Teen Wolf, plaisir non coupable (par Koss)

Teen Wolf, plaisir non coupable (par Koss)

Jusqu’ici, on n’avait jamais trop évoqué Teen Wolf sur ce site. Mais ça, c’était avant : Koss, notre rédacteur invité en février, a décidé de vous en parler. Vous êtes fans de la série de MTV ? Ah… comment dire…

Tyler Posey, le héros de France 4. Photo MTV

Chaque fan de séries a son plaisir coupable, qu’il défend corps et âme contre les tacles et moqueries en tout genre. C’est souvent une série un peu ridicule, vaguement crédible et toujours honteuse. Mon plaisir coupable à moi, c’est Teen Wolf.

Nous sommes en 2011 et MTV décide de lancer la production d’une série à laquelle personne ne croit : un remake d’un film assez ridicule des années 80 avec Michael J. Fox dans le rôle d’un jeune adolescent qui se transforme en loup-garou à la pilosité pas du tout grotesque dès que la pleine lune pointe le bout de son nez. Le film bien qu’assez mauvais (avec pourtant une scène assez culte où Fox fait des acrobaties sur le toit d’une espèce de van) est un relatif succès commercial.

En 2011 donc, deux adultes responsables décident de surfer sur la mode des vampires en produisant un teen-show axé sur les loups-garous. Le premier de ces adultes, c’est Jeph Loeb : génial scénariste des comics les plus brillants de Batman, producteur télé et surtout scénariste du film Teen Wolf. Le second de ces adultes, c’est Jeff Davis, auteur de petite envergure (notamment sur Esprits Criminels) et showrunner médiocre. Jeph et Jeff décident de s’allier : Loeb s’occupera de l’écriture du pilote et Davis sera le showrunner de la série.

Le 5 juin, le 1er épisode est diffusé. Je dois avouer que si je n’avais pas lu une critique sur Internet, je serais probablement passé à côté de cette merveille. Dès le pilote, on est tout de suite fixé : Teen Wolf est un prodigieux, un merveilleux nanard comme rarement la télévision US en a produit. La série repose ainsi sur trois caractéristiques principales.

Il y a tout d’abord les acteurs. Il faut avoir vu Tyler Posey (l’acteur principal qui interprète le Teen Wolf en question) parvenir à jouer mal même de dos (oui oui, c’est possible) pour mesurer toute la qualité du show. Le reste du casting est d’un niveau identique avec Derek, le loup-garou torturé mono-regard intense et Lydia bouche botoxée, mine en permanence mi-boudeuse mi-apeurée. Si le jeu de certains s’améliore au fil des saisons (comment faire pire ?), c’est toujours un plaisir de les voir (mal) sortir des répliques parfaitement idiotes.

Lydia, jouée par Holland Roden. Photo MTV

C’est d’ailleurs la seconde qualité de Teen Wolf : son absence de scénario. C’est vrai qu’au début, c’est assez déroutant. Tu te poses tout plein de questions. Y-a-t-il une cohérence cachée dans ce que je regarde ? Jeff Davis est-il le nouveau David Lynch ? Et plus simplement : pourquoi ?

Au début, j’ai vraiment cru que le scénario de Teen Wolf allait développer sa propre logique sur le long terme. Il faut dire que la présence d’un background très construit a pendant longtemps laissé planer le doute chez moi. Et puis au début de la saison 3, ce fut le déclic : Jeff Davis n’a aucune idée de la direction que doit prendre sa série. Il semble même la construire par à-coups en fonction de son inspiration du moment.

Ainsi en saison 2, nous avons eu droit à une séquence de combat à l’épée à deux mains. Comme ça, juste pour le plaisir. En saison 3, sans doute inspiré par les samedis soirs qu’il a passés à regarder du catch, Davis nous a infligé de très nombreuses scènes de grosses bagaaaarrrrres.

Toute la série se veut la résultante de ces inspirations foutraques. Imaginez un show où on trouve un lézard-garou, des jumeaux qui fusionnent pour faire des bonds de 4m, des coyotes-garous, une banshee, une japonaise qui lance des éclairs par la bouche… Imaginez True Blood en 15 fois plus brainless et vous obtiendrez Teen Wolf.

Stiles. Le meilleur ami de notre invité. Dans la série en tout cas. Photo MTV

Mais là où Teen Wolf inflige une fessée à ses autres concurrentes, c’est dans toute la partie technique. Grâce aux génies qui bossent sur la série. Au fil des épisodes, on trouve un best-of d’erreurs techniques en tout genre : des faux raccords à la pelle, des projecteurs dans le champ, des ralentis jouissivement ridicules, des erreurs de script en veux-tu en voilà, etc. Avec Teen Wolf, l’erreur technique devient la norme. Mieux, elle est érigée en art et c’est extrêmement plaisant.

Et pourtant, malgré tout ça, le show possède des qualités indéniables. Parmi celles-ci, on trouve Stiles. Stiles Stilinski est le sidekick du héros. Vous savez, celui qui est dans son coin, juste à côté du personnage principal et dont le seul rôle consiste à faire des blagues.

Stiles, c’est Dick Grayson en plus cool (avec un Batman complètement con). C’est en tout cas le seul personnage de la série à ne pas avoir de pouvoirs (même si on y revient peu à peu). Le seul qu’il possède (et il est fondamental), c’est celui de faire avancer l’intrigue. Tout passe par lui. Sorte de couteau suisse scénaristique, il est même le seul à la faire véritablement progresser, pendant que les autres font globalement n’importe quoi. Ce personnage possède en outre une relation très touchante avec son père veuf, portée par une écriture très fine. Ces moments font mouche à chaque fois.

C’est là que réside tout le sel de cette série pas vraiment comme les autres : un mélange entre du très mauvais et du très bon, un équilibre constant entre un mauvais goût caractérisé et de belles idées. Teen Wolf se situe sur cette ligne de crête, celle qui est la plus dangereuse (le show peut très vite basculer d’un côté comme de l’autre), mais aussi la plus intéressante.
Toutes ces raisons ont – pour moi – rapidement fait du show un immanquable, une œuvre baroque et bigarrée. Un véritable plaisir non coupable en somme. Courez-y, vous n’en verrez pas deux comme ça.

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