The X Files…par Jérôme Tournadre

The X Files…par Jérôme Tournadre

La dixième saison de The X Files débutera le 24 janvier sur FOX. Pour l’occasion, nous nous sommes demandés ce que la série représentait pour nous, comment nous avions pu la découvrir et, finalement, ce qu’elle avait pu nous apporter.

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Ce n’est pas toujours chose aisée que de débuter un texte. Pour moi, c’est même souvent le plus difficile. Alors je lève la tête de ma feuille ou de mon écran et je regarde autour de moi, je laisse mon esprit divaguer en posant mes yeux sur les objets qui m’entourent et généralement l’étincelle se fait. Bon là, par contre, c’est plus dur car à l’heure où je vous écris il fait nuit et je suis en train de digérer les restes d’un réveillon gargantuesque comme seuls les Auvergnats peuvent en faire. Amuse-gueules, soupe de fromage, huîtres, foie gras, chapon, pommes de terre, fromages (oui parce qu’avec la soupe c’était trop juste) et bûches, le tout accompagné de plein de jus de raisins fermentés. Alors c’est sûr là, tout de suite et présentement, mon estomac se rappelle à moi. J’en suis donc à divaguer entre les quatre murs du salon de la maison familiale, plongé dans le silence de la nuit. En bientôt quarante ans d’existence, celle-ci a bien changé. Les pièces sont différentes, le mobilier également mais les souvenirs sont là pour se rappeler qu’on est toujours au même endroit. Et maintenant que j’y pense, un souvenir arrive à fond les gamelles. Il est là, je le tiens. Je me rappelle que c’est dans ce même salon que j’ai découvert X-Files.

C’était dans la même ambiance également. Il faisait nuit, j’étais tout seul dans ce salon face à un écran qui me projetait les aventures de Mulder et Scully. Je ne fais pas partie des pionniers. Je ne suis pas un de ces tatoués qui a vu les premiers épisodes de la série quand elle était diffusée le dimanche en fin d’après-midi sur M6. Non, en ce qui me concerne, ma rencontre avec Aux frontières du réel (ha que je regrette cette époque où la traduction sacrifiait la fidélité pour plus de musicalité) débuta un vendredi soir, le 29 décembre 1995 pour être exact. L’épisode, c’était Une petite ville tranquille et j’avoue que j’en ai aucun souvenir. Cela a bien dû me plaire, puisque la semaine suivante, j’étais de nouveau devant le poste, dans le même salon à regarder le final de la deuxième saison, Ceux d’outre-tombe alias Anasazi.

Scully-Promos-the-x-files-9731340-1313-1950J’avoue quand ces temps de peur du spoiler et du besoin de commencer au commencement, l’évocation de ces souvenirs me fait sourire tant ces questions ne préoccupaient clairement pas l’ado de dix-sept ans que j’étais. On prenait ce qui arrivait et on savourait avec le même appétit. Le pire, c’était que je venais de devenir accro au moment où M6 cessait la diffusion de la série pour cause de fin de saison. Heureusement, la chaîne commença rapidement à rediffuser le début de celle-ci le samedi soir. J’étais sauvé ! J’aurais ma dose d’enquêtes surnaturelles, de Scully, de gros monstres, d’aliens, de Scully, d’hommes en noir, de complots, de Scully, de morts étranges, de phénomènes paranormaux, de Scully, de vérité ailleurs, d’homme à la cigarette, de soucoupes volantes, de gorge profonde, de Mulder et, bien sûr, de Scully.

Toutefois, X-files n’était pas la première série que je suivais avec assiduité. Même en mettant de côté toutes les séries d’animations que diffusait TF1, Antenne 2 et La Cinq, ainsi que les sitcoms, j’avais déjà des heures de vols avec Code Quantum, Magnum, McGyver, La Quatrième Dimension, Batman, Columbo, V, La croisière s’amuse, lAgence tous risques (« assumer » j’écris ton nom) etc. Mais les aventures de Mulder et Scully marquent clairement une étape dans ma sériephilie personnelle et même au-delà.

Le plaisir du rendez-vous n’était pas que motivé par l’envie de retrouver des personnages mais également par le besoin de savoir et d’avoir des réponses. Qu’on ne se méprenne pas, j’avais autant de plaisir à voir une excellente histoire fantastique du duo Fox/Dana qu’avec les aventures temporelles de Sam et Al, mais s’ajoutait à cela l’envie de savoir ce qui était arrivé à la sœur du héros et de savoir si « ils » étaient bien parmi nous. J’étais accro à ce subtil dosage entre la croyance et les faits, entre les épisodes bouclés et les épisodes mythologiques et entre la peur et la poésie. J’étais fasciné par la récurrence d’une structure narrative maîtrisée permettant d’offrir souvent des surprises mais surtout des histoires fantastiques efficaces avec une grande malice dans l’emploi de ses effets. Ha ! ce fameux épisode sur une communauté retirée se révélant être des aliens et cette sublime image de fin d’un Mulder au milieu d’un champ de blé duquel on aperçoit la forme d’une soucoupe !

51Bnz2K6HLL._SX354_BO1,204,203,200_À une époque où le cinéma fantastique peinait gravement à offrir ce genre de choses (vérifiez les sorties de l’époque si vous ne me croyez pas !), l’arrivée d’X-Files représentait une bouffée d’air frais face à une production cinématographique bien morose. C’était une époque charnière pour les séries télévisées d’ailleurs. X-Files cartonnait sur M6 et Urgences arrivait sur le service public. Ce n’était pas encore la folie d’aujourd’hui mais on voyait bien que les choses commençaient à changer par rapport au mépris des années 80 (et dont on paye encore les pots cassés en termes de compréhension et d’influence majeure de la production de cette décennie). C’est avec X-Files que je commençais vraiment à m’intéresser aux coulisses des fictions télévisées. Moi qui n’avais pas la chance d’avoir Canal Jimmy, je dévorais dans un premier temps mes Mad Movies qui mettaient déjà en avant la série mais il me fallait plus et la découverte de Génération Séries fut fatale. X-Files était le produit d’appel mais tout le reste me tendit les bras. J’ai déjà évoqué mon amour pour cette revue, je n’y reviendrais donc pas. Je me contenterais juste de dire que c’est celle-ci et la série de Chris Carter qui m’ont fait comprendre les notions de cliffhanger, de saisons, de loners etc.

41p9EE67ubLComme toute grande série, X-Files a accompagné ma vie. Entre ses débuts (où j’étais accro) et son final (que j’ai totalement zappé), la vision médiatique, publique et critique des séries télévisées a changé. Je me rappelle avoir fait circuler au lycée la VHS contenant le final de la saison 2 et le début de la saison 3 (alors inédite sur M6). À la fin du show, les dvd de séries commençaient à se répandre sans compter les outils pour regarder illégalement les épisodes. Chose peu courante à l’époque, les magazines faisaient leurs couvertures sur la création de Chris Carter, alors qu’aujourd’hui l’originalité semble être de ne pas mettre un acteur ou une actrice de séries en couverture.

C’est surtout ça mon X-Files. Bien plus que ses fantastiques histoires et ses qualités marquantes que mes collègues Martiens ont évoquées, cette grande œuvre représente pour moi une transition entre deux époques. Celle du mépris et celle de la reconnaissance. Si, dans la série, Mulder n’a pas réussi à convaincre et à faire connaître la vérité, dans la réalité les amateurs de séries ont gagné et ont vu leurs histoires favorites enfin reconnues et prises au sérieux. Pour le dire clairement, la vérité n’était plus ailleurs.

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