The Dark Pictures Anthology: Man of Medan

The Dark Pictures Anthology: Man of Medan

Note de l'auteur

Il est de notoriété publique que partir en mer pour explorer un paquebot abandonné n’est pas forcément l’idée qu’on se fait des vacances sous les tropiques, surtout quand celui-ci est envahi par quelques créatures avides de jeunes gens en bonne santé et pas très malins. Ça tombe bien: Supermassive Games, studio qui maîtrise l’art de mettre le quidam moyen dans des bonnes ou des mauvaises situations (surtout des mauvaises – et ce n’est pas scribe), lance une anthologie de l’horreur pour continuer sur la lancée de son Until Dawn. Et c’est Man of Medan qui jouera le rôle de l’éclaireur pour voir si le joueur moyen est toujours en chasse de sensations fortes.

C’est pas le monstre qui prend la mer…

Man of Medan débute son histoire en plein milieu de l’Atlantique. On y fait la connaissance de cinq jeunes gens en virée pour aller fouiller la carcasse d’un vieil avion englouti au fin fond de l’océan – une activité comme une autre que l’on calera entre un sirotage de mojito et un bain de minuit improvisé. On évitera d’en dire plus puisque le scénario réserve quelques surprises pour introduire sa dimension horreur, même si les personnages n’évitent pas les caractéristiques et clichés bien connus de ces productions – et c’est bien ce qu’on demande. On y trouve pèle-mêle le beau gosse du groupe avec sa copine plein aux as accompagnée de son frangin, premier à délirer et s’envoyer une petite binouze quand il a l’occasion (et incarné par Shawn Ashmore – le Iceberg des X-Men). Le petit frère du beau gosse et la mystérieuse capitaine du navire complètent le tableau. Le jeu vous fera incarner tour à tour chacun des cinq protagonistes en suivant à la lettre le script prévu. Et comme dans Until Dawn, chaque segment réservé à un personnage sera potentiellement son dernier suivant les choix effectués durant l’aventure.

On ne change pas une formule qui marche: le but ultime de Man of Medan sera de s’en sortir sans aucun décès au compteur, tout du moins parmi le groupe que vous contrôlez. Et comme dans Until Dawn, chaque choix effectué aura sa propre conséquence à plus ou moins long terme, causant parfois le trépas d’un personnage. Les axes narratifs importants sont annotés dans le menu et quelques prémonitions via des tableaux permettent de voir une scène future mais potentielle. Mais à moins d’être aussi peu malin que les héros de cette aventure, la logique prédominera et il sera difficile d’y passer simplement en fonction de vos réponses. Non, ce qui causera quelques décès inopinés, c’est bien la multitude de QTE qui parsèment le jeu, souvent des courses-poursuites avec quelques revenants désirant vous entraîner vers une mort certaine. Et c’est dommage de voir un personnage perdre la vie simplement parce que le joueur n’aura pas été assez rapide ou parce qu’il aura posé la manette en pensant être à l’abri d’une quelconque surprise.

Et des occasions d’y passer, il y en aura quelques unes, si on enlève une certaine monotonie dans les décors et les situations. Contexte oblige, on passera un temps considérable à marcher dans les cales du bateau et à batailler avec une jouabilité et une caméra héritées d’un Resident Evil old gen, surtout dans des environnements aussi étriqués que ceux-ci. On y voit la volonté évidente de faire grimper le trouillomètre petit à petit, avec quelques jump scares ici et là, mais l’ennui s’installe rapidement quand on a saisi le compartimentage des séances d’exploration qui ne mettent jamais les héros en danger. C’est bien dommage, surtout comparé à la variété de décors d’un Until Dawn et de ses multiples surprises scénaristiques bidons mais toujours jouissifs. Dans Man of Medan, on s’installe sur le chariot fantôme et on attend que ça passe.

Il n’est paquebot, il est aussi très intelligent

Fort heureusement, Man of Medan n’est pas un simple copier-coller de la formule Until Dawn et propose quelques ajouts plus ou moins réussis. Parmi les bonnes idées, on notera un QTE à base de battements cardiaques qui demandera au joueur d’appuyer en rythme pour ne pas se faire griller par une menace venue d’outre-tombe. Dans la catégorie « on note l’idée mais c’est pas fameux », l’introduction des traits et des relations entre les personnages permettra de faire grossir une jauge pour augmenter une caractéristique ou créer des liens plus forts suivant les choix effectués. Une bonne initiative, malheureusement sans grandes conséquences visible dans l’histoire.

Et pourtant, Supermassive Games n’a pas chômé sur la forme, avec un moteur graphique qui fait ce qu’il faut pour offrir de superbes ambiances. Sombre et humide, l’atmosphère de Man of Medan fonctionne à merveille et traverser ce paquebot abandonné arrive à grimper la tension de quelques niveaux. Le rendu des personnages est souvent bluffant, mais également gâché par des errements de motion capture avec des acteurs voulant en faire trop pour rendre leurs avatars vivants, ce qui occasionne quelques moments cringes pas forcément voulus. C’est surtout dans sa mise en scène que Man of Medan pêche. Il fallait bien digérer tous ces embranchements pour créer quelque chose d’harmonieux dans le récit, mais Supermassive Games ne parvient pas toujours à garder la barre dans le montage, faisant quelques raccourcis disgracieux ou des cuts un peu trop téméraires qui brisent l’illusion du récit sans accrocs.

Mais Supermassive Games, ce n’est pas que Until Dawn, mais c’est aussi Hidden Agenda et son concept multijoueur. Et Man of Medan reprend l’idée en proposant à deux joueurs (seulement en ligne, ce qui rend le mode beaucoup moins intéressant) d’incarner à chaque scène un personnage pour les forcer à collaborer ou non, avec pour chacun des choix et des QTE qui ne tiennent qu’à eux. Sur le papier, c’est excellent, mais dans la réalité l’absence du joueur à ses côtés fait perdre de l’intérêt à ce mode prometteur. Bien plus rigolo, une autre alternative consiste à laisser jusqu’à cinq joueurs incarner un des personnages. Il faudra alors passer la manette pour que chacun fasse ses choix, ce qui garantira quelques découvertes sur le sang-froid de ses amis les plus proches. Parfait si vous avez des bières et quelques chips.

Si l’envie vous prend de flipper sur votre canapé, ce premier opus de cette Dark Pictures Anthology fonctionnera le temps de quelques séquences mais là où Until Dawn jouait avec chaque personnage pour varier les situations et les twists rocambolesques, Man of Medan se veut plus ramassée, moins fourni en surprises et étonnamment moins solide sur ses appuis, la faute à une technique qui n’a pas trop évolué et dont on voit encore les stigmates d’une animation faciale parfois erratique, ce qui causera quelques fous rires involontaires. Comble du comble, on se retrouve avec des QTE parfois très tranchées qui flingue le destin d’un personnage plus par le manque de réactivité du joueur que par les choix qu’il fait dans l’aventure, et c’est fort dommage. A plusieurs, l’expérience est nettement plus ludique et on pardonnera bien plus facilement les errements du titre, mais l’illusion ne tient qu’une soirée, malgré les multiples embranchements bienvenus mais qui ne donne pas forcément envie de refaire l’histoire dans la foulée. On attend la seconde fournée, Little Hope, pour voir si Supermassive Games rectifie le tir et nous offre une aventure plus passionnante et réussie.

The Dark Pictures Anthology: Man of Medan

Développeur: Supermassive Games
Éditeur: Bandai Namco
Prix: 40 euros
Plate-formes: PC / PS4 / XBOX ONE

 

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