The IT Crowd, off pour de bon…

The IT Crowd, off pour de bon…

Note de l'auteur

A peine croyable que ça fasse 3 ans. 3 années depuis l’ultime saison de The IT Crowd, dont l’arrêt en avait surpris plus d’un. Graham Linehan, son créateur, l’avouait en 2010, il était gagné par une certaine lassitude, après avoir écrit seul la totalité des épisodes de la série. Il est tout de même revenu dans le sous-sol de Denholm Industries afin de boucler le récit. Une fois pour toutes.

Roy entretient une relation avec une jeune femme qui le définit comme un homme émotionnellement « artistique ». Moss essaie de trouver un moyen d’avoir confiance en lui alors que son podcast vidéo « Board Games » ne semble pas séduire les foules. Et Jen est attirée par un barista…

Le finale de The IT Crowd arrive à se détourner du ‘fan-servicing’ tout en offrant ce qu’il demande (voir plus). On découvre ainsi ce qu’il est advenu de Richmond, le gothique qui vivait dans le sous-sol. On apprend qu’en plus de 4 ans à la tête du service IT, Jen en sait toujours autant sur internet que le jour où elle est entrée. Enfin, la série réussit à clore le développement des personnages. De façon expédiée, mais tout de même.

Le special conserve la forme habituelle des épisodes de The IT Crowd, avec ses 4 sous-histoires se rejoignant à plusieurs reprises dans le récit, mettant en scène les 4 personnages principaux, Douglas Denholm compris. Certaines de ces aventures semblent même très anecdotiques sur le papier. Aucune ne semble posséder le souffle supposé d’un final.

Pour Jen, Internet ressemble à ça

C’est pourtant le contraire qui se passe. Pendant toute la vie de la série, Moss a cherché tant bien que mal à s’affirmer. Grâce à un conseil de Douglas Denholm, il va enfin réussir à trouver quelque chose qui change son attitude, le transforme en monstre d’assurance. Son arche donne lieu à l’un des deux passages les plus hilarants de l’épisode : la première version de son podcast vidéo : « Board Games ». Une scène qui se hisse au niveau de la vidéo du numéro d’appel d’urgences de la saison 1.

Jen et Roy sont confrontés à leur réalité : ils sont odieux. C’est l’aspect Seinfeldien de ce final. Rappel des faits et [SPOILER SEINFELD], dans le finale de cette dernière, les 4 amis filment un homme obèse se faire braquer par un malfrat. Durant l’enregistrement, ils se moquent de la personne. Un flic les arrête pour avoir filmé la scène, et la vidéo les mènent au tribunal, afin d’être jugés, globalement, pour être de mauvaises personnes.

Ici, la résonnance est identique. Jen et Roy se font filmer en train, respectivement, jeter du café bouillant au visage d’une SDF, et agresser une personne de petite taille. Ces évènements auront un impact moins violent que dans Seinfeld (personne n’ira en prison), mais la réalisation est la même : ils sont égoïstes, et pas très « humains ». Roy ira même jusqu’à le verbaliser, déclarant (en gros) que ces choses qui leur arrivent n’arriveraient pas à une vraie personne.

Linehan met en scène sa propre référence méta. Ses personnages sont faux, ne représentent pas la réalité. Peut-être une réponse aux critiques de la série concernant le réalisme du traitement de l’informatique. La vision de Linehan du monde de la technologie est superficielle. Il connaît en surface mais ne pousse pas plus loin. C’est un choix délibéré de se moquer ainsi du « geek », du « nerd », sans au final en être réellement un.

Moment charnière pour Moss qui apprend le secret de la confiance en soi par Douglas Denholm.

Ses spécialistes informatiques sont arrogants, utilisent du jargon pseudo-scientifique, sont des parias dans leur entreprise et sont fascinés par tout ce qui est jeux de rôle, jeux vidéos, réseaux sociaux. Mais jamais la série n’a été réaliste. Elle a prit des éléments réels pour offrir un regard décalé, parfois non-sensique sur la question de l’exclusion. Moss en est le parfait exemple, avec son comportement à la fois proche de l’autisme et pourtant sans ancrage réél possible. Moss, capable, pour avertir d’un feu, de prendre le temps d’envoyer un mail.

Cet épisode spécial se moque en vrac d’Anonymous, de l’utilisation de twitter (Linehan est un utilisateur actif du réseau social, qu’il utilise majoritairement pour y mettre en avant ses opinions politique, ce qui lui vaut de se faire critiquer sur le réseau car il « n’y est pas assez drôle ») et du handicap (peut-on être de petite taille et barista ? vous avez 2 heures pour débattre)…

Le final de The IT Crowd est aussi peu réaliste que le reste de la série. The IT Crowd n’a jamais joué sur l’émotion ou l’empathie. C’est une joke-machine qui ratait parfois son coup, le réussissait souvent. Elle laissera des souvenirs de gros fous rires plus qu’une impression générale de qualité constante.

La série aura été le reflet de la personnalité, des habitudes de travail et des références de Linehan. Seul maître à bord, il a décidé de l’enregistrer devant public alors que la forme moderne des sitcoms privilégie les tournages en single-caméra. Elle aura possédée tout du long une filiation avec Seinfeld. Le finale ressemble au reste de la série. Des moments en-dessous, quelques facilités narratives. Mais aussi des rires. A en pleurer.

THE IT CROWD, special « The Internet is Coming » (Channel 4)

Ecrit et réalisé par Graham Linehan

Avec : Richard Ayoade (Moss), Chris O’Dowd (Roy), Katherine Parkinson (Jen), Matt Berry (Douglas Denholm)

NOTE SUR GRAHAM LINEHAN

Info peut-être dispensable, mais qui résonnera chez tous les gens qui travaillent ou ont travaillé en binôme sur un travail créatif. Ou pas, d’ailleurs.

Auteur comique brillant, il avait travaillé entre autres sur la première saison de Black Books, une comédie à mourir de rire. Il fut aussi co-auteur d’un des plus grands succès de la télévision britannique : Father Ted. Pendant des années, on lui avait demandé s’il comptait un jour retravailler avec son binôme de l’époque, Arthur Matthews.

Lors d’une interview pour le site internet TheITCrowd, Linehan avait confié que s’il ne travaillait plus avec Matthews, c’était tout simplement parce que leurs vies étaient différentes. Le moment de grâce qu’ils avaient connu sur Father Ted était passé. Après avoir essayé d’écrire un film ensemble (et échoué), ils sont repartis chacun de leur côté. Linehan dira « Since we’ve stopped working together and living together, the link is broken completely and we’re very different people. »

Un aveu touchant qui illustre à perfection combien la complicité, au niveau artistique, est fragile.

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