The Thrilling Adventure Hour : Un podcast à découvrir absolument

The Thrilling Adventure Hour : Un podcast à découvrir absolument

The Thrilling Adventure Hour, ça n’est pas seulement une phrase difficile à prononcer pour le Français moyen. C’est aussi un spectacle live, mensuel, dans un cabaret de Los Angeles (Le Largo at the Coronet), qui reprend le style des anciennes dramatiques radiophoniques. Mais c’est également un podcast qu’on peut télécharger gratuitement (et légalement), chez nous en France (en anglais dans le texte). Et enfin, c’est une occasion d’écouter Nathan Fillion (Castle, Firefly), Paul F. Tompkins, Paget Brewster (Criminal Minds), Marc Evan Jackson, Joshua Malina (Scandal, The West Wing), John Di Maggio (Bender dans Futurama) et la quasi-intégralité du cast de Community jouer dans un spectacle drôle, attachant et drôle (oui, on met drôle deux fois, c’est pour bien faire comprendre que ça l’est. Drôle.).

Ben Blacker, en plein travail

The Thrilling Adventure Hour a été créé il y a près de huit ans par deux scénaristes américains, Ben Acker et Ben Blacker. Ben Blacker, que nous avons eu la chance d’avoir en interview exclusive pour le Daily Mars, est, depuis quelques années, l’animateur du fascinant podcast Nerdist Writers Panel, qui met sur scène une poignée de showrunners pour parler de leurs carrières, de leur métier, de leur quotidien. Le podcast, en plus d’être une mine d’informations sur le mode de fonctionnement des scénaristes américains (et sur l’écriture tout court), est souvent hilarant. En plus de tout ça, le duo a travaillé sur la série Supah Ninjas et sur la septième saison de Supernatural. Dernièrement, ils ont annoncé avoir signé avec Marvel pour écrire une nouvelle série sur le personnage de Wolverine. Rien que ça.

Mais revenons à The Thrilling Adventure Hour. Cette aventure part de l’écriture d’un long métrage. « Ben Acker et moi-même avions écrit un long métrage de Sparks Nevada, Marshal on Mars il y a 8 ans, nous raconte Ben Blacke. Nous avions reçu chez moi quelques acteurs pour faire une lecture du script. Il y avait, entre autres, Paul F. Thompkins et Mark Gagliardi. Les écouter jouer les rôles était fantastique. Nous n’avions jamais eu d’acteurs de ce calibre pour lire nos textes. Le script était bon, mais ces acteurs sont incroyables! On a vite voulu réunir ces comédiens le plus souvent possible pour lire nos textes, devant des spectateurs que nous pourrions faire payer. » Très vite, le duo se dirige vers la fausse dramatique radio, d’abord pour l’imaginaire vers lequel elle renvoie, mais aussi parce qu’elle permet aux comédiens de tenir le script dans leurs mains « Ils n’ont pas à apprendre le texte, ils n’ont pas à improviser. Même quand nous faisons venir un guest, il est impossible qu’il ait le trac: le texte est là, entre ses mains. »

Ca ne serait pas Zachary Levi qui se tourne vers nous ?

Et les guests, parlons-en: Nathan Fillion en fut un avant de devenir un régulier du show, Joshua Malina est resté quasiment 5 mois, Busy Phillips (Freaks and Geeks, Cougar Town) possède plusieurs rôles dans différentes séries du Thrilling… sans oublier Lake Bell (How to make it in America)… « La plupart du temps, nos guests sont vraiment impliqués dans l’aventure. On invite un grand nombre de personnes qui travaillent pour la télé et qui n’ont pas l’habitude de jouer devant un public. La plupart du temps, quand on tombe sur un show télé qui nous plaît, qui met en scène un ensemble de comédiens engageant, on dévalise le cast ! » Community ? Alison Brie, Yvette Nicole Brown, Gillian Jacobs et Danny Pudi sont déjà venus, et reviennent régulièrement. Freaks and Geeks ? Busy Phillips, Linda Cardellini, Samm Levine, Jason Segel, Martin Starr, John Francis Daly… Chuck ? Adam Baldwin et Zachary Levi aussi. Parks and Recreation ? Aubrey Plaza et Nick Offerman ! Une formidable brochette de comédiens qui ravirait n’importe quel fan de série télé.

