Tamba, l’enfant soldat de Marion Achard et Yann Dégruel

Tamba, l’enfant soldat de Marion Achard et Yann Dégruel

Note de l'auteur

Je m’appelle Tamba et j’ai huit ans. Mon quotidien, c’est la violence et la guerre. Celle des grands, oui, mais plus encore la mienne, celle qu’on me force à faire et pas qu’avec des jouets. Plongée effroyable dans le « vie » des enfants soldats où l’humanité ne disparait pas toujours complètement.

L’histoire : Dans un pays d’Afrique exsangue après des années de guerre civile, une commission vérité et réconciliation se tient dans un village. Tamba, 16 ans, raconte son récent passé d’enfant soldat depuis qu’il a été kidnappé à l’âge de 8 ans par des coupeurs de route.

Mon avis : Ce récit a une vocation universelle même si le phénomène des enfants soldats est encore plus prégnant en Afrique que sur les autres continents. C’est une forme de radiographie de ces existences bouleversées et bouleversantes à jamais. De ces gamins à qui on fourre une kalasch dans les mains plutôt qu’un stylo. Des mômes qu’on a fait devenir des bourreaux orphelins. Cet album est fort. De sens, de symboles et de violence. Sans tomber dans le pathos. Sans donner des leçon. Il y a un côté très reportage, très vécu. On comprend ainsi mieux cet engrenage qui nous est heureusement bien souvent étranger.

Cette BD pose aussi la question du difficile retour du vivre ensemble après que les horreurs de la guerre civile ont divisé toute une population. Peut-on pardonner ? Peut-on oublier ? Les enfants soldats sont-ils des victimes ou des criminels ? Les deux auteurs n’apportent pas une réponse clé en main, ils laissent à la sensibilité de leurs personnages le soin d’esquisser une forme de conclusion.

Ce texte n’est pas pour autant misérabiliste. Il est même porteur d’espoir à plusieurs égards. On y rencontre aussi des sages qui n’ont pas versé dans la folie humaine. Des hommes et des femmes qui placent l’humain au-dessus des clans et des communautés. Et puis même si l’horreur est entrée par effraction dans ces existences fracassées, la vie reprend toujours ses droits.

Tamba, l’enfant soldat mérite d’être lu et relu parce qu’il nous permet d’avoir moins de certitudes, moins de binarité sur le monde qui nous entoure.

En accompagnement : Le dossier de l’Unicef sur son site Internet (https://www.unicef.fr/dossier/enfants-soldats) concernant les enfants soldats. Et si vous avez quelques deniers à égarer, n’hésitez pas non plus.

Si vous aimez : Kirikou et les hommes et les femmes de Michel Ocelot.

Autour de la BD : artiste de cirque, Marion Achard s’est inspirée de sa propre expérience dans des camps de Guinée, de Sierra Leone ou de République démocratique du Congo pour livrer ce récit. C’est sa première incursion dans le monde de la BD. Yann Dégruel manie aussi bien le stylo que le crayon. Aperçu notamment dans l’illustration de deux albums de la série Haida.

Extraits : « Mesdames et messieurs… C’est une mission difficile. Il s’agit de pardonner l’impardonnable. Il n’y a pas d’avenir pour un pays sans pardon et il nous faut reconnaître un passé commun, aussi effroyable soit-il. »

« Vous l’avez déjà dit, monsieur ! Mais vous, vous en pensez quoi ? On m’a forcé, je n’étais pas libre, est-ce que je suis responsable de tout ce que j’ai fait ?  »

« Attribuer les responsabilités n’est pas notre objectif. Les questions que tu poses sur la responsabilité sont légitimes. J’ai la conviction que les enfants soldats sont avant tout des victimes.  »

Tamba, l’enfant soldat
Écrit par Marion Achard
Dessiné par Yann Dégruel
Édité par Delcourt

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