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The Americans, The Carrie Diaries : années 80 ou années « quatre-vain » ?

The Americans, The Carrie Diaries : années 80 ou années « quatre-vain » ?

Keri Russell et Matthew Rhys, de The Americans. Photo FX

En 2013, la machine à remonter le temps s’emballe encore. Avec The Carrie Diaries et The Americans, la CW et FX, dans des styles très différents, nous ramènent trente ans en arrière. Enfin, doivent nous ramener. Enfin, devraient nous ramener. Sur ce que montrent leurs prémices, ces deux séries ont effectivement pas mal de difficultés à faire revivre les eighties.

L’idée, c’est de dresser un premier constat. Les choses peuvent évoluer avec le temps, marquer une montée en puissance… mais franchement, ce serait une petite surprise.

Lancées à 15 jours d’intervalle, The Carrie Diaries et The Americans se posaient sur le papier comme deux séries ancrées dans les années 80. D’un côté, un teen show doux-amer sur l’adolescence de Carrie Bradshaw, héroïne de Sex & The City, qui découvre Manhattan des eighties. De l’autre, un drama avec deux agents du KGB qui se font passer pour un couple sans histoire dans la banlieue de Washington (avec une narration à mi-chemin entre la chronique et le thriller).

Si, dans une certaine mesure, comparer les deux séries revient à chercher des points communs entre une bicyclette (rose) et un avion furtif, on était en droit d’attendre de ces deux productions une certaine capacité à susciter (et ressusciter) toutes deux une ambiance, une atmosphère. En deux mots: une époque. Sauf que ce n’est pas franchement probant. Surtout quand on s’attarde sur quelques axes forts.

Un mange-disque bien nourri, ça ne fait pas tout

Le casting de The Carrie Diaries

La question est toute simple : les deux séries susnommées parviennent-elles à retrouver l’esprit d’une décennie comme Mad Men l’a fait pour les années 60 ? Franchement, non. Pas dès leur coup d’envoi, en tout cas. Si le pilote de The Carrie Diaries a été tourné dans des rues de New York où l’on trouve pas mal de  bâtiments des années 80, si un certain effort est fait sur les tenues, les accessoires (vas-y que je te sors mon Rubik’s Cube, un peu plus tard) et les décors, on a souvent l’impression d’un collage d’éléments que d’une volonté forte de rendre une atmosphère.

 

La série semble en fait coincée entre ses contradictions : développer un teen show des années 2010 et dire que ça se passe dans les années 80. Et on a vraiment l’impression que la seconde partie de la proposition sert de prétexte à la première. Est-ce que cela s’explique par le fait que la série ne m’a, personnellement, pas du tout parlé ? Peut-être. Mais pas que. L’équipe réunie autour d’Amy B. Harris, showrunner de The Carrie Diaries, claironne haut et fort sa volonté de ne pas mettre de plan du World Trade Center « pour ne causer ni gène ni douleur aux téléspectateurs ».

Un choix douteux : Harris le justifie en expliquant que la série est centrée sur les questions d’amour et d’arrivée à l’âge adulte, que cela ne semblait pas approprié. Personnellement, je suis extrêmement dubitatif. Si quelqu’un peut m’expliquer en quoi des images de New York avant la plus terrible attaque terroriste de son histoire (avant LE traumatisme américain) parasite l’insouciance relative d’une époque (celle de l’adolescence de son héroïne), je suis preneur…

Y a pas photo… (en tout cas, pas assez)

Du côté de The Americans, la problématique est abordée de façon sensiblement différente. Dans le pilote, Joe Weisberg, le scénariste, lie le destin de ses trois personnages principaux (le couple Jennings et Stan Beeman, le voisin qui bosse pour le FBI) au contexte historique (l’élection de Reagan, le début d’une nouvelle phase de la Guerre froide). Il joue assez habilement avec les répercussions des événements internationaux sur l’attitude de ses héros (jusqu’à la scène finale, dans le garage des Jennings, que j’ai trouvée très réussie). De ce point de vue-là, c’est bien pensé.

 


Par contre, pour le reste, toujours dans la logique « évocation d’une époque », c’est assez faiblard. Certes, on a les berlines de l’époque dans les rues. D’accord, Keri Russell et Matthew Rhys sont raccord niveau tenue. Oui, on entend des titres de la décennie (mais sur ce point The Carrie Diaries est sans doute plus forte : c’est une production Josh Schwartz, c’est donc Alexandra Patsavas qui se colle à la supervision musicale. Et c’est la meilleure dans son domaine). Mais est-ce que l’atmosphère assez individualiste de l’époque, l’esprit « les trente glorieuses, c’est terminé » est insufflé par petites touches ? Non plus.

Vous allez me dire : « C’est un pilote. Il faut quand même laisser le temps au temps… ». Vous avez raison. En partie. Parce que si vous revoyez le pilote de Freaks & Geeks de Paul Feig, Judd Apatow et Jake Kasdan, cet esprit 80’s, il est déjà là. Dès le début. Et il saute carrément à la figure du téléspectateur dans l’épisode 2 lorsque le personnage de Nick Andopolis (Jason Segel, période « J’étais un vrai acteur ») apprend la mort de John Bonham, batteur de Led Zeppelin.


D’un point de vue formel, le plus gros reproche que je formulerais aux deux séries – mais surtout à The Americans – c’est d’avoir manqué le coche au niveau de la photographie. Richard Rutkowski, directeur de la photo de la série de FX, qui a auparavant travaillé sur Boss, est loin d’être un incapable en la matière. Mais ses choix ne martèlent pas franchement l’identité de la série.

Sans forcément faire un plagiat du travail d’un Constantine Makris sur les trois premières saisons de Law & Order (tournées en 1990, 1991, 1992 et 1993 mais véritablement héritières d’un visuel 80’s), il y avait peut être un peu mieux à faire. Un peu mieux à « rendre » à l’écran : notamment au niveau des ombres, qui font partie intégrante de l’imaginaire de l’époque.

Les moyens de The Carrie Diaries (et ses ambitions) ne sont pas les mêmes que The Americans… mais on peut néanmoins faire le même reproche à la série. En 1996, le regretté Steve Yaconelli avait fait un boulot superbe sur Dark Skies, courte série de NBC qui racontait l’histoire d’un couple traquant les extra-terrestres des années 60 à nos jours… je doute qu’il ait eu beaucoup de moyens pour y parvenir mais il avait de vraies idées visuelles (en terme de colorimétrie, par exemple) pour faciliter le voyage dans le temps du téléspectateur.

Bon, et sinon, à part ça…

Tout ceci ne veut pas dire que ces séries sont ratées. Surtout pas The Americans. Je l’ai dit : The Carrie Diaries ne m’a pas séduit. Mais je ne suis pas son public cible et si ses audiences décollent, elle peut plaire à ceux qui se sentent concernés par son propos (une ado qui va devoir devenir une femme sans sa mère, pour schématiser).

La série de FX, elle, peut s’appuyer sur un très bon casting pour développer des personnages intéressants. Du coup, même si j’ai un peu du mal à savoir ce vers quoi va tendre la série, j’ai vraiment envie de voir où on va.

Par contre, si, encore une fois, vous attendez une fiction qui vous immerge vraiment dans les années 80, là, vous risquez d’être déçus.

 

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