The Predator : l’arrêt de mort d’une franchise

The Predator : l’arrêt de mort d’une franchise

Note de l'auteur

Un commando de soldats affronte un Predator nouvelle génération. Récit asthmatique, blagues vaseuses, action illisible : un des nanars de l’année.

 

1987.

Un petit miracle se produit sur la planète cinéma.

Un acteur stéroïdé au jeu pour le moins approximatif, une histoire de commando dans la jungle et un réalisateur débutant : bref, Predator sent la bonne grosse série B.

Pourtant, malgré ou à cause de Schwarzy, du script basique et de l’inexpérience du cinéaste, le film se métamorphose au bout de 60 minutes en œuvre mythologique avec un colosse à moitié nu qui affronte un alien dans un combat titanesque sous la lune. Grâce à une mise en scène au souffle épique, John McTiernan accumule les séquences anthologiques, les images iconiques, avec une puissance de feu nucléaire. La suite sera une longue dégringolade…

Mis en chantier deux ans plus tard, Predator 2 est – faute d’un bon script et d’un réalisateur inspiré – un naufrage, tout comme les nanars de 2004 ou 2007 où des producteurs roublards couplent le Predator à un autre E.T. pas gentil, l’Alien de Giger. Histoire de relancer la franchise, le bébé rasta est refilé en 2009 à Robert Rodriguez, un Predators shooté à l’adrénaline, avec des emprunts multiples (à l’original de McTiernan, à la série Lost…), un casting de seconds couteaux et une image crade. Fun mais oubliable. Et oublié.

Près de dix ans plus tard, la Fox, pour renflouer ses tiroirs caisses, réactive une nouvelle fois la franchise moribonde. Et très intelligemment, choisi d’embaucher l’excellent Shane Black pour le scénario ET la mise en scène. Une très bonne idée car Black est tout simplement un grand scénariste, avec un univers et de belles obsessions. À 22 ans, il signe son premier script : L’Arme fatale, mètre-étalon du buddy movie qui va être copié/collé pendant 40 ans, avec intrigue échevelée, ironie postmoderne et dialogues au cordeau. Il enchaîne avec les autres volets de la série, mais aussi Le Dernier Samaritain, Au revoir à jamais ou Last Action Hero. Ce dernier film est un échec absolu et Black commence à avoir de sérieux problème d’addiction. Les projets s’espacent, Shane Black qui pouvait demander 4 millions pour un scénario connaît un gros passage à vide et se retrouve blacklisté par Hollywood. Il s’essaie à la mise en scène avec l’épatant Kiss Kiss Bang Bang et se voit remis en selle par son pote Robert Downey Jr. avec le calamiteux Iron-Man 3, avant de signer son meilleur film en 2016, The Nice Guys, polar déconnant et référentiel avec Russell Crowe et Ryan Gosling. Doué, drôle, transgressif, Shane Black était l’homme parfait pour The Predator car, rappelez-vous, il incarnait déjà le sergent Hawkins dans le premier volet de McTiernan et il a même collaboré au scénario en écrivant quelques répliques sur le plateau.

Bon, trêve de suspense, ce nouveau Predator est un ratage sans nom, une série Z même pas drôle. La faute à Shane Black tout d’abord car son script est incroyablement paresseux. Il a eu la bonne idée de ne pas chasser sur les terres du McTiernan, de ne pas décliner l’original, mais pas sûr qu’il ait bossé son script plus de 15 minutes au bord de sa piscine. Il est ici question d’une bande de soldats qui affrontent non pas un mais deux Predators, le Regular et le XXL. Et c’est tout !

Pour pimenter un peu le script, Black fait de ses soldats des têtes brûlées ou des bozos souffrant de syndrome post-traumatique. Maestro de la vanne-qui-tue, il écrit un max de vannes, sous le niveau de la mer, prononcées pour la plupart par un perso affligé du syndrome de la Tourette, des blagues ordurières à base de « chatte de sa mère ». Où est passé le Shane Black inspiré de « I’m too old for this siht » ? Le deuxième écueil, c’est le casting. Des acteurs aussi charismatiques qu’un plat de nouilles froides, des ectoplasmes comme Boyd Holbrook, vu dans Logan, Trevante Rhodes (Moonlight) ou Keegan-Michael Key. Impossible de s’intéresser ou de s’identifier à ces clichés en treillis…

Mais si le film pique autant les yeux, c’est, je pense, à cause du studio lui-même. De fait, comme de nombreuses grosses productions, The Predator est reparti en tournage pour une série de reshoots après des projection-tests catastrophiques, notamment pour les 30 dernières minutes. On parle également de nombreuses coupes, de disparition de personnages (dont celui incarné par Steven Wilder, en délicatesse avec la justice) et d’un remontage sévère.… En l’état, The Predator est bancal, l’image pourtant signée Larry Fong (Watchmen) ne raccorde pas toujours avec la séquence précédente, certaines scènes s’enchainent mal, d’autres paraissent plaquées au récit, le film alterne séquences gore et moments parodiques, les scènes d’action sont illisibles… Bref, c’est l’accident industriel, la grosse cata ! Et un calvaire pour le spectateur qui prie pendant 101 minutes pour avoir ne serait-ce qu’une bonne scène à se mettre sous la rétine ou pour s’endormir tranquilou malgré le bruit assourdissant du machin.

À l’arrivée, The Predator est simplement un des pires nanars de 2018. Il n’est ni transgressif, ni jouissif, ni bourrin, c’est juste une machine à fric, un navet asthmatique, symptomatique d’un Hollywood décidemment à bout de souffle, juste capable de bâcler des films de super-héros à la chaine et de massacrer les suites de ses meilleures productions.

À fuir !

The Predator 
Réalisé par Shane Black
Avec Boyd Holbrook, Trevante Rhodes, Keegan-Michael Key.
En salles le 17 octobre 2018

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