Depuis la mise en ligne du podcast, le programme jouit d’une reconnaissance qui étonne toujours ses créateurs. « La base de fans n’a pas cessé d’augmenter, au fil des années. On n’arrête pas d’être surpris. Au début, nous faisions nos représentations dans une salle de 100 places, remplie par nos amis, majoritairement. Puis on est passés au Largo, 270 places… Dernièrement, nous sommes partis à San Francisco pour le Sketch Fest, jouer dans une grande salle. Elle était comble. Encore plus récemment, nous avons fait deux représentations à New York. Un mois avant la vente, je me suis dit qu’il nous fallait une star ‘locale’, du genre Tina Fey, sinon personne ne viendrait. Les billets pour les deux dates ont été à chaque fois vendus en 48h ». Un succès mérité, pour un spectacle finement écrit et impeccablement joué. Et qui demande beaucoup de boulot. « Ecrire pour le Thrilling… doit représenter la même masse de travail qu’écrire pour une comédie de grande chaîne. Généralement, on pose les bases d’une histoire en deux heures avec Ben Acker. Puis il part et écrit la première version. Après, je prend le relais pour une seconde. Le processus prend à peu près 2 semaines. Le plus long, en fait, c’est de réunir le casting. Passer les coups de fil, planifier… c’est beaucoup d’énergie. Mais c’est aussi une partie excitante, de se dire ‘qui pourrait jouer ce rôle?’… On ne gagne pas d’argent avec le show. On n’en perd pas, c’est déjà ça. On en a perdu longtemps, plus maintenant. »

Nathan Fillion et Autumn Reeser

Passé d’une salle de 100 places à 270, à quoi le show peut ambitionner aujourd’hui ? « On a vendu le concept de Sparks Nevada à Nickelodeon il y a quelque temps. Mais le projet ne s’est pas fait car ils avaient d’autres séries se déroulant dans l’espace. Aujourd’hui on a d’autres projets, dont je ne peux pas parler en détail, sur différents médias, concernant des segments très appréciés des fans. Thrilling a toujours été un moyen de faire nos preuves. On a toujours travaillé dans l’idée que n’importe lequel de nos segments pouvait faire l’objet d’une adaptation ailleurs, sous une autre forme: télé, bande-dessinée…« . Un avenir doré pour le programme ? Mais avant ça, il y a le présent, et un kickstarter (1). « On a voulu faire un kickstarter pour proposer le programme sur d’autres médias, justement. Le premier but a été atteint, c’est la bande-dessinée. On a de supers artistes pour le faire. Le second but a lui aussi été atteint : une web-série sur les coulisses du show, intégralement écrite, que nous commencerons à tourner en début d’année prochaine. Ca nous amuse beaucoup de mettre en scène notre cast dans des versions fictionnelles d’eux-mêmes. Le troisième but reste à atteindre: un concert filmé. C’est un projet qui nous tient énormément à coeur, parce qu’il permettra à tous les gens qui ne peuvent pas venir au spectacle de voir enfin comment ça se passe en direct. Nous sommes abasourdis par ce que que nous avons réuni dans ce kickstarter. Jamais nous n’aurions imaginé arriver si haut. La passion de nos fans répond à la passion que nous mettons dans ce projet. C’est incroyable. »

Andy Richter et Scott Aukerman, en coulisses

Vous avez jusqu’au 7 novembre pour participer au kickstarter d’un podcast certes en anglais, assez verbal, mais compréhensible. Un programme drôle, rempli de personnages attachants, interprétés par des comédiens réguliers très talentueux et au sens comique infaillible, et rejoints très souvent par des guests de premier ordre. N’hésitez pas et écoutez ce podcast. Et si vous le connaissez et l’aimez déjà, le kickstarter sera là pour vous en donner encore plus. Le dernier argument pour Ben Blacker, qui nous a fait l’honneur de répondre à nos questions pour cet article « Si vous aimez le travail de Joss Whedon, il y a de grandes chances pour que vous aimiez notre programme. On a essayé de l’avoir, pour jouer un rôle, plus tôt dans l’année, mais il était trop pris par The Avengers. Mais on retentera ! »

 

Les principaux segments de The Thrilling Adventure Hour

 

