The Good Wife, une grande saison

The Good Wife, une grande saison

Note de l'auteur
A weird year, but a good year

A weird year, but a good year

Être sériephile, c’est toujours devoir défendre quelque chose. D’abord sa passion, remise perpétuellement en cause par ceux qui ne voient dans cet art qu’un enfant bâtard du cinéma et de la télévision. Ensuite ses goûts. Qu’on aime les soaps ou les séries d’animation, les dramas exigeants ou les comédies populaires. Être sériephile, c’est aussi défendre les multiples facettes de cet art. Une gymnastique qui valorise l’ensemble, car elle prouve l’infinie richesse du médium. Il n’existe pas un sériephile, mais des milliers de genres différents.

Enfin, dernier combat et non des moindres, celui qui nous voit défendre « une œuvre » en tant que telle. Quitte à se heurter aux « mais tu regardes ça, toi ? » des autres, sur le mode dédaigneux avec une pointe de déception. Appelez ces séries comme vous le voulez, guilty pleasures ou « best show you’re not watching », peu importe. Il faut défendre ces séries. Peut-être à cause d’un système de récompenses trop exigu pour représenter réellement la richesse citée plus haut. Le cinéma a ses récompenses pour le cinéma hollywoodien (Oscars), les cinémas étrangers (Baftas, Césars…), le cinéma élitiste (Cannes), le cinéma fantastique (Gérarmer), le cinéma indépendant (Sundance)… Les séries n’ont pas cette chance.

Donc il faut compter sur les gens, et seulement les gens, qu’ils soient journalistes ou pas, experts ou amateurs. Ceux qui vous vendent Person of Interest, Justified, Call the Midwife, Orange is The New Black… il faut les croire sur parole, ce qui n’est pas simple, car l’investissement est lourd. Surtout quand, après les hésitations formulées, le motivé se fend d’un « ça devient vraiment génial en saison 2 ». Sous-entendu, il faut se farcir du moyen, correct voir médiocre pendant quoi ? 12, 13, 22 épisodes ? Plus ardu que se faire chier 2 heures dans un cinéma.

"Alors le nom du papa, c'est..."

« Alors le nom du papa, c’est… »

The Good Wife rentre dans cette catégorie de série fabuleuse, qui enchante ses suiveurs, mais qui provoque l’incrédulité chez ceux qui s’en sont envoyés une dizaine. Et pourtant, au mois de mai de cette année, la série vient certainement d’achever une des meilleures saisons de télévision de l’histoire. Son défaut pour qu’on n’ait au final que peu de gens pour la relayer chez nous ? elle est diffusée sur une autre chaîne que celles qui nous ont habituées à la grande qualité. Pire que tout, elle vient de l’usine aux procéduraux et aux comédies de Chuck Lorre : CBS.

The Good Wife y est diffusé le dimanche soir. Belle preuve de confiance. Le dimanche soir, pour les exécutifs des chaînes, c’est le soir où diffuser les grandes séries, celles qui comptent. Une façon de dire au téléspectateur : c’est cette série-là qu’il faut voir. Quitte à créer une soirée où tous les poids lourds s’affrontent. The Good Wife n’est pas pour autant un poids lourd d’audiences. La série n’atteint pas les scores de NCIS ou CSI, loin de là. Mais c’est la seule chance de la chaîne aux Emmys dans les dramas. La seule, ou presque, à s’opposer à l’hégémonie du câble payant.

How to Begin...The Good Wife est une belle série. Les images sont chaudes, la caméra virevolte, le rythme y est souvent très soutenu. Si elle ne possède pas l’idéalisme d’une oeuvre de Sorkin, elle a pourtant des choses à dire. Elle parle d’ambition, de politique, de compromission… Elle tient aussi en Alicia Florrick un magnifique personnage féminin, qui renvoit dans les cordes ce concept de « femme forte », cet écran de fumée censé masquer la mauvaise écriture de certains personnages féminins.

