Thriller à Cannes

Thriller à Cannes

Retour au Marché et à la Quinzaine pour quelques oeuvres qui, si elles ne sont pas toutes parfaites, travaillent de façon ludique les codes du thriller.

Open-Windows-Elijah-WoodC’est dans une salle confortable du cinéma Olympia qu’on pouvait découvrir cette année Open Windows, nouveau film de Nacho Vigalondo, réalisateur du stimulant Timecrimes. Le cinéaste espagnol confirme avec ce thriller qu’il aime les scénarios concept, même s’il ne parvient pas à les tenir jusqu’au bout. Dans une entreprise Depalmaienne, il place en effet Elijah Wood, qui incarne un geek fan d’une actrice populaire, incarnée par Sasha Grey, devant un écran d’ordinateur qui va devenir le cadre central de tout le film. En multipliant les astuces scénaristiques et technologiques, parfois invraisemblables, Vigalondo parvient à esquiver le montage, déplaçant l’action de son film d’une fenêtre à l’autre de l’écran du héros. Le petit vertige occasionné par cette technique est assez grisant, même si, au fur et à mesure de la progression du récit, il se révèle de plus en plus artificiel. L’implication des deux comédiens principaux nous aide quand même à rester sur les rails de ce thriller pas si malin qu’il voudrait nous le faire croire.

killersKimo Stamboel et Timo Tjahjanto (les Mo Brothers) sont aussi des petits malins. Avec Killers, le duo de réalisateurs indonésiens, produit, entre autres, par Gareth Evans, a construit un film assez troublant, du moins dans sa première partie. On y voit en effet la relation qu’entretiennent à distance Bayu Aditya, un journaliste indonésien, qui lutte contre la corruption, et Nomura Shuhei, un cadre japonais, tueur en série à ses heures perdues. Tandis qu’Aditya commet des meurtres pour assouvir sa soif de justice, Shuhei les perpètre par pur plaisir sadique. L’intrigue rapproche évidemment de plus en plus les parcours des deux hommes jusqu’à un final assez brutal. Si les scènes d’action rappellent justement The Raid 2, de Gareth Evans, les nombreuses scènes de dialogue, censées nous renseigner sur la psychologie compliquée des personnages, sont beaucoup trop platement filmées. Et sur ses 2h17 de projection, le film laisse un sentiment mitigé, malgré l’originalité de son scénario et de sa construction.

A-Hard-DayA la Quinzaine, il y a aussi du polar cette année et notamment A Hard Day, second film du réalisateur sud-coréen