The Walking Dead : les morts marquent le pas

The Walking Dead : les morts marquent le pas

Un comic book ultra culte. Une série télé qui ne pouvait échouer. Mais en dépit de leur triomphe public, les zombies d’AMC nous laissent sur notre faim… (ATTENTION : SPOILERS. Article à ne pas lire si vous n’avez pas vu l’intégralité de la saison 1)

J’ai découvert The Walking Dead sur le tard, l’été dernier. Après plusieurs semaines de pollution de mon Twitter par une overdose de « tweets » dithyrambiques sur la BD de Robert Kirkman, je n’en pouvais plus : il fallait que j’en aie le cœur net. D’autant plus que plusieurs mois auparavant, AMC avait révélé l’achat des droits de TWD pour une adaptation cathodique supervisée par Frank « The Mist » Darabont himself. Waouh ! Hop, en moins de temps qu’il ne faut pour dire « brains », direction Album Comics pour l’achat des trois premiers tomes de la VF éditée en TPB chez Delcourt. Début de lecture dans la moiteur du métro de retour. Choc. Addiction sans appel. Les trois volets avalés en un week end. Retour au magasin pour l’achat du reste des volumes : état de manque inquiétant à la fin du tome 11 (le 12 ne devait sortir qu’en septembre). L’affaire est entendue : sur l’autoroute saturée de l’apocalypse zombiesque, le scénariste Robert Kirkman et ses dessinateurs Tony Moore (tome 1) et Charlie Adlard (tous les autres) ont imposé leur corridor à eux. Une route sanglante et désespérée, un peu comme celle de McCarthy mais suivant aussi les sillons mythiques des films de Romero et du Fléau de Stephen King. Une œuvre colossale, réussissant l’exploit jubilatoire d’associer dans un même récit des scènes gore à la limite de l’insoutenable et une troublante réflexion sur l’effondrement psychologique des survivants, leur perte d’humanité. Un mélange de terrain connu et de situations nouvelles introduites par la dilatation du temps sur plusieurs volumes : le lecteur voit ainsi vraiment l’évolution des protagonistes à travers leur périple infernal, à commencer par le « héros » Rick Grimes, passé de flic solide sur ses bases à véritable psychopathe en puissance au fil des 12 tomes. En bonus : une narration serialesque à souhait, avec le-cliffhanger-de-rigueur-qui-te-fait-hurler-à-la-mort-comme-le-plus-crevard-des-coyotes à la dernière page. Bref : The Walking Dead est jusqu’ici (mais pour combien de temps encore ?) une éclatante réussite.

Au vu des premiers trailers distillés par AMC en septembre, les attentes et gaulomètres de tous poils pointaient vers les étoiles. La chaîne de Mad Men, Breaking Bad et feu Rubicon ne pouvait décevoir, de même que l’ami Frank Darabont en tant que réalisateur du pilote et showrunner des six premiers épisodes de cette saison 1. Boyau sur le maccab’ : Kirkman lui même était inclus dans le team créatif en tant que producteur exécutif et scénariste d’un des épisodes (le 4e, « Vato »). Une affaire pliée, donc : The Walking Dead – la série télé serait un chef-d’œuvre, une claque, une date. Promesses tenues… le temps d’un épisode. Sur l’ensemble, The Walking Dead reste globalement une excellente série. Sa première saison regorge de fulgurances comptant parmi les moments les plus électrisants jamais vus dans le poste. Mais…. mais, mais, mais… le sentiment d’une progressive décrue qualitative s’impose hélas au fil des segments, jusqu’à ce season finale d’une incroyable paresse et suprêmement décevant eût égard au feu d’artifice émotionnel légitimement attendu.

