On a vu… l’âge de pierre des sitcoms avec The Millers

On a vu… l’âge de pierre des sitcoms avec The Millers

themillersunePour son retour à l’antenne, The Millers misait sur une intrigue simple : le déménagement de la matriarche. Option choisie : une place en centre senior ou la version haut de gamme et non péjorative d’une maison de retraite (pour schématiser). Intrigue tout à fait pertinente quand il faut lire The Millers. Cette quête, cette place recherchée, c’est l’endroit exact où se situe la série de Greg Garcia : l’hospice. The Millers est une sitcom qui respire la naphtaline. Ou la comédie revenue à l’âge de pierre. Et voir tout un épisode exploiter ce thème nourrit un moulin en sur-régime quand il s’agit de capitaliser sur la vieillesse. Parce qu’il n’est pas question d’expérience, de sagesse ou autres termes plus politiquement corrects quand il faut mentionner le troisième âge. The Millers, c’est de la sitcom amidonnée.

L’outrance théâtrale où chaque punch line est suivie d’une pose/pause pour bien apprécier la blague est un mal qui ronge la sitcom multi-caméra. The Millers en a fait son arme principale. Pas dans un but post-moderne ou de dérision. Il n’y a là aucun détournement ou recherche d’extraire d’une raideur handicapante une nouvelle source de comédie. Jusque dans des situations, toutes plus convenues, faites de truchements vaudevillesques (l’homo-séduction de Nathan pour gagner une place à sa mère ; le jeu de rôle où il incarne le faux petit ami pour rendre jaloux un ex), The Millers souffre de rigor mortis. Et de là à penser que la série pourrait être une version comédie familiale de The Walking Dead, où les zombies ne sont pas les personnages mais les auteurs, il n’y a qu’un pas.

L’électrocardiogramme restant plat, on voit bien la venue en personnage régulier de Sean Hayes comme un coup de défibrillateur. L’acteur incarne le nouveau voisin de Nathan et le colocataire de sa mère. Et il est gay. Hommage, rappel aux sériephiles nostalgiques, paresse ? Un peu des trois, certainement, mais la nostalgie est un sentiment intéressant quand on regarde The Millers. La série aurait pu être une nouvelle déconstruction de la famille nucléaire. Après Raising Hope et l’idée d’une famille explosive (et paradoxale dans son aspect décomposée-unie), Garcia investissait une autre idée : la traditionnelle sitcom familiale commençait par le divorce des parents. On pensait deviner dans ce cadre passéiste une attitude qui mêle révérence et impudence. Il faudra se contenter d’une réplique bien sage. Une reproduction qui ne cherche jamais à déjouer le mimétisme. The Millers entretient l’idée d’une sitcom vieille comme Erode, comme si, d’un postulat moderne (le divorce d’une génération habituée à mourir mariée), il fallait absolument conserver un formalisme et un ton antédiluviens. Cette lutte paralyse la série, l’entraîne vers le fond et pose la question : à qui s’adresse-t-elle ? Quand le climax du second épisode se compose d’une réplique des Z’amours américains, nous avons peut-être un début de réponse…

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