The X Files… par Guillaume Nicolas

The X Files… par Guillaume Nicolas

La dixième saison de The X Files débutera le 24 janvier sur FOX. Pour l’occasion, nous nous sommes demandés ce que la série représentait pour nous, comment nous avions pu la découvrir et, finalement, ce qu’elle avait pu nous apporter.

x-files-dossier-2016-01

La scène se passe un dimanche, en fin d’après-midi. Nous sommes en 1994, j’ai treize ans quand, en passant devant la porte du salon, mon regard est attiré par la télévision. J’y découvre un garçon, devant lequel sont étalées des feuilles de papier remplies de chiffres. J’apprendrais plus tard, qu’il s’agissait du 1×04 : Conduit, pas le meilleur épisode de la série mais suffisamment intrigant pour capter mon intention et exercer une fascination immédiate. Quelle est cette étrange série, diffusée en fin de journée, un dimanche ? Et surtout, que regarde ma mère ? Parce qu’à treize ans, on reste un peu méfiant de ce que regardent nos parents.

Le titre était énigmatique mais laissait entrevoir de belles promesses : Au frontière du réel. Un peu comme La Quatrième Dimension ou Au-delà du réel, enveloppé dans le voile d’un fantastique que l’on imagine les mains entrouvertes devant les yeux, ce titre exerçait un envoûtement dont il était difficile d’échapper. À l’époque, voir une série semblable à X-Files, relevait de l’impossible et pour l’adolescent que j’étais, le goût du frisson possédait une saveur irrésistible. Les dimanches après-midi n’étaient plus synonymes de spleen délicat des fins de week-end mais d’une excitation jusque-là inconnue pour une forme d’art que je consommais au kilomètre, telle que la télévision française me l’offrait.

generation-series-x-filesThe X Files représente le carrefour où je suis passé de sériephage à sériephile. Le moment où s’est posée une réflexion sur l’art sérielle. Auparavant, regarder des séries occupaient mes samedis, ballotté entre La une est à vous sur TF1 et les tunnels de diffusion sur M6. De L’Amour du risque à MacGyver, de Chapeau melon et bottes de cuir au Saint. Puis, la série fut diffusée successivement le vendredi soir, le samedi soir et le jeudi soir. Et j’entrais dans un tout nouveau rapport d’excitation, d’exclusivité, le sacerdoce du sériephile des années 90 quand voir un épisode nécessitait d’être devant sa télévision à l’heure précise ou possesseur d’un magnétoscope (pour les plus jeunes qui nous lisent, le replay et internet n’existaient pas encore !). The X Files m’a rendu curieux sur la fabrication d’une série, a nourri ma patience devant la découverte des “saisons” et m’a fait acheter, pour la première fois, le hors-série d’une revue que l’on ne pouvait trouver qu’en librairie (merci l’Atalante, à Nantes) : Génération Séries. Le magazine, encore aujourd’hui, reste ma bible. Je me replonge régulièrement dans la lecture des anciens numéros, Christophe Petit, Martin Winckler ou Alain Carrazé ont été mes tuteurs symboliques.

Ensuite, c’est l’effet boule de neige. Plus j’en apprenais sur les séries, plus j’avais envie de les découvrir, de les comprendre, de les voir comme un art et non comme un produit de la télévision. D’élargir au maximum le champ de ma curiosité (qui était déjà naturellement bien développée) pour mesurer tout le chemin qu’il me restait à parcourir avant de saisir la richesse des séries. Dans les années 90, l’art sérielle était encore vu de haut et ne possédait pas l’incroyable résonance actuelle… sauf concernant X-Files. Objet de fascination avec ses monstres, d’addiction avec sa mythologie, la série de Chris Carter alimentait des discussions de pause entre deux cours où l’on débriefait les épisodes vus le week-end. Sa force tenait dans l’habile mélange d’un récit feuilletonnant et d’épisodes unitaires selon un équilibre dosé à la perfection. Détail amusant : on mentionne X-Files pour sa mythologie, sa conspiration et ses secrets, qui nous ont plongés, à l’époque, dans des abîmes de perplexité et de frustration et ce sont les unitaires qui auront pourtant laissé des traces indélébiles dans nos mémoires. Comment a-t-on pu être terrorisé par Tooms, Leonard Betts, la famille Peacock (La Meute) ou The Flukeman (la douve en vf), ému par The Field Where I Died, Paper Hearts ou The Post-Modern Prometheus, des épisodes sans liens avec la colonne vertébrale de la série mais qui auront marqué des mémoires de sériephiles.

Un cœur de tissu qui hante les rêves de Mulder

 

Il n’y a pas eu beaucoup de séries comme X-Files, qui ont réussi à provoquer des émotions aussi intenses avec ce besoin quasi maladif de vouloir connaître la suite ; de partir dans des réflexions acrobatiques pour deviner la vérité ; de plonger dans l’expérience d’un récit horrifique d’une quarantaine de minutes ; de créer ce rapport étrange qui peut nous unir à une œuvre jusqu’à la déraison. Nos panthéons personnels se remplissent au fil du temps, de séries indispensables, de chefs-d’œuvre, mais il n’y a généralement qu’une série qui a tout démarré. Et celle-ci, malgré une existence imparfaite sur la fin – une fin que l’on repousse encore aujourd’hui après un magnifique film, gardera toujours une place particulière. Parce que je peux dire, et je ne suis pas le seul dans ce cas, que ma sériephilie a commencé avec The X Files.

Partager