The X Files… par Amandine Srs

The X Files… par Amandine Srs

La dixième saison de The X Files débutera le 24 janvier sur FOX. Pour l’occasion, nous nous sommes demandés ce que la série représentait pour nous, comment nous avions pu la découvrir et, finalement, ce qu’elle avait pu nous apporter. Aujourd’hui, après Astiera, nous accueillons une autre invitée de marque. Amandine Srs nous a déjà gratifié de son expertise sur Joss Whedon, nous a raconté sa découverte de Babylon V. Elle nous parle aujourd’hui de sa découverte et redécouverte de X-Files, avec cette même passion teintée de réflexion qui fait la marque des récits captivants. 

x-files-dossier-2016-01

À l’occasion du revival annoncé de la célèbre X-Files, j’ai jugé qu’il serait bon de me replonger dans une des trois œuvres à l’origine de ma sériephilie.

Comme tout le monde ou presque, j’ai découvert X-Files à l’époque où la série faisait les beaux jours de celle qui était encore considérée comme « la petite chaîne », M6. Manquant parfois quelques épisodes pour faute de VHS trop courte, de magnétoscope mal programmé, de télé (unique, dans le salon) occupée par d’autres membres de la famille ayant préséance ce soir-là sur la télécommande, j’ai fait l’expérience d’une X-Files en version française doublée et diffusée parfois dans le désordre. Pourtant, avant d’entamer ce revisionnage, mes souvenirs étaient encore vivaces : certaines enquêtes ont laissé des traces apparemment indélébiles dans ma mémoire (il faut dire que j’ai découvert la série par ses novélisations qui m’avaient interpellée, alignées qu’elles étaient sur l’étagère du CDI de mon collège de 1998, et maintes fois relues). Mais au-delà des histoires, c’est une atmosphère que je me rappelais : sérieuse, pesante, angoissante dans ses teintes toujours gris-beige. La même atmosphère que j’avais pris plaisir à redécouvrir lors des premières saisons de Supernatural qui, sous la houlette du même Kim Manners, a su se placer dans l’héritage X-Files, l’humour potache en plus. Dans ma mémoire, X-Files c’était avant tout des agents en long manteau qui sillonnent les petites bourgades perdues des États-Unis, rencontrent des habitants que leur trop grande normalité rend ou ridicules ou suspects, logent dans des motels sans âme et ont affaire aux forces locales d’une police souvent peu coopérative ou peu efficace. De ce point de vue, je peux à présent affirmer que mon souvenir de la série n’était pas trop éloigné de la vérité ! J’ai aimé me replonger dans cette ambiance si particulière.

De manière plus inattendue, c’est au niveau des personnages que l’écart avec mes souvenirs a été le plus frappant. Fox Mulder et Dana Scully m’étaient certes bien connus (je me rappelle même l’origine de leurs noms grâce à mon Guide Non Officiel que j’avais demandé en cadeau d’anniversaire…), mais je dois à présent reconnaître que l’image stéréotypée qui leur est collée avait fini par se substituer à mon expérience initiale. « Mulder le croyant et Scully la froide sceptique », voici le préjugé qui est ressassé en guise d’étiquette commode dès lors qu’on évoque X-Files. Et c’est sur ce point que le revisionnage m’a été le plus profitable, me permettant de redécouvrir à quel point ces personnages et leur relation sont plus soignés que ce que l’image d’Épinal laisse croire aux néophytes.

xfiles-i-want-to-believe-jpgTout d’abord, sa quête de sens désespérée rend Mulder moins « croyant » que « crédule » : dans « I want to believe » ce n’est pas tant le fait de croire qui le définit que ce désir (« want ») acharné d’adhérer à ce qu’il espère être une vérité, quelle qu’elle soit. La caricature parfois faite de Scully – celle qui refuse de voir une réalité pourtant étalée sous son nez – est également fausse. Quand Mulder désire croire, Scully, elle, veut savoir. Et si elle refuse si souvent d’admettre ce qui est en train de se passer sous ses yeux, ce n’est pas parce qu’elle rejette, par principe ou par peur, tout ce qui est surnaturel. D’ailleurs, Scully ne nie jamais l’étrangeté d’un fait lorsqu’elle y est confrontée. C’est son explication qu’elle remet toujours en question, cherchant la plus rationnelle là où Mulder veut croire d’emblée à un mystère surnaturel. Pour Scully, le surnaturel n’existe pas : elle est persuadée que rien n’échappe à la nature, que tout a une explication rationnelle. Si bien que, aussi étrange qu’il puisse paraître,  le monde est constitué pour elle uniquement d’événements naturels que, parfois, la science n’a pas encore réussi à comprendre. Il n’y a guère qu’en matière de foi religieuse qu’elle accepte de ranger son arsenal de scientifique et cette complexité de caractère en fait un personnage étonnant.