Démarrage en trombe

Le premier épisode, malgré une sensation infinitésimale de sous-performance au regard de l’électro-choc annoncé, est un sans-faute. Intitulé « Days Gone Bye », soit le titre de l’album regroupant les six premiers comics de The Walking Dead (« Passé Décomposé », en TPB chez Delcourt), ce pilote offre un mélange de mise en scène au néo-classicisme flamboyant (cadrages amples, élégants plans-séquence au steadycam, montage percutant mais jamais épileptique, ralentis « pekinpah-walterhilliens » du meilleur effet…) et une violence décomplexée typique des films des années 70/80. Clairement sur ce plan-là, Darabont a tout compris et l’ombre du « Jour des morts-vivants » (remember la scène d’ouverture) plane sur toute la visite par Rick, à cheval, d’une Atlanta aux artères désertes (mais bientôt remplies par les zomblards). Cruciaux pour la crédibilité de l’entreprise, les choix de maquillages sont les bons. Les morts-vivants se traînent bel et bien (marre des sprinteurs hystériques !) et le gore de la BD n’est pas édulcoré : on n’a jamais vu autant de tripoux dans une série télé (EDIT : excepté la britannique Dead Set, cas vraiment particulier), exploit d’autant plus notable qu’AMC n’est pas une chaîne du câble premium comme HBO et Showtime (libérées, elles, de la pub et des annonceurs castrateurs).

Même si je ne lui vois aucune ressemblance physique avec son modèle de papier, Andrew Lincoln compose un Rick Grimes impeccable et certaines tronches du casting font plaisir à (re)voir : Laurie Holden, Sara Wayne Callies, Michael Rooker et surtout cette vieille baderne de Jeff DeMunn (dans le rôle de Dale), acteur chéri de ces geeks, second couteau flegmatique des 80’s-90’s vu dans Ragtime, Hitcher (celui de 1986, hein…), Le Blob, La main droite du diable et tous les films de Darabont (lui-même co-scénariste du Blob, d’ailleurs). Bon, le fait est que Jeffrey et ces dames n’apparaissent qu’une poignée de secondes dans ce pilote, qui affiche dés son premier plan la couleur : The Walking Dead ne suivra pas à la ligne la trame de la BD. Et pour cause : quel serait l’intérêt, pour ceux qui ont déjà lu les comics, d’une série télé photocopiant les intrigues déjà publiées ? Se démarquer du matériau d’origine était obligatoire pour ménager un minimum de surprises, nous sommes d’accord ! Et les choix scénaristiques de ce premier épisode trouvent le juste milieu entre fidélité au cadre général et bifurcations (Rick dans la maison de Morgan et son fils Duane ; Rick dans le tank…). Ajoutez pour finir un chouette morceau final des vétérans eighties Wang Chung (« Space junk »), au ton décontracté superbement décalé par rapport à l’horreur de la situation… et ce pilote, rien à dire, il dépote. On continue à se dire que The Walking Dead est une très belle réussite à l’épisode suivant, même si… tiens… ça et là, quelques lourdeurs. Rich rencontre un premier groupe de survivants, qui se sont réfugiés dans un centre commercial (encore une digression par rapport à la BD). Exceptés Glenn (Steven Yeun) et Andrea (Laurie Holden), les autres membres du groupe sont de nouveaux personnages créés par les scénaristes : T-Bone (misère du blaze cliché…joué par le danseur-acteur IronE Singleton), Morales (Juan Gabriel Pareja), Jacqui (Jeryl Prescott) et Merle Dixon (Michael « Henry for life » Rooker). Quelques longueurs ici, un peu trop de bruit pour rien là (les violents échanges entre T-Bone et Dixon le redneck raciste assomment par leur redondance)… Rien de très grave, ce deuxième épisode réserve assez de barbaque et moments de bravoure pour faire passer la pilule.