Alicia est certes une femme qui reprend le contrôle de sa vie par le travail, mais c’est aussi, et surtout, une femme qui se prend ses contradictions en pleine poire à longueur de temps. Elle est trompée par son mari : elle l’accepte à nouveau dans sa vie quand ce dernier retrouve pouvoir et magnétisme. Elle cherche du boulot et échoue : elle séduit un ancien camarade de classe pour obtenir un poste. Elle veut monter sa boîte : elle va trahir le seul à lui avoir fait confiance. Des contradictions qui la bousculent cette année, car dans The Good Wife, on oublie peu de choses (à part l’ex-mari de Kalinda, mais c’était un très bon choix de l’oblitérer totalement). C’est une année de prises de risques pour elle, mais aussi de prise de conscience.

La saison de The Good Wife aura connu 4 grands moments. L’ouverture, tout d’abord. Brillante, aérienne, un tour de force. En 42 minutes, la série prouve qu’elle a mûri, que la fin de saison 4 sur les chapeaux de roue n’était pas due au hasard. Les créateurs-showrunner, les époux King, ont décidé de ne pas faire retomber la pression, de rentrer direct dans le vif du sujet. Pas vu de retour de série aussi fort depuis le premier épisode de la saison 5 du revival de Doctor Who. Et avec la même impression d’avoir été embarqué dans un grand huit et d’en ressortir rincé mais époustouflé.

Pas beau de se réjouir de la fin d'une série, mais avec The Michael J Fox Show en moins, c'était du Canning en plus. Donc, merci NBC.

Pas beau de se réjouir de la fin d’une série, mais avec The Michael J Fox Show en moins, c’était du Canning en plus. Donc, merci NBC.

4 épisodes plus tard, épisode coup de tonnerre : « Hitting the Fan » sert de pay-off à une storyline entammée en fin de saison 4, et de la façon la plus spéctaculaire qui soit. La série ne se repose pas pour autant dans la foulée, nous servant une autre poignée de moments de pure brillance jusqu’au hiatus de décembre. [SPOILER] Comme si on ne parlait pas assez de la série, les auteurs se servent d’un souhait de comédien pour offrir un nouvel électrochoc à la saison dans le 5×15 “Dramatics, your honor”. Seule différence, ici l’épisode vaut surtout pour son final, pas tant pour son déroulement. Will Gardner meurt tragiquement, et ce qui va suivre est remarquable. Les effets provoqués par ce départ dépassent le simple changement de casting. Il redistribue les cartes, change les dynamiques, et provoque des mini-déflagrations qui vont avoir des conséquences jusque dans le final de la série. Comme si la série, plutôt que de subir un départ majeur (rarement une bonne nouvelle pour une série), avait décidé de s’en servir pour se relancer complètement. [Fin du SPOILER]

Le final est le dernier grand moment de la saison. La façon dont les intrigues se résolvent est à la fois d’une implacable logique tout en restant surprenante. Les derniers mots de la saison restent encore en tête plusieurs jours après les avoir entendus, tant elle laisse présager une saison 6 qui ne ressemblera pas aux autres.

The Good Wife a évoluée avec intelligence, menée par une writers rooms très rapidement consciente des forces et faiblesses de la série, corrigeant le tir, n’ayant pas peur du changement. De la série high-concept un poil putassière à ses débuts, la série s’est normalisée pour se trouver. Aujourd’hui, The Good Wife est la série vers laquelle on se tourne si l’on veut entendre de beaux dialogues, rire comme nulle part, être pris aux tripes, voir des avocats sexy, se délecter d’un casting de rêve et se faire surprendre. Et tout ça, c’est sur CBS (1).

THE GOOD WIFE, saison 5 (CBS)

Créée et Showrunnée par Michelle et Robert King

Avec : Julianna Margulies (Alicia Florrick), Josh Charles (Will Gardner), Archie Panjabi (Kalinda Sharma), Christine Baranski (Diane Lockhart), Matt Czuchry (Cary Agos), Alan Cumming (Eli Gold), Graham Phillips (Zachary « Zach » Florrick), Makenzie Vega (Grace Florrick), Zach Grenier (David Lee)

(1) : Et Téva en France

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