« The Americans » : bilan de la saison 1

« The Americans » : bilan de la saison 1

Note de l'auteur

Philip et Elizabeth, couple phare de The Americans. Photo Craig Blankenhorn/FX

The Americans, c’est absolument génial. Etonnant. Electrisant. Et ça va être dur d’attendre presque le temps d’une grossesse pour voir la suite. Voilà ce que j’aurais adoré écrire au sujet de la nouvelle série de FX, au terme de la saison 1. Sauf que non… et pourtant, c’est bien.

Je suis embêté avec la série de Joe Weisberg. Vraiment embêté. Parce qu’elle combine plein d’éléments qui concourt à en faire une série de qualité. Sauf que le récit ne s’envole jamais complètement. A un point tel que je me suis longtemps demandé ce qui n’allait pas -pour moi- dans cette série.

Finalement, après des nuits entières passées à me balancer d’avant en arrière sur le lit en écoutant le (très bon) thème musical de Nathan Barr (oui, bon : en me posant juste la question. A la fin de douze épisodes sur treize quand même), j’ai peut-être trouvé des éléments de réponse.

Mais commençons par le commencement. The Americans, série lancée en janvier sur FX, c’est d’abord l’histoire d’Elizabeth et Philip Jennings, des agents de voyage qui sont aussi et surtout deux espions du KGB dont le mariage a été arrangé. Installés avec leurs deux enfants dans la banlieue de Washington au début des années 80, juste après l’élection de Ronald Reagan à la présidence, ils vivent dans une maison qui se trouve à côté de celle d’un agent du FBI, Stan Beeman. Un agent directement impliqué dans la lutte américaine contre la menace soviétique.

Stan et Philip, deux voisins pas comme les autres. Photo FX

Si le pitch résume efficacement tout le potentiel de la série, son atout majeur est ailleurs. La grande force de The Americans, c’est sa distribution. Keri Russell (qui incarne Elizabeth) et Matthew Rhys (qui joue Philip) sont vraiment bons. Véritablement investis dans leurs rôles, ils portent bien  la complexité de leurs personnages.

En s’éloignant du postulat esquissé de façon un peu bateau dans le pilote, les deux protagonistes vont prendre du volume tout au long de la saison. Russell campe une femme forte et complexe, capable de vrais élans badass (Ah, « Trust Me », l’épisode 6…) mais qui a aussi beaucoup de mal à mettre des mots sur ses doutes. Rhys -qui est un peu la révélation de cette saison 1- incarne de son côté un homme qui arrive mieux à exprimer les contradictions liées à sa situation d’espion… mais qui est tout autant embarqué dans sa mission (l’histoire avec Martha, une femme qu’il rencontre en début de saison, est une vraie réussite).

La clef des relations qui unit finalement tous les personnages, c’est Nina, une jeune femme Russe, qui la donne à Beeman dans l’épisode 8, « Mutually Assured Destruction ». Dans une scène où tous les deux sont seuls, elle dit à ce dernier que le problème des Américains, c’est que pour eux, tout est tout noir ou tout blanc, alors que pour les Soviétiques, il n’y a que des nuances de gris. Bien vu : à mesure que la saison avance, l’agent du FBI comprend combien la jeune femme dit vrai… alors que Philip et Elizabeth sont vraiment en quête de choses sûres ; ils ont besoin d’éléments tout noir ou tout blanc pour trouver un équilibre. Et ils n’en trouvent pas.

Keri Russell dans « Trust me » (1.06), le meilleur épisode de la saison. Photo Craig Blankenhorn/FX

Efficace dans sa capacité à explorer un récit d’espionnage à la Alias, la série peine cependant à surprendre vraiment avec ce qu’elle propose. Si son évocation des eighties est sporadiquement bien menée (non, Joe : faire porter un pull à carreaux à Russell ne suffit pas), The Americans reprend des recettes connues sans vraiment les revisiter. Et surtout, elle loupe un truc : développer véritablement le caractère schizophrène de la situation familiale des héros.

Que le show soit centré sur la vie « professionnelle » des Jennings et Beeman n’empêche effectivement pas de mettre en scène ces héros en situation de parents, avec des enfants comme les autres. Or, contre toute attente, cette partie du récit est très terne. Décevante. Trop souvent bâclée.

Pourtant, la série offre une situation en or aux scénaristes. D’un côté, on a un homme et une femme qui ont eu deux enfants et qui forment une famille en apparence comme les autres… pour le bien d’une couverture. De l’autre, on a un homme dont le mariage se délite parce que sa vie essaie d’influer sur le cours de l’Histoire. Sauf que les répercussions de tout ça ne sont pas vraiment explorées. Ou trop peu.

The Americans, une belle fête de la moumoute ? Oui, aussi. Photo Craig Blankenhorn/FX

Dommage : la scène d’ouverture de « Safe House » (épisode 9), montre que c’est possible. On assiste alors à un dîner en famille au cours duquel Philip et Elizabeth annoncent quelque chose à leurs enfants… et ça marche très bien. Pareil dans « Covert War » (épisode 11) quand Sandra Beeman pète un câble dans la chambre à coucher avec son mari, alors qu’elle a bu. Ce sont deux des plus fameux exemples… mais ces scènes sont trop peu nombreuses.

C’est pourtant là que la série peut se distinguer avec force. Je repensais au début de la saison 2 d’Alias cette semaine. Qu’est-ce qui fait que les scènes entre Jennifer Garner et Lena Olin sont absolument géniales dans les premiers épisodes ? C’est le fait que quand elle interroge Irina, Sydney Bristow se retrouve à la fois face à un « agent trouble » et face à sa mère. Les deux choses se confondent dans son esprit. Dans ses yeux. Dans ses réactions. Qui est cette Derevko ? Un allié ou un danger potentiel ? Dans tous les cas, c’est et ça reste la mère de Sydney. Chez Abrams, c’est bluffant… et c’est justement cette dualité que je ne retrouve pas franchement dans The Americans. Pourtant, plein de scènes de « vie normale » offrent cette opportunité. C’est vraiment regrettable : ça nourrirait de manière autrement plus probante les scènes de « vie pas normale » du casting.

Sans forcément signer un remake systématique de l’épisode « College » des Soprano (celui où Tony va, avec sa fille, visiter une université américaine et croise la route d’un repenti. C’est en saison 1), il y a clairement quelque chose à faire dans cette direction chez The Americans. Sans quoi, j’ai peur que le show de Weisberg ne soit qu’une bonne série… alors qu’elle a de vrais atouts pour devenir une grande fiction.

 

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