L’opposition entre Mulder et Scully, qui constitue le ressort dramatique récurrent des enquêtes classiques, s’incarne également dans la mythologie. En effet, le spectateur attentif décèle deux strates : l’existence indéniable d’une conspiration dont Scully fait l’expérience dans sa chair et la multitude d’écrans de fumée mis en place par les mêmes conspirationnistes et destinés à berner tous ceux qui s’empressent de croire. Parce qu’à force de se penser manipulés, ceux-là finissent par adhérer à la première théorie de complot venue tant ils veulent croire – comme Mulder.

x-files-scully-memento-moriQuant à la « froideur » de Scully, c’est là encore une idée reçue due à l’écriture peu commune du personnage. Au début de la série, Dana Scully ne ressemble pas à la majorité des personnages féminins : elle n’est pas hyper sexualisée, pas hypersensible bien que montrant ses émotions lorsque cela est nécessaire, pas hystérique, elle ne minaude pas. Cette écriture participe du réalisme d’une série traitant paradoxalement de sujets non réalistes. L’égalité de traitement entre Mulder et Scully est assez manifeste de ce point de vue, eux qui entretiennent une relation qui échappe, au début surtout, au badinage convenu. À nouveau, l’image accolée à la série est souvent celle de personnages se tournant autour de manière un peu artificielle et sans jamais se toucher, du moins jusqu’au premier film. Le revisionnage m’a permis de réaliser combien cette image était erronée : aux habituelles stratégies de séduction auxquelles ont recours les scénaristes de « couples au travail » (de Moonlight à Bones, en passant par Castle ou The Mentalist), Chris Carter et son équipe substituent une évolution qui semble bien plus naturelle. Ni les échanges comiques et taquins entre Mulder et Scully, ni les moments plus graves et personnels ne donnent l’impression de relever de grosses ficelles dans la mise en place d’une stratégie de séduction et de rapprochement entre les personnages ; tous ces éléments de proximité installent plutôt une familiarité sincère et simple à la fois, puis une indéniable tension lorsque l’intimité devient plus manifeste.

x-files-kill-switch-mulder-scullyJ’ai été agréablement surprise de remarquer que les épisodes qui avaient été les plus marquants pour moi se retrouvent largement dans les deux sélections établies par Sullivan Le Postec (sur le Daily Mars et sur son blog). Je pensais davantage apprécier revoir les enquêtes bouclées que me replonger dans une mythologie, qu’il fallait bien « réviser » avant le revival, m’étais-je dit. En réalité, les épisodes mythologiques ont presque toujours été aussi plaisants à (re)découvrir que les loners. Il faut dire que les regarder tous et dans l’ordre (pas comme ce fut le cas dans mon adolescence…) aide à apprécier et surtout à comprendre une mythologie qui reste, il est vrai, un modèle d’ambition. Un effort est certes exigé du spectateur mais X-Files n’est pas une série à concept qui laisse de côté une partie de ses mystères au fil des saisons par goût de la surprise immédiate et du tape-à-l’œil sans plan d’écriture à long terme. Et si la mythologie (conspiration, aliens, Samantha, Cancer Man etc.) est parfois frustrante du fait de sa construction à tiroirs, c’est davantage par empathie avec la frustration des personnages que par agacement à l’encontre des scénaristes.

