TEST DVD : AU-DELA DES MONTAGNES, DE JIA ZHANG-KE

TEST DVD : AU-DELA DES MONTAGNES, DE JIA ZHANG-KE

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-KeLE FILM 4/5

Après Touch of Sin, Jia Zhang-Ke demeure dans sa province natale du Shanxi, qui est aussi son lieu de tournage de prédilection, pour une épopée humaine et sociale s’étalant sur 26 ans. Le chroniqueur éclairé de la Chine populaire et prolétaire nous dresse le portrait d’un triangle amoureux à travers les âges (1999, 2014 et 2025), dans lequel le temps et l’évolution des sentiments sont les véritables protagonistes.

Amis à l’origine, Zhang l’entrepreneur ambitieux et Liangzi, mineur réservé qui, un comble, travaille dans la réserve de la mine, vont se disputer les faveurs de la belle Tao. Le choix de cette dernière viendra sceller le destin des trois personnages ainsi que celui de Dollar (un patronyme lourd de sens), enfant à venir du couple élu.

Dans une Chine en pleine révolution industrielle où se confondent les édifices traditionnels et la morosité des mines de charbon, Jia Zhang-Ke s’applique à nous conter l’insouciance de la jeunesse et l’éclatement familial, à travers la perte de la notion de loyauté. En ces décors d’une beauté froide, majestueuse et picturale, chaque membre du trio s’enlise peu à peu dans une solitude traduite à l’écran par la mise en scène des différents actes. Du premier, foule et couleurs grouillantes à l’aube de l’an 2000 sous l’éclat des feux d’artifices, jusqu’au troisième, réflexion sur la quête d’identité dans une Australie futuriste épurée, dépeuplée, sauvage. Une œuvre emprunte d’un certain pessimisme, ou plutôt d’une certaine mélancolie, qui va de pair avec quelques pointes d’humour efficaces qui jouent sur les hors-champs. Au-delà des montagnes il y a du souffle, de la gravité mais surtout, de la hauteur. Et si l’envie de s’envoyer un antidépresseur peut se faire sentir, elle est finalement balayée par les embruns d’une bouffée d’oxygène au son de Go West, des Pet Shop Boys. 

 

LE DVD 3/5

Via un processus de création qui rappelle (en beaucoup moins jusqu’au-boutiste) celui adopté par Richard Linklater pour Boyhood, Jia Zhang-Ke a exhumé des images tournées en 1999 avec sa première caméra numérique. Pour être exact, de la redécouverte de ces images émergea l’idée du film et de son thème lié aux souvenirs, tant elles lui parurent « lointaines, comme venues d’un monde disparu ». Les périodes suivantes ont été filmées avec la plus récente et perfectionnée Arriflex Alexa. Le format d’image change donc à chaque décennie, passant successivement de l’académique 1.37 : 1 (1999) à l’actuel large anamorphosé 1.85 : 1 (2014), pour finir sur un Cinemascope 2.35 : 1 des familles (2025). Un parti pris qui produit sur le spectateur un petit effet quasi inconscient. Les images de 1999 souffrent parfois d’un étrange balayage : problème dû à l’encodage du DVD ou provenant de la caméra « d’époque » ? Les deux ? Mystère. La suite est d’une qualité irréprochable.

Une correcte édition en carton glacé qui s’ouvre en trois pans, imprimés d’images du film et d’une courte interview du réalisateur. Maigres bonus : une bande-annonce ainsi qu’un autre entretien intéressant avec Jia Zhang-Ke (12mn). Le film est visionnable en français, version originale sous-titrée et audio description pour les malentendants. Niveau son, ça allait pour moi, j’ai tout bien entendu. 

En DVD/Blu-ray depuis le 3 mai 2016
2015. Chine. Réalisé par Jia Zhang-Ke. Avec Zhao Tao, Yi Zhang, Jing Dong Liang…
Éditeur : TF1 Vidéo
Distributeur : Ad Vitam

 

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