laisser guider par votre curiosité… Quelque part, dans la galaxie des objets filmiques non identifiés, une nouvelle étoile brille.

À suivre…

1 Le Grand Détournement : La Classe Américaine 
2 Source : rollingstone.com 

Swiss Army Man – sortie prochainement
Réalisé par : Daniels (Daniel Kwan & Daniel Scheinert)
Avec : Paul Dano, Daniel Radcliffe, Mary Elizabeth Winstead…

Visuel : capelight pictures

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