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The Witcher illustré : un sorceleur qu’on peut (enfin) voir en peinture

The Witcher illustré : un sorceleur qu’on peut (enfin) voir en peinture

Note de l'auteur

Entre les deux premières saisons de The Witcher sur Netflix, on (re)découvre Le Sorceleur d’Andrzej Sapkowski en grand format, rehaussé de belle façon par les peintures de Thimothée Montaigne, chez Bragelonne.

Le livre : Quand Geralt de Riv franchit les portes de la cité de Wyzima, c’est pour répondre à cet appel placardé partout dans le royaume : on offre 3.000 orins à qui désenvoûtera la fille du roi Foltest. Car si la princesse est morte le jour de sa naissance, voilà une dizaine d’années que, transformée en strige, elle sort de son caveau les nuits de pleine lune pour se repaître du sang des pauvres hères. Avant Geralt, nombre de savants, d’ermites, de pâtres, de chevaliers et autres sorceleurs ont tenté de relever ce défi. Tous ont échoué. Outre cette mission délicate, Geralt de Riv devra aussi déjouer les intrigues des dignitaires de Wyzima…de la série

Mon avis : C’est peu dire qu’on ne présente plus Le Sorceleur/The Witcher, la saga du Polonais Andrzej Sapkowski, adaptée en jeux vidéo à multi-succès (lire ici et ici, notamment), et en série sur Netflix. Sans oublier, bien sûr, les livres, dont Bragelonne a sorti voici quelques années une intégrale collector.

Entre la première saison (2019) de la série télé et la deuxième (prévue pour 2021), l’éditeur a proposé au dessinateur Thimothée Montaigne (Le Cinquième Évangile, Le Prince de la Nuit) d’illustrer la première nouvelle du recueil Le Dernier Vœu, en grand et beau format (27,3 x 36,5 cm). Signalons au passage qu’en septembre prochain, c’est Ugo Pinson (Stonehenge) qui illustrera la nouvelle Le Moindre Mal.

Fidèle au texte, Thimothée Montaigne en retire des scènes marquantes, variant les angles de vue (plongées et autres gros plans), les décors (parfois réduits à leur plus simple expression, parfois très riches en détails). Mais la fidélité au matériau originel ne signifie pas forcément une facilité dans le procédé, ainsi qu’il le confie dans la postface :

Dès le départ, je suis parti du texte. C’était la ligne directrice du projet. Mais comme le style d’Andrzej Sapkowski est assez avare en descriptions, on s’accroche aux moindres bribes, puis on se fonde sur nos connaissances et les recherches historiques qu’on fait sur les costumes d’époque. Avec Ugo Pinson, on s’est plutôt orientés volontairement sur une période et un style XVe siècle. »

Tout comme le récit lui-même, Thimothée Montaigne adopte une belle diversité d’ambiance, jouant à l’occasion sur l’anodin apparent (l’arrivée de Geralt à Wyzima, où malgré tout la dimension sympathique de la ville tranche sur l’austérité du héros vu de dos) pour accentuer le contraste avec les scènes de tension (dès que la strige apparaît, forcément). Avec, çà et là, des clins d’œil aux jeux vidéo, comme pour les couleurs et nuances des costumes (« un clin d’œil totalement assumé »), mais aussi pour certaines scènes représentées (l’arrivée des trois soldats dans le cabaret où Geralt a dézingué trois malotrus fait irrésistiblement penser à un bon vieux jeu en 3D isométrique).

Lorsque, en manière de procédé narratif un tantinet éculé, Andrzej Sapkowski fait raconter tout le background par le burgrave (histoire d’informer à la fois le sorceleur et le.la lecteur.trice), l’affaire passe d’autant mieux que les peintures de Thimothée Montaigne soulignent les ambiances, tissent les brouillards et les créatures entraperçues, opposent les prétendants de jour aux prédatrices nocturnes.

S’il fallait déterminer à quel moment l’illustration fonctionne le mieux, ce serait sans doute dans les situations où le personnage est représenté seul. La strige accroupie, le roi solitaire sur son trône, Geralt méditant avant l’attaque, le dignitaire ligoté… Avec, néanmoins, une mention toute spéciale pour la strige elle-même : sa violence bestiale transparaît parfaitement dans le trait de Montaigne, toutes les pages où elle apparaît éclatent d’électricité. Et particulièrement dans la salle aux murs peints, merveilleuse de construction et de mouvement.

Bref, une très intéressante et enrichissante façon de relire, ou de découvrir, une œuvre majeure de la fantasy qui ne se limite décidément pas aux États-Unis ou à l’Europe occidentale. Et ce, dans un dialogue avec un illustrateur français qui n’est pas, lui non plus, un perdreau de l’année.

The Witcher illustré : Le Sorceleur
Écrit par
Andrzej Sapkowski
Illustré par Thimothée Montaigne
Traduit par Laurence Dyèvre
Édité par Bragelonne

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