The Knick : Method & Madness (1×01)

The Knick : Method & Madness (1×01)

 

the_knick_owenSi The Knick fait l’évènement, c’est davantage pour son acteur principal (Clive Owen) ou son réalisateur (Steven Soderbergh) que son couple d’auteurs : Jack Amiel et Michael Begler. Après avoir fait ses adieux (?) au cinéma, Soderbergh s’investit à la télévision et trouve dans ce drama d’époque le nouveau véhicule pour son art. Ce n’est pas la première fois que son nom est associé à la télévision, il avait occupé le poste de producteur et réalisé les dix épisodes de la série K Street (HBO, 2003). Il réalise une nouvelle fois tous les épisodes de cette saison, dont le premier épisode a été diffusé il y a quelques jours.

The Knick est le diminutif de Knickerbocker, un hôpital new-yorkais. Le nom ainsi abrégé claque comme un coup de scalpel. Bref, intense, allant à l’essentiel. A l’image d’une profession dont la quête d’innovation devient l’absolue. Il sera beaucoup question de temps dans ce premier épisode. Un temps que l’on essaie de rattraper, de dompter, d’anticiper. La médecine entre dans une ère nouvelle, une ère moderne mais elle n’est que sur son seuil. Les médecins perçoivent les avancées, les possibilités sans toutefois les concrétiser. C’est l’objet de la première séquence d’opération. Froide dans l’exécution, dans l’appréhension de détenir une importante avancée à la pointe du scalpel : il s’agit de réaliser une césarienne. La scène ne nous épargnera rien. Le sang, épais, sombre, la chair que l’on coupe, écarte. Boucherie contrôlée mais balbutiante. La caméra de Soderbergh s’attarde sur les gestes, les objets, le décors, peut-être un peu accablé par la volonté de retranscrire une époque.

Nous sommes à l’aube du XXème siècle et si le modernisme est en marche, il reste tout à inventer. Epoque charnière, comprimée entre ses velléités d’évolution et un présent régressif. C’est voir un médecin créer de nouveaux instruments, tenter des opérations révolutionnaires ; voir un hôpital passer progressivement à l’électricité ; c’est la venue d’un chirurgien renommé mais noir. Mais c’est aussi observer un univers mafieux qui se satisfait de cette organisation. Du hijacking de malades pour remplir les lits ou de glisser des pots de vin pour que des patients soient orientés vers l’hôpital. L’argent commande tout et l’on assistera dans ce premier épisode à une lutte symbolique entre le monde idéaliste du médical contre celui pragmatique du financier. L’hôpital cristallise une époque, prisme d’une société dont les enjeux sont finalement les mêmes.

Ce monde est vu à travers l’oeil de Soderbergh. Une vision frontale, brute, presque mécanique dans ses mouvements. Elle cadre bas, départ en contre plongée pour s’élever à hauteur d’homme et stopper brusquement l’action. Froide et appliquée, elle convient à ce que l’on imagine être la médecine à l’époque : une aseptisation débutante, parasitée par des imperfections. Comme si le réalisateur imaginait une grammaire visuelle clinique mais sale. Cela fonctionne avec un archaïsme logique pour nos yeux et est supporté par l’utilisation d’une musique électronique qui conditionne cette façon un peu anachronique de représenter ce monde.

Ce premier épisode offre de belles promesses même si on n’évite pas le sentiment d’être un peu à l’étroit. C’est tout le problème de l’oeuvre historique où la liberté se trouve restreinte par une volonté d’authenticité. Le prix à payer pour raconter une époque, pour illustrer notre présent.

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