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Thank you, Eddie (critique de l’album A Different Kind of Truth, de Van Halen)

Thank you, Eddie (critique de l’album A Different Kind of Truth, de Van Halen)

A la surprise générale, après des années d’errance hors des bacs, Van Halen revient en très grande forme avec son frontman d’origine et un disque pétant les flammes de l’enfer à quasiment chacun de ses 13 morceaux. Review totalement non objective d’un vieux fidèle reconnaissant pour l’éternité.

Un miracle. Cet album est un miracle. La renaissance d’un groupe mitraillé d’insultants épithètes depuis trop longtemps par la cohorte habituelle des railleurs à la petite semaine pour qui de toute façon, le hard rock old school ne mérite pas plus de respect qu’une merde canine. Guess what, bande de myopes des tympans : Van Halen, vous savez ce « groupe de vieux » qui vous fait tant ricaner tout en vous enfilant votre dose de Camille ou Benjamin Biolay, ils sont de retour comme au bon vieux temps des roaring eighties. Et non seulement avec l’immense David Lee Roth au micro, mais en plus avec un sacré putain d’album dont la colossale patate et l’implacable énergie rendent soudainement inaudibles vos tristes sarcasmes. Qualifié de « bad ass » par Slash en personne, A different kind of truth est certes composé à moitié d’anciennes démos du groupe réarrangées façon gros son.

Et alors ? Ce sont bien Eddie et sa bande (avec le fiston Wolfgang à la place du bassiste Michael Anthony) qui jouent, là, ensemble, propulsés par le timbre plus déchaîné que jamais d’un Roth défiant ses 57 ans avec une gouaille, une gourmandise et une grâce forçant l’admiration. Quant à l’autre moitié des titres, l’estampillé « 100% compos fraiches », elle n’a rien à envier, mais alors rien du tout, à ces glorieux restes. Et finalement, à l’écoute de cette émouvante galette, le fan qui se pince pour s’assurer qu’il ne rêve pas se fichera pas mal de la chronologie de création des morceaux. A Different kind of truth, c’est tout ce qui compte, est un pur moment de rock’n’roll, l’éblouissante rédemption d’un groupe revenu il est vrai de très loin. Le dernier véritable album de Van Halen (Van Halen III), daté de 1997, sonnait la terrible débâcle d’un groupe à l’inspiration exsangue, affublé d’une terrifiante erreur de casting au chant (Gary « Extreme » Cherone). Même les quatre disques studio précédant cette embarrassante catastrophe, menés par Sammy Hagar aux cordes vocales (5150, OU812, FUCK et Balance) pouvaient, au mieux, revendiquer le label « demi-réussite ». Dans les saumâtres coulisses des relations orageuses entre Eddie Van Halen et David Lee Roth, démissionnaire du groupe en 1985, les infos toujours contradictoires se succédaient depuis des années. Reviendra, reviendra pas, réconciliés, toujours fâchés ? Personnellement, j’avais lâché l’affaire depuis bien longtemps, résigné à l’idée que mon Van Halen chéri à moi que j’aime, celui des six premiers albums de 1978 à 1984, resterait à l’état de souvenir régulièrement moqué par les tristes sires mentionnés plus haut. C’est dire la rudesse du choc.

A Different Kind of Truth (drôle de titre) ne réinvente pas la roue et racle des fonds de tiroirs ? On s’en fout, coco ! Tel quel, c’est une claque, un train fou, une fête insolente, un tribut décomplexé aux fastes du hard rock chevelu et hyper sexué. La party commence piano avec Tatoo, le titre d’ouverture. Choisi comme premier single, il pose une ambiance nostalgique avec son rythme easy going et ses paroles clin d’œil à Elvis. Il se dégage du riff tranquille d’Eddie et de la décontraction de DLR quelque chose d’apaisé, un peu comme une conversation au coin du feu entre vieilles branches frôlant le soir de leurs vies, tensions rangées sous le tapis. Son énorme, colossal, plusieurs pistes de guitares, Van Halen n’a jamais sonné aussi puissant. Et pourtant Tatoo reste le moins bon titre de l’album. La fièvre augmente brutalement avec l’affolante intro de She’s the woman, tendue par une ligne de basse érectile évoquant le Mean Streets de Fair Warning. Roth fait le kéké comme jamais avec ses incantations libidineuses comme au tant des folies backstage et les toujours impeccables chœurs du groupe se joignent au vieux loup sur le réjouissant refrain.

