THE LIGHTHOUSE : L’ILE MYSTERIEUSE

THE LIGHTHOUSE : L’ILE MYSTERIEUSE

Note de l'auteur

Sur un îlot perdu, battu par les vents, deux gardiens de phare affrontent leurs démons intérieurs et de mystérieuses créatures. Un huis clos toxique, un aller simple vers les abîmes, par le réalisateur virtuose de The Witch.

 

En 2016, le metteur en scène de théâtre et scénographe Robert Eggers, 33 ans,  marquait au fer rouge la rétine et l’inconscient du fan d’horreur et d’épouvante avec The Witch. A une époque où la peur était devenue le domaine réservé du tâcheron Jason Blum et de ses séries Z et autres scary movies à deux balles, Eggers faisait le choix de l’originalité, de l’intelligence, de l’audace, avec l’histoire d’une famille persuadée d’être persécutée par une force maléfique,  dans la Nouvelle Angleterre corsetée du 17esiècle. Avec une belle économie de moyens et un sens de la mise en scène qui rappelle Stanley Kubrick (perfection des cadrages, du hors champ, de la lumière) Eggers embarquait ses colons et son spectateur au pays de la peur et de la folie. Imparable !

 Trois ans plus tard, Robert Eggers est de retour, toujours énervé, toujours inspiré, et toujours produit par A 24 (Spring Breakers, Hérédité, In Fabric, Midsommar ou Under the Silver Lake), géant du ciné indé et malin. Changement d’époque, de décor (une île mystérieuse), de style (expressionnisme avec noir et blanc vintage, tournage en numérique avec un objectif de 1912), avec deux stars (Robert Pattinson et Willem Dafoe) pour l’épauler, Eggers reste néanmoins fidèle à l’esprit de The Witch et vous embarque pour un nouveau récit hypnotique, avec la même idée fixe : vous clouer à votre fauteuil et provoquer une peur viscérale, convulsive. Bref, comme Ari Aster (Midsommar), voici un jeune garçon moderne qui veut vous griller les neurones, vous niquer le cerveau.

Nouvelle-Angleterre, 1890. Une fragile embarcation s’approche des rivages escarpés d’une île aussi minuscule qu’inhospitalière, un rocher aride et sauvage, balayé par les vents et les flots. Bientôt, deux hommes taciturnes descendent du bateau et viennent remplacer pendant quatre semaines les deux gardiens qui s’occupaient du phare majestueux qui trône au milieu de l’île. Les jours passent et se ressemblent, et entre deux tempêtes et trois corvées, Willem Dafoe, retors tendance sociopathe, et son second, Robert Pattinson, commencent à picoler de l’alcool frelaté. Peu à peu, les cadences infernales, les éléments déchaînés, l’isolement et des histoires de monstres marins vont plonger nos deux loups de mer au bord de la folie…

Résultat, des cuites homériques, des créatures à tentacules échappées de pages de Lovecraft, une mouette agressive, une improbable sirène, un délire masturbatoire, des bastons, le néant… Bizarre, vous avez dit bizarre ! Bientôt, Eggers accélère le rythme, les apparitions, et le spectateur, même normalement constitué, commence à douter de ce qu’il voit, comme dans Midsommar avec les fleurs qui s’animent, ou dans Shining, référence absolue d’Eggers. Avec son format carré qui évoque le cinéma expressionniste allemand et son sublime noir et blanc signé Jarin Blaschke (The Witch), Robert Eggers, formaliste surdoué, signe un pur objet de mise en scène et génère une tension nucléaire avec une série de visions toujours furtives. Tel un magicien, il peaufine un bad trip atmosphérique où planent les fantômes d’Edgar Poe, Georges Méliès ou F. W. Murnau (d’ailleurs, Eggers a un temps essayé de réaliser un remake de Nosferatu). C’est sublime, c’est terrifiant, c’est définitif.

Si Eggers s’impose comme le nouveau boss du cinéma d’horreur moderne et ambitieux, c’est également un sublime directeur d’acteurs. Que dire des performances haute tension de Willem Dafoe et Robert Pattinson ? Fou furieux, Dafoe se métamorphose en une force de la nature, et bastonne come un marteau-piqueur, tandis que l’excellent Pattinson, tout en retenu au début, vous prend par la main direction le septième cercle des enfers.

Bienvenue dans le cauchemar…

 

The Lighthouse

Réalisé par Robert Eggers

Avec Willem Dafoe et Robert Pattinson.

En salles le 18 décembre

 

 

 

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