Mark Gagliardi et Marc Evan Jackson

Sparks Nevada, Marshal on Mars

Raconte les aventures de Sparks Nevada et de son accolyte Croach the Tracker, natif de Mars (qu’il appelle Galuk-prak-tah). Croach suit Sparks pour effacer sa dette envers lui, ce dernier ayant sauvé son village. Croach est nommé « The Tracker » (Le pisteur) car tous les martiens ont une fonction, accolée à leur prénom, si bien qu’il n’existe pas deux pisteurs sur Mars. Pas très pratique (surtout pour le plombier, courage à lui). Grâce à Croach, on apprend que les martiens sont très pudiques concernant leurs pieds, qui est une zone érogène majeure.

Sparks Nevada revisite le mythe du grand Ouest, de par son esthétique sonore, ou sa dynamique (les martiens sont les indiens, les personnages vont dans des saloon, nous avons des Marshals, des chasseurs de prime, et même des bandits mexicains « Los Banditos Mutantes »). Sparks Nevada emprunte aussi directement à la tradition des serials. Si les épisodes forment un tout généralement bouclé, ils se terminent presque systématiquement par un cliffhanger, juste avant que la voix du narrateur ne lance « Is this the end of Sparks Nevada ? ». Remarquez que même s’il n’y a pas de cliffhanger, le narrateur lance sa phrase, ce qui lui vaut parfois l’intervention directe de Marc Evan Jackson qui le remet à sa place.

Sparks Nevada est le segment le plus feuilletonnant du programme, et provoque souvent des cross-overs avec d’autres segments. Il a généré un spin-off, Cactoïd Jim, King of The Martian Frontier, avec Nathan Fillion dans le rôle de Cactoïd Jim, caricature de héros américain, foncièrement bon, juste, lisse. Il passe son temps a délivrer des leçons de vie. Et à faire des barbecues.

Ben Blacker : « Marc Evan Jackson, qui joue le rôle de Sparks, est un acteur fabuleux. Ses répliques ont toujours un petit quelque chose en plus, comme un clin d’oeil fait au spectateur. On adore écrire ce segment. A chaque fois on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire pour bousculer la vie de Marc dans l’épisode: enlever son adjoint, lui faire avoir une petite amie, lui retirer, le défaire de son statut de Marshal… »

 

Paul F. Tompkins et Paget Brewster

Beyond Belief

Conte les histoires de Franck et Sadie Doyle, couple de la haute société, qui passent leur temps à boire et à résoudre des affaires ayant trait au surnaturel. Parce que, comme le dit le narrateur « They see ghost »… Beyond Belief est une parodie des personnages « Nick and Nora Charles », créés par Dashiell Hammett et mis en scène dans 6 films entre 1934 et 1947. Elle partage avec son modèle le même amour des échanges piquants entre les deux personnages principaux, savoureusement interprétés par Paul F. Tompkins et Paget Brewster.

Ce segment ne possède quasiment pas d’aspect feuilletonnant, chaque épisode étant une enquête bouclée. Il n’en reste pas moins très intéressant et drôle. C’est aussi un des préférés des fans.

Ben Blacker : « Ecrire pour Beyond Belief est ce qu’il y a de plus compliqué, surtout parce que les deux personnages principaux se fichent de tout, sauf de leur couple, et de la boisson. C’est assez dur parfois. Beyond Belief est une machine à blagues. On doit toujours essayer de trouver la meilleure blague au bon moment. Paul et Paget rendent ça hilarant. »

 

John Di Maggio et John Ennis

Captain Laserbeam

Ce segment met en scène le super-héro de la ville d’Apex City. Il est capable d’envoyer des lasers, de voler, et est aidé dans sa tâche par les Adventureketeers, deux pré-ados qui surveillent les méfaits qui se déroulent dans la ville pour ensuite avertir Captain Laserbeam. Le tout est très marqué années 60, que ça soit dans la façon d’aborder le mythe des super-héros comme son esthétique musicale. John Di Maggio est le seul régulier de la série, dans le rôle du Captain, les Adventureketeers ayant tendance à changer assez régulièrement. Il y est formidable (ok, on dit ça de tout le casting, mais c’est la vérité…)