Pour terminer, quelques considérations pratiques destinées à ceux qui souhaiteraient entreprendre un revisionnage sélectif ou à ceux qui voudrait découvrir la série mais seraient rebutés par la quantité (202 épisodes et deux films).
J’ai donc constitué une sélection d’environ 70 épisodes à partir des deux listes formées par Sullivan Le Postec (plus les épisodes qu’il a indiqués pour prolonger le plaisir) et de la liste des épisodes considérés comme mythologiques ou donnant des éléments de mythologie, que l’on trouve sur wikipédia.

Mode d’emploi !
– Pour une mise à jour uniquement mythologique, regardez les épisodes* marqués d’un astérisque. (Les épisodes mythologiques sont presque toujours en 2 parties ou plus.)
– Les épisodes majeurs de la série chroniqués par Sullivan sont en gras.
– Si vous souhaitez passer plus de temps avec Mulder et Scully, aventurez-vous dans les autres épisodes cités ci-dessous.

Season 1
1-1 Pilot*
1-2 Deep Throat*
1-3 Squeeze
1-4 Conduit*
1-8 Ice
1-10 Fallen Angel*
1-13 Beyond the Sea
1-17 E.B.E.*
1-21 Tooms
1-24 The Erlenmeyer Flask*

Season 2
2-1 Little Green Men*
2-2 The Host
2-4 Sleepless
2-5 Duane Barry*
2-6 Ascension*
2-8 One Breath*
2-10 Red Museum
2-11 Excelsis Dei
2-16 Colony*
2-17 End Game*
2-20 Humbug
2-25 Anasazi*

Season 3
3-1 The Blessing Way*
3-2 Paper Clip*
3-3 D.P.O.
3-4 Clyde Bruckman’s Final Repose
3-5 The List
3-8 Oubliette
3-9 Nisei*
3-10 731*
3-12 War of the Coprophages
3-17 Pusher
3-20 Jose Chung’s From Outer Space
3-23 Wetwired*
3-24 Talitha Cumi*

Season 4
4-1 Herrenvolk*
4-2 Home
4-4 Unruhe
4-5 The Field Where I Died
4-7 Musings of a Cigarette-Smoking Man*
4-8 Tunguska*
4-9 Terma*
4-10 Paper Hearts
4-13 Never Again
4-14 Memento Mori
4-17 Tempus Fugit*
4-18 Max*
4-20 Small Potatoes
4-21 Zero Sum*
4-23 Demons*
4-24 Gethsemane*

Season 5
5-1 Redux*
5-2 Redux II*
5-5 The Post-Modern Prometheus
5-6 Christmas Carol*
5-7 Emily*
5-11 Kill Switch
5-12 Bad Blood
5-13 Patient X*
5-14 The Red and the Black*
5-15 Travelers*
5-18 The Pine Bluff Variant
5-20 The End*

1er film : « Fight the Future »*

Season 6
6-1 The Beginning*
6-3 Triangle
6-4 Dreamland*
6-5 Dreamland II*
6-8 The Rain King
6-9 S.R. 819*
6-11 Two Fathers*
6-12 One Son*
6-18 Milagro
6-19 The Unnatural
6-22 Biogenesis*

Season 7
7-1 The Sixth Extinction*
7-2 The Sixth Extinction II: Amor Fati*
7-10 Sein und Zeit*
7-11 Closure*
7-12 X-Cops
7-15 En ami*
7-17 All Things
7-21 Je souhaite
7-22 Requiem*

Season 8
8-1 Within*
8-2 Without*
8-3 Patience
8-4 Roadrunners
8-5 Invocation
8-13 Per Manum*
8-14 This is Not Happening*
8-15 DeadAlive*
8-16 Three Words*
8-18 Vienen*
8-20 Essence*
8-21 Existence*

Season 9
9-1 Nothing Important Happened Today*
9-2 Nothing Important Happened Today II*
9-4 4-D
9-6 Trust No 1*
9-7 John Doe
9-9 Provenance*
9-10 Providence*
9-11 Audrey Pauley
9-15 Jump the Shark*
9-16 William
9-17 Release
9-19 The Truth*
9-20 The Truth*
2ème film « I Want to Believe »

NB : article écrit alors que j’en suis à la moitié de mon revisionnage.

Vous pouvez retrouver Amandine sur son blog : Un (é)cran de Plus

Amandine Srs (@AMDSRS)
Partager