You and your blues, le troisième titre, m’obsède littéralement depuis la première écoute. Avec son feeling FM californien très prononcé et son bridge faussement Beach Boys, on aurait pu l’entendre sur Diver Down ou 1984, celui-là. Roth se fend d’une performance proprement ahurissante sur le vibrant refrain, donnant tout ce qu’il a dans un enivrant fracas de guitares et de cymbales. Ce titre extrêmement catchy aurait certainement fait un meilleur single que Tatoo, mais passons ! Les morceaux suivants défilent et le quasi sans faute se confirme. De l’effréné China Town au hard’n’funk The trouble with never, en passant par l’hymne Diver downien Blood and fire, pas une seule balade hagarde comme au temps d’Hagar, ni d’égarement expérimentalo-lourdingue dont Balance pouvait receler. Van Halen fonce, Van Halen défonce, la poudre parle sans retenue, la cavalerie charge, le mojo retrouvé parfois en mode plus sombre comme sur le rageur Honeybabysweetiedoll. Mais c’est bien la bonne humeur et la fougue qui règnent en maître, témoin le tonitruant As Is et son break foudroyant où, après avoir zigzagué entre les octaves, Roth s’offre une pause parlée de quelques secondes renversante de classe.

C’est lors du dernier virage de l’album qu’en plus d’une magique banane pour plusieurs vies, le crescendo de bonheur du vieux fan quadra se mue en émotion qui sans prévenir lui serre la gorge. Oui, comme le jour où j’ai assisté au concert Star Wars à Bercy. Même principe, je suppose… Outta space aurait pu figurer sur les deux premiers Van Halen ou la B.O de Metal Hurlant. C’est du pur hard rock bien speed, porté par une cascade de solos virtuoses d’un Eddie reshooté au génie et un Roth au sens du rythme sans faille. Les premiers accords à la sèche de Stay Frosty enchaînent. Un sourire complice me barre le visage. Forcément, la mélodie d’Ice Cream man, titre culte premier album de Van Halen, éclabousse ma mémoire et avec elle tant d’autres souvenirs lycéens. Même structure, même gouaille, même plaisir collectif manifeste à jouer ensemble, même rythmique ne donnant qu’une seule envie : se retrouver avec ses rockers chouchous, taper le bœuf avec eux dans le studio, fredonner Stay Frosty sur un coin de micro avec David et pogoter avec une bande d’initiés sur les envolées soniques d’Eddie. Ce swing furibard, on le prend comme une preuve d’affection, un clin d’œil aux vieux fans, un cadeau de retour qui vous bouleverse et vous donne envie de serrer vos héros dans vos bras. Bon sang mais d’où sort cette larmichette ? Pourquoi ai je déjà 40 ans ? Vite, on écrase l’intruse liquide, la suite déboule déjà…

A ce stade, essoré mais heureux, on se dit que même si les deux dernières pistes ne sont pas à la hauteur, pas grave, le compte est bon, ma risette niaiseuse le prouve, Van Halen a réussi son come back au centuple. Ha ben non en fait, c’est toujours Noel : Big River et sa rythmique au marteau façon Running with the devil poursuit l’extase, nanti d’un refrain prêt pour les stades. Et que dire de Beats Workin’ ? Comme pour You and your blues, j’ai lu quelques commentaires acerbes sur le potentiel non exploité de ce titre à l’intro gigantesque. Je ne les partage pas : le riff en trois temps, basique et génial vous emmène à travers une partouze de chœurs enjoués et un break malicieux, jusqu’au bout de ce méga disque dont plusieurs écoutes n’épuisent pas l’effet aphrodisiaque. Un chef-d’œuvre peut-être pas, quelques défauts ici et là certainement, que sais je…

Une analyse plus froide, plus tard, viendra peut-être tempérer ce débordement de superlatifs. Mais une qualité qu’on ne pourra jamais enlever à cet album, c’est le plaisir juvénile totalement communicatif qu’il vous transmet et la foi plus puissante que jamais dans la beauté du rock’n’roll qu’il ranime dans le cœur des fidèles. A different kind of truth ressuscite le meilleur de Van Halen et fait vibrer toutes les cordes, pas seulement celles de la Frankenstrat d’Eddie. Il titille aussi celles, plus intimes, des émotions les plus nobles, l’espoir, la rage, une certaine mélancolie, la joie canaille et un bon quintal de gratitude envers ce groupe retrouvé, toujours vaillant face au temps comme AC/DC avec son Black Ice, en 2008. Le big rock n’est pas mort, cet album bouleversant nous le confirme et messieurs les pisses froid, il vous emmerde bien bas.

 

Van Halen : album A different kind of truth (Interscope Records).

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