The CSI Effect (critique du 15×01 de CSI)

The CSI Effect (critique du 15×01 de CSI)

Note de l'auteur

CSI (2)L’usure du temps. Comme une fleur qui se fane, des couleurs qui deviennent ternes, un couple englué dans la routine. Dans les séries, le temps est une valeur importante. Elle définit l’oeuvre, sa persistance, son développement, sa nature. Le temps peut aussi se retourner contre elle. Les rides se lisent comme des coups de scalpels dans l’inspiration. Les mouvements d’acteurs et d’actrices comme des amputations, les renouvellements comme des appendices artificielles, des prothèses. Une série qui vieillit mal, c’est un corps qui lâche, petit à petit, organe par organe, jusqu’à devenir immobile, alité, attendant que l’on mette fin à leur calvaire. Les séries ont droit à l’euthanasie.

CSI, entame sa quinzième saison. De dire qu’elle a perdu de sa superbe serait un euphémisme. Elle évite la momification par sa nature d’organisme génétiquement modifié. La révolution policière par la science. Celle qui a fait entrer le paradigme indiciaire dans l’infiniment petit ; du monde microscopique, un nouveau territoire à explorer. Ces dernières années, la promiscuité science/enquête s’est atténuée, voilée par le linceul de la paresse. Quelques échantillons, le couple luminol/ADN (comme ER avait ses NFS, chimie, iono) et beaucoup d’interrogatoires. Trop. CSI avait effacé la carte de l’être humain de son jeu (jusque dans la notion de personnage) au profit du tout science ou tout “preuves”. Jusqu’à penser que le “Everybody lies” de House était une réponse au “Evidence doesn’t lie” de CSI. Aujourd’hui il reste des traces, des échantillons. Et la série d’adopter la position un peu bâtarde où l’analyse scientifique tient plus du réflexe pavlovien qu’autre chose.

CSI (4)Que raconter après 14 années de bons (et moins bons) loyaux services ? Sa propre histoire se dérouler devant nos yeux. Une scène de crime, analysée… par le meurtrier lui-même. Et nos enquêteurs scientifiques d’être spectateurs. Comme une mise en abîme où l’on verrait les fils (au sens propre) de fabrication. Jusqu’à un effet vertigineux quand Nick recréé numériquement la scène avec un drone et la décortique ensuite de son laboratoire. On a l’impression d’être à une échelle poupée russe et ses imbrications logiques.

L’enquête est une histoire qui se rejoue. Celle du passé de DB Russel (Ted Danson) et Finlay (Elisabeth Shue), où ce qui semble être un copycat ouvre un dossier classé. La gémellité au centre de l’échiquier. CSI a déjà donné naissance à deux soeurs, la troisième, CSI Cyber, arrive au mois de janvier. La consanguinité est une histoire qu’elle connaît bien. Un montage habile en flash-forward, des crimes spectaculaires, de l’ambition (dans une veine pure thriller), ce premier épisode marque l’envie de créer un fil continue par opposition aux années saccadées précédentes.

CSI (3)L’épisode se nomme The CSI Effect. Comme une volonté de rappeler l’importance qu’a eu la série. Sa mainmise sur le début des années 2000, l’incroyable descendance qu’elle a pu avoir (outre les spin-offs, NCIS, House, Bones, Cold Case, Without a Trance…) jusqu’à créer une influence peut-être néfaste par son omniprésence. En 2014, les auteurs veulent encore croire au CSI Effect. Si cet épisode leur donne raison, il se fait sur un mode nostalgique. Avec un côté un peu maussade, de celle qui sait que sa jeunesse est derrière elle et que la sagesse l’a déjà dépassée. La science elle-même semble incapable, dans l’épisode, de répondre à toutes les questions. Une désaffection symbolique pour une série qui besoins de retourner aux sources pour continuer à exister.

Aujourd’hui, CSI fait tellement partie des meubles qu’on ne la remarque plus. En invitant Mark Paul Gosselar en êtres suspicieux, Mark Valley en Don Juan, elle tente de gagner une nouvelle visibilité. Acte de désespoir ou espoir de rémission, la suite de la saison nous le dira. Le doute persiste, surtout quand les saisons sont longues et la série, moins endurante.

CSI
Saison 15 (CBS)
Créé par Anthony E. Zuiker
Showrunnée par Christopher Barbour et Don McGill
The CSI Effect (15.01)
Avec Ted Danson (DB Russel), Georges Eads (Nick Sotkes), Jorja Fox (Sarah Sidle), Eric Szmanda (Greg Sanders), Elisabeth Harnois (Morgan Brody), Wallace Langham (David Hodges), Elisabeth Shue (Julie Finlay), Marc Vann (Conrad Ecklie), Mark Paul Gosselar (Paul Winthrop), Marc Valley (Daniel Shaw)

Partager