The Office : bilan de la saison 9

The Office : bilan de la saison 9

Les employés de Dunder Mifflin viennent de quitter la scène. Photo Tyler Golden/NBC

Après une saison 8 particulièrement ratée, la comédie de NBC a-t-elle soigné sa sortie ? Si le retour de Greg Daniels au poste de showrunner aura permis de développer quelques bonnes idées, ces 25 derniers épisodes auront également connu de sacrés ratés. Quand bien même le final de la série, lui, est réussi.

Au départ, il y a une question de point de vue. Celui des téléspectateurs qui, émotionnellement, ont décroché il y a longtemps ; à peu près quand Jim et Pam ont commencé à vivre ensemble et que la série a lâché son côté satyrique. Celui des fans qui ont tenu jusqu’au départ de Michael Scott, avec les yeux tout embués et l’envie de filer vite fait. Et celui des  mordus qui ont toujours voulu y croire, de façon plus ou moins forte… quand bien même le show est parti plusieurs fois dans le mur.

Jim et Dwight, dans l’épisode Work bus, réalisé par Bryan Cranston. Photo Chris Haston/NBC

Suivant où ils en étaient avec la série, les fans de The Office attendaient avec plus ou moins de curiosité la neuvième et dernière saison.Parce que Greg Daniels, showrunner des premières années, reprenait la direction créative de la comédie. Parce qu’en sachant dès le départ que le show entamait son dernier round, ses auteurs pouvaient soigner les derniers instants avec les employés de Dunder Mifflin. Ou parce qu’après une saison 8 particulièrement faible, on pouvait se dire que ça ne pourrait jamais être pire.

Résolument détachés, très déçus ou toujours confiants, ceux qui ont aimé The Office se retrouvent tous autour d’une impression, un souvenir commun. Dans ses meilleurs moments, la série sait être drôle, intelligente et surtout très touchante. A tel point que la saison 2 (2005/2006) est sans doute la meilleure année de comédie de toute la décennie passée. Celle qui a pris le coeur de tous ces téléspectateurs pour ne plus jamais le lâcher. Et qui fait du show un projet résolument à part à la télé américaine.

Le challenge était donc clair : si Daniels et sa bande parvenaient à retrouver ne serait-ce qu’un peu de cet esprit fondateur, les vendeurs de papier de Scranton réussiraient leur sortie. C’est en tout cas ce que l’on pouvait penser en début de saison.

Entre retour aux sources et mauvais choix

25 épisodes plus tard, la situation est paradoxale. La saison 9 résume assez bien les cinq dernières années de la série. Dans ce qu’elles ont d’intéressant comme ce qu’elles ont de pire. Certains éléments lorgnent même ostensiblement vers le tout début de l’aventure… mais ils partagent le temps d’antenne avec de bons gros ratés.

Pam et Jim reviennent avec force au coeur du récit. Photo Chris Haston/NBC

Plus que de vraies réussites, cette dernière année s’appuie sur quelques bonnes idées. La première : donner une intrigue forte à Jim et Pam. Rangé des ramettes de papier depuis qu’ils sont ensemble, le couple phare de The Office, qui était au départ au centre de la série, ronronnait depuis plusieurs saisons. Le Croque-mitaine « Mariage et enfants » avait siphonné une bonne partie de son potentiel d’attraction, et son évolution était méchamment bloquée.

Cette fois, Daniels secoue l’ensemble en revenant à la base. S’il a toujours été amoureux de Pam, Jim n’a jamais voulu faire carrière à Scranton comme vendeur de papier. En questionnant ses ambitions réelles, les scénaristes vont distiller, pendant une douzaine d’épisodes, les éléments qui vont briser le statu quo… jusqu’au final de l’épisode 12, Customer Loyalty. Un final quasi-parfait parce qu’il revient à l’essence de la série : avant de faire rire (en fait, plus souvent sourire), Jim et Pam était un duo émouvant, dans une série qui n’est jamais plus forte que lorsqu’elle montre les choses au lieu de les dire.

Après tout, qu’est-ce qu’on a aimé le plus dans The Office ? Sa capacité immersive. Son aptitude à capturer des détails, des silences et des gestes. Pour faire rire ou pour émouvoir. C’est complètement lié à la logique du mockumentary et c’est ce que la série a trop souvent oublié ces dernières années. Les répliques, les punch lines ne sont jamais aussi fortes, aussi drôles, que quand elles servent des situations émotionnellement justes, et souvent poignantes. Ce qui n’est possible que lorsque les intrigues sont solides.

