The Inpatient: ennui en enfer

The Inpatient: ennui en enfer

Note de l'auteur

Qui se souvient de Until Dawn ? Mini arlésienne annoncée en 2012 pour finalement sortir en 2015, le jeu, supervisé par le studio anglais Supermassive Games, mettait en scène une bande d’ados un peu crétins en pleine virée dans un chalet en montagne, avec pour seul accès un téléphérique branlant et peu rassurant. Les abominations du coin ne se privent pas pour assister au buffet et Until Dawn assume alors son statut de slasher décérébré, vrai plaisir coupable interactif. Depuis, le studio s’est spécialisé dans les expériences pour la machine de Sony (Hidden Agenda, Rush of Blood, Bravo Team), et l’éditeur s’est donc dit naturellement qu’il fallait un spin-off en vue subjective dans l’univers de son titre horrifique avec The Inpatient. Jusque-là, rien d’étrange.

Silent Hill de contact

The Inpatient vous met donc dans la peau d’un anonyme quelconque, apparemment amnésique, et enfermé dans l’institut Blackwood, cet asile miteux que vous visitez lors de vos pérégrinations dans Until Dawn. Le début du jeu fait office de longue introduction, présentant maladroitement quelques protagonistes comme ce docteur bien trop zélé pour être honnête. En tant que patient, vous aurez le privilège de goûter à l’hospitalité des lieux, en passant le plus clair de votre temps assis sur votre lit et faisant les cent pas dans votre cellule, accompagné de Gordon (ou Anna, suivant le choix de votre sexe), votre camarade de chambrée. Après de longues minutes à assister à quelques cauchemars et voir l’état mental de Gordon s’effondrer peu à peu, votre excursion dans l’asile Blackwood démarre enfin. Tout ça est évidemment en vue subjective, casque VR oblige, PsMove ou manette en main, afin de profiter au maximum de l’immersion que tente de proposer le titre.

Il est vrai qu’au fil de la partie, on comprend peu à peu dans quel pétrin on a foutu les pieds. D’une promesse de trip horrifique hallucinatoire à la Silent Hill, The Inpatient vire très vite dans l’ennui le plus total et le facepalm le plus constant. Il faudrait deux ou trois articles pour expliquer à quel point le jeu se vautre dans les grandes largeurs, mais débutons par le plus évident : la jouabilité. Au pad ou grâce aux PsMoves, les deux types de contrôles proposent du motion gaming relativement sommaire, utilisé pour déplacer les quelques objets interactifs (et ils ne sont pas nombreux – ce qui est une qualité, on le verra plus tard). Contrairement à beaucoup de jeux qui font le choix d’être statiques pour éviter les nausées et autres petits tracas, The Inpatient demande au joueur de se déplacer. Avec les PSMoves, les deux gadgets sont utilisés lourdement pour avancer, un substitut très peu pratique pour profiter de l’immersion. On s’oriente très vite vers les commandes plus classiques, mais confortables d’une manette, profitant aussi de sa capacité à faire du motion gaming.

C’est lorsque le joueur arrive finalement devant une porte fermée que les choses se compliquent sérieusement. Naturellement, on saisit la poignée avant de la tourner pour déverrouiller ladite porte. Il se trouve que la position de votre personnage dans l’espace couplé avec la précision erratique du motion gaming rend l’opération un tantinet impossible. La frustration engrangée devant les multiples tentatives d’ouvrir cette satanée porte se transforme en une furieuse envie d’aller mettre le feu dans tous les Leroy Merlin de France. Et même après avoir réussi à ouvrir cette foutue porte, la manipulation précise pour arriver à ce résultat est toujours aussi floue que la vue d’une personne sortant d’un bar à trois heures du matin.

L’antre de la folle nuit

Tout comme Until Dawn, le jeu enregistre vos choix dans les dialogues (principalement basé sur votre humeur, compatissant ou non avec les autres), mais aussi certaines de vos actions sans que l’on sache vraiment comment ni pourquoi. L’un des exemples que j’ai eus concerne la blessure par balle d’un de mes camarades en grimpant dans un ascenseur. Lors d’un second passage en rechargeant le point de contrôle, le même PNJ entre dans l’ascenseur en se portant comme un charme. La seule différence vient des dix secondes de moins que j’ai mis à suivre le script prévu par le jeu, sans aucune mise en garde du titre. Autant dire que les acharnés qui voudront faire le run parfait vont s’arracher les cheveux pour décrypter les moments importants ou non. La jouabilité désastreuse a aussi son influence sur les conséquences de l’histoire. Petit souvenir ému de Victor, le concierge rencontré trente secondes plus tôt, qui s’est fait emporter par un monstre simplement à cause de mon incapacité à réagir promptement pour fermer les portes de l’ascenseur, faisant virevolter la manette devant moi au petit bonheur la chance. Petit ange parti trop tôt.

Mais tous ces défauts sont encore insignifiants face à la lenteur abyssale de votre personnage, véritable paradoxe ambulant face à l’urgence de la situation qui est, je le rappelle, de s’enfuir au plus vite de cet asile de fous. La mise en scène inexistante et la bande-son transparente n’aident franchement pas à distiller une ambiance qui aurait pu vraiment fonctionner. J’en veux pour preuve ce passage digne d’un mauvais film de série B où chaque figurant doit traverser un chemin enneigé à l’extérieur en faisant le moins de bruit possible. Rien ne viendra installer une quelconque tension, si ce n’est le cri lointain et mal doublé de votre aide-soignant lorsque l’infirmière du groupe se fera emporter par un monstre lambda avec autant de finesse qu’un pet foireux. Passé l’introduction longue et lourdingue, le jeu se contente d’une succession de couloirs ennuyeux et de scripts qui le sont tout autant, le tout constamment dans le noir. Car oui, dans The Inpatient, tout est sombre, sans ambiance, supporté par une technique que l’on croit sortir tout droit d’une PLAYSTATION 3 (jugez plutôt des captures qui parsèment l’article). PSVR oblige, le graphisme n’est pas à la hauteur et crache un aliasing dégueulasse du début jusqu’à la fin.

L’énorme avantage du titre se tient finalement sur sa durée de vie qui ne dépasse pas les trois heures, un titre vite plié qui pourra s’éterniser si des acharnés veulent à tout prix débloquer tous les embranchements et tenter de sauver tous les personnages (bon courage). L’addition est toutefois extrêmement salée puisqu’il vous faudra débourser la somme rondelette de 40 euros pour avoir le privilège de vous balader en déambulateur dans des couloirs sombres. Autant dire que The Inpatient est aussi douloureux qu’un passage chez le garagiste pour faire l’entretien de sa voiture, mais au moins, on repart avec un véhicule en état de marche. Si vous aviez oublié la sensation de perdre littéralement votre argent, pas d’inquiétude puisque The Inpatient est là pour vous le rappeler.

The Inpatient

Développeur : Supermassive Games
Éditeur : Sony
Plate-forme : PS4 (PSVR obligatoire)
Prix : 40 euros (sic !)

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