C’est le segment qui répond le plus à une formule, immuable: le captain est en train de réaliser une tâche mineure, quand les Adventureketeers l’appellent pour l’avertir de la présence d’un super-vilain dans la ville. Après le briefing, Laserbeam s’en va, repoussant toujours la possibilité que les Adventureketeers l’aident dans sa mission, non sans les rassurer quant au fait qu’il reviendra en un seul morceau. Il fait ensuite face au super-vilain, qui généralement l’immobilise en attendant de le tuer. Pendant l’immobilisation, Laserbeam repense aux mots des Adventureketeers, ce qui lui donne la force suffisante pour se sortir du piège et arrêter le super-vilain. A chaque épisode. Et c’est drôle à chaque épisode, car si il joue sur la répétition de son schéma, le segment ajoute toujours des éléments, modifie les interactions pour donner lieu à des dialogues savoureux, traitant assez souvent de la sexualité de Laserbeam et des autres super-héros.

Ben Blacker : « On blague souvent avec Ben Acker d’avoir gagné John Di Maggio au poker. Mais c’est quasiment le cas, Ben Acker l’ayant convaincu durant une partie. Laserbeam, comme Sparks Nevada, est un bon moyen pour entrer dans l’univers du Thrilling Adventure Hour. Ce sont des histoires et des personnages faciles à appréhender. Tout y est familier si on est un fan de films et séries de genre. »

 

Craig Cackowski et Mark Gagliardi

D’autres segments

Down in Moonshine Holler, qui raconte les aventures d’un milliardaire qui se fait passer pour un « hobo » (un vagabond) afin de trouver l’amour de sa vie, la princesse des Hobos.

The Cross-Time Adventure of Colonel Tick-Tock, le plus british des segments, parodie indirecte de Doctor Who, dans laquelle le Colonel Tick-Tock répond aux ordres de la reine Victoria (jouée d’une façon Monty Pyhtonesque) et va régler des problèmes de cohérence temporelle.

Mais il y a aussi Jefferson Reid: Ace American avec Nathan Fillion et Autumn Reeser (Last Resort), Reeser jouant aussi dans Amelia Earhart: fearless flyer… et d’autres plus ponctuels.

 

L’équipe est composée à l’écriture de Ben Acker et Ben Blacker. Sur scène, le spectacle est accompagné musicalement par Andy Paley. « Andy nous aide considérablement quand nous écrivons des épisodes musicaux. Il n’est capable que d’écrire des chansons qui restent dans la tête. »

 

Vous l’aurez compris, The Thrilling Adventure Hour est un petit bijou, totalement méconnu en France. Pour des raisons plus que valables, bien entendu (c’est un podcast; c’est en anglais; c’est juste en audio, donc oubliez les sous-titres…), mais tout de même, c’est bien dommage. Alors si vous vous débrouillez bien dans la langue de Chuck Norris (ça nous changera de Shaekspeare), foncez, écoutez en streaming ici, téléchargez-le sur itunes . Et si vous aimez (et qu’on a pas dépassé la date butoir), et que vous pouvez, passez sur leur kickstarter.

 

THE THRILLING ADVENTURE HOUR (2005-2012)

Créé et showrunné par Ben Acker et Ben Blacker

Avec : Paul F. Tompkins (Franck Doyle), Paget Brewster (Sadie Doyle), Marc Evan Jackson (Sparks Nevada), Mark Gagliardi (Croach the Tracker), Busy Philips (Red Planes Rider), Nathan Fillion (Cactoïd Jim, Jefferson Reid), Linda Cardellini (Rebecca Rose Rushmore), Joshua Malina (The Barkeep), Autumn Reeser (Amelia Earhart), Craig Cracowski (Colonel Tick-Tock, Banjo Bindlestuff), Hal Lublin (Gummy)…

Crédit photos : Jonathan Reilly, Leizl Estipona (photo coulisses), Maarten DeBoer (portraits), Rachael Porter (portraits).
Remerciements : Ben Blacker et son incroyable gentillesse et disponibilité

PS: Sur Perdusa, vous pouvez lire d’autres articles en français concernant le show, sous la plume talentueuse de Conundrum. Si je n’ai pas réussi à vous convaincre, lui y arrivera ici, et .

(1) : Un kickstarter, c’est quoi ? C’est du financement collaboratif. Des artistes soumettent un projet aux internautes, fixent des objectifs, et en appellent à leurs dons pour les atteindre.

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