Pâle Final

A partir du 3e épisode, une sensation qu’on ne s’attendait vraiment pas à ressentir devant The Walking Dead, pointe hélas franchement le bout du pif : l’ennui. La séquence pré-générique, avec son Merle Dixon vociférant tout seul menotté sur le toit du centre commercial, n’a rien d’excitant, Michael Rooker en fait dix fois trop. Les scènes de dialogues aux frontières du mélo s’enchaînent comme dans un quelconque téléfilm de la semaine (au coin du feu, sous la tente, au bord du lac…). Par rapport aux six premiers épisodes de la BD (ceux du volet « Passé décomposé », donc), qui enchaînaient les événements à vive allure, une désagréable impression de statisme domine à l’écran. Des événements qui prenaient à peine une page sur le papier sont étirés ici sur plusieurs longues minutes. En fait, dés ce troisième épisode, émerge le sentiment que les auteurs, dans leur louable démarche de ne pas décalquer la BD, ont hélas inventé des sous-intrigues ronronnantes peu captivantes, qui ne font que ralentir l’action. Qu’il s’agisse du tabassage de Ed par Shane (épisode 3), de la confrontation avec la bande de latinos « méchants-mais-en-fait-pas-tant-que-ça » d’Atlanta (épisode 4) ou le soi-disant climax dans le bunker sous-terrain du CDC (épisode 6)…. Autant de séquences, certes pas déshonorantes, mais impuissantes à nous impliquer « tripalement » dans l’action. Si les épisodes 4 et 5 comportent encore de beaux restes (l’attaque du campement par les zombies, le pétage de plomb glauque de deux personnages…), le 6e épisode (« TS-19 ») se plante carrément dans les grandes largeurs. La rencontre avec le Dr Jenner (Noah Emmerich), épidémiologiste resté seul retranché dans le complexe sous-terrain du CDC (« Center for Disease Control and Prevention », soit le « Centre de contrôle et de prévention des maladies »), achève de plomber la saison. Là encore, voilà un choix de péripétie sans intérêt (et piqué au Fléau de King, si je ne m’abuse). Les personnages radotent, éructent, pleurnichent et rien ne se passe de déterminant. La soit-disante explication finale par Jenner du processus de résurrection des morts ? Du blabla pour finalement aboutir à un « je ne sais pas ! » limite comique. Terriblement linéaire, l’épisode charrie de plus un certain nombre d’invraisemblances (la plus énorme : la grenade surprise sortie par maman Carol de son sac à main au dernier moment, qui permet à nos amis de s’évader du CDC !). L’issue de ce final, prévisible à mort, suscite, au générique de fin, un sentiment fâcheux : face à l’absence de cliffhanger, je ne suis pas devant mon écran à trépigner la bave aux lèvres en hurlant « naooonnn ! ». Je ne ressens aucun état de manque, ni sensation d’addiction, ni envie pressante de retrouver le plus vite possible ces personnages pour une seconde saison.

Y a-t-il le feu à la maison The Walking Dead ? Dans les faits, certes non ! Débutée à plus de 5 millions de téléspectateurs (la plus forte audience de toute l’histoire d’AMC), la série a même battu ce record en rameutant un million de fans en plus pour le season finale ! Les rumeurs, début décembre, d’un renvoi de l’équipe de scénaristes par Darabont ont été démenties depuis par Gale Anne Hurd et une seconde saison est bien entendu dans les tuyaux, prévue pour l’automne 2011. The Walking Dead est par ailleurs nommée dans la catégorie « Meilleure série dramatique » aux prochains Golden Globes du 16 janvier (zombies rule !). Les critiques sont globalement positives et cette version télé a su reproduire le même « phénomène » culturel que le comic book. On ne m’ôtera cependant pas l’impression qu’artistiquement, ces six premiers épisodes de The Walking Dead sont un demi-ratage (ou une demi-réussite). Deux épisode vraiment palpitants sur six, j’appelle ça une déception au regard des attentes. Cela ne m’empêchera pas de saluer malgré tout l’entreprise dans son ensemble (une série télé sur une invasion de morts-vivants quoi, yes !) ni d’être fidèle au poste pour la seconde saison, le coeur gonflé d’espoir d’un sérieux coup de fouet. Mais attention, Frankie : si ta bande de plumitifs ne pimente pas un peu plus le festin après ce hors d’oeuvre en demi-teinte et que ton casting continue de m’indifférer, je vais vraiment sortir les crocs ! Ou tout simplement les planter ailleurs.

End of transmission.

The Walking Dead, de Frank Darabont et Robert Kirkman. Diffusion de la saison 1 : mars 2011 sur Orange Cinéma Séries.


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