Erin Hannon, un personnage qui reste chouette cette saison. Photo Byron Cohen/NBC

Ici, l’histoire de Jim et Pam est très juste. Bien maîtrisée. Et elle aurait pu être parfaite sans l’intervention d’un des membres de l’équipe qui tourne le documentaire sur les employés de Scranton. En soi, cette intervention n’est pas trop dérangeante. Mais elle ouvre le champ à une sous-intrigue complètement ratée avec Brian le perchman et dont la conclusion est expédiée de manière très peu probante.

On touche ici un des problèmes de la saison 9 : dès l’ouverture, les scénaristes de la série ont remis sur le tapis la question du tournage du documentaire. L’intention est plus que louable, puisque c’est l’argument de départ du show. Sauf que son utilisation est bâclée. La question sert de toile de fond aux derniers épisodes ? Oui, c’est vrai. Mais  avant ça, le sujet est soit éludé, soit exploité dans une mise en abime qui fait tâche, qui fait prétexte. Et qui s’articule de façon très artificielle à l’ensemble.

Côté personnages, il y a beaucoup à dire aussi. Erin s’en sort bien (Ellie Kemper, épouse-moi. Tu pourras me dire « oui » en Dothraki si tu veux). Pareil pour Dwight : la fin de saison offre une belle fin de parcours au père Schrüte – même si The Farm, faux backdoor pilote pour une série dérivée est plus bancal qu’autre chose. L’intégration de nouvelles têtes est, elle aussi, une bonne idée (surtout celle de Clark). Mais les problèmes du passé sont toujours là.

A commencer par Nellie. La saison 8 a montré que les scénaristes pouvaient travailler avec de super acteurs pour leur proposer des choses merdiques (James Spader, on ne t’oublie pas. Hélas) ? La saison neuf, elle, confirme que cela peut durer. A ce titre, la non-exploitation du talent de Catherine Tate est assez scandaleuse et déprimante. Globalement, les scénaristes n’ont rien trouvé à lui proposer, si ce n’est des bouts d’histoire dans lesquels elle n’a pas brillé.

Kill The Nard-Dog

Mais on est loin du pire. Qui a un nom : Andy Bernard. Atteint du syndrome du Zébulon depuis 2011 (une triste maladie qui fait faire tout et surtout n’importe quoi à un personnage. Jusqu’à ce qu’il parte dans tous les sens, comme le copain de Pollux), le personnage d’Ed Helms a encore franchi un cap sur l’échelle de l’inutilité et de la vacuité.

Andy Bernard, loin du Nard-Dog: l’homme qu’on a juste envie de ne plus voir. Photo Chris Haston/NBC

Coincés entre une absence cruelle d’inspiration et des contingences de calendrier (Helms était pris par le tournage de The Hangover III), les scénaristes ont réussi un triste exploit : rendre ce personnage encore plus détestable qu’il ne pouvait l’être. En la matière, l’épisode 16, Moving On, atteint un sommet. En ressortant l’horrible Gabe du placard où on l’avait rangé, Andy est absolument détestable, stupide et pas drôle. Au point qu’on a envie de le voir mourir.

Ô surprise : cette histoire est un épisode rallongé. Vous vous souvenez de la saison 4, de la très mauvaise idée de NBC qui consistait à demander des super-sized episodes à ses auteurs ? Si oui, vous vous rappelez aussi que c’était presque toujours décevant. Eh bien cette année, The Office a remis ça. Sans plus de succès… ce qui est aussi à ranger du côté des ratés. Là où une histoire comme AARM (épisodes 22-23) aurait pu être très rythmée et quasi-parfaite, les auteurs ont dilué tristement les choses.

On retrouve d’ailleurs dans ces deux épisodes tout ce qui résume la saison 9. Deux bonnes idées – l’intrigue avec Dwight et Jim, ultime Office-Prank de la série, et un échange super subtil entre Jim et Pam – et deux gros ratés – la façon dont Jim parvient à toucher Pam, avec un twist super raté et forçant la résolution ; et la looooooongue intrigue avec Andy.

Le petit monde des statisticiens vous dira qu’on arrive à l’équilibre, l’amateur de bonnes histoires aura du mal à être convaincu.

Il y a quelques semaines, un observateur avisé (et tout bleu) disait que le défaut principal de la série, c’était qu’elle est devenue, avec le temps, paresseuse. C’est exactement ça. Dans ses pires moments, The Office vit sur ses acquis de façon stérile. C’était souvent le cas dans les dernières saisons de Michael Scott, c’est le cas après.

La reprise finale

A ce titre, il est bon de rappeler que non, tout n’est pas devenu atroce après la fin de la saison 7. D’abord parce que la série n’a pas attendu ce moment pour glisser vers la comédie dépendante de gags plus ou moins bons. Ensuite parce que justement, il y a dans cette saison 9, des scènes qui fonctionnent bien.

Dwight avec son frère Jeb, dans The Farm : un raté que l’on ne peut que regretter. Photo NBC

On pourrait les oublier aussi vite qu’on les a vues, mais elles sont bel et bien là. Elles sont plus souvent liées à Dwight et Erin qu’à Oscar et Kevin (victime du syndrome de Tribbiani, autre maladie grave qui rend un personnage complètement neuneu) mais personnellement, il y a peu d’épisodes qui ne m’ont pas arraché au moins un rire.

Le petit monde des statisticiens vous dira que c’est peu, le téléspectateur plein de mauvaise foi que je peux être vous dira que… c’est déjà ça.

Cela aura surtout eu le mérite de nous amener jusqu’au series finale. Qui réussit à exploiter le potentiel emotionnel du rendez-vous en s’inscrivant pleinement dans ce qu’il devait être. Plus tard, quand on se souviendra de The Office, on se rappellera en effet de trois choses : Michael Scott, Jim et Pam et tout un ensemble de personnages. Carell ayant quitté l’aventure avant qu’elle n’arrive à son terme, le show se sera offert deux series finale : Goodbye Michael, en saison 7, et Finale, en saison 9. L’un marque le départ du boss ; l’autre la fin de l’histoire pour Jim et Pam et tous les autres.

En aménageant une sortie pour tous, The Office aura réussi à rappeler assez adroitement pourquoi on était autant attaché à la série. Comme avec une jolie fresque, Daniels a esquissé ces adieux par petites touches, avec quelques notes d’humour assez simples et beaucoup d’émotion. Notamment avec plusieurs retours bien gérés, y compris de Qui-vous-savez. Mieux vaut tard que jamais : c’est ce qui permet de finir l’histoire sur une très jolie note.

Phyllis et Stanley, fidèles à eux-mêmes. Photo Tyler Golden/NBC

Cela n’éludera pas les défauts précédemment émunérés mais c’est bien joué. Les plus optimistes diront qu’au bout du compte, la saison 9 était meilleure que la précédente, notamment parce qu’elle aura essayé de renouer avec le coeur du projet. C’est plutôt imparfait mais par instants, l’émotion aura été finement amenée. C’est peu. C’est le minimum attendu. Et cela intervient surtout à la fin. Sur la longueur, tout ça ressemble beaucoup plus à quelques pétards qu’à un vrai feu d’artifice.

On terminera en bouclant la boucle, avec un mot sur la série dans son ensemble. Au départ de cette chronique fleuve, il y avait une question de point de vue. Celui qui écrit ses lignes vous avouera très personnellement qu’avec ses faiblesses, avec ses ratés particulièrement frustrants et surtout ses vrais beaux moments (bon d’accord : d’abord ses vrais beaux moments), The Office restera, à ses yeux, une série à part. Capable de résonner dans le coeur et dans la tête comme très peu de comédies sont parvenues à le faire.

C’est peut-être ça que tout le monde est venu chercher, saison après saison : un sens certain de la justesse. Pour provoquer le rire autant que l’émotion. De façon continue, structurée et intelligente (on devrait diffuser la saison 2 et la saison 3 dans toutes les écoles) ou de manière plus sporadique.

Cela rappelle surtout, comme l’a dit un sage martien, combien il est difficile de dire au revoir à une série… et combien on peut se sentir orphelin quand tout ce petit monde est parti. Ce qui est le cas de tout un groupe de téléspectateurs depuis la semaine dernière.

BONUS : le docu « retrospective de la série » (à voir – tant que c’est possible – avant ou après le series finale). C’est très beau et ça fait marcher l’industrie des mouchoirs en papier.

 

Clark Duke, le petit nouveau. Photo NBC

THE OFFICE, Saison 9 (NBC)

Adaptée d’une série de la BBC et showrunnée par Greg Daniels.

Avec Ed Helms (Andy Bernard), John Krazinski (Jim Halpert), Rainn Wilson (Dwight Schrute), Jenna Fischer (Pam Beesly), Angela Kinsey (Angela Martin), Brian Baumgartner (Kevin Malone), Craig Robinson (Darryl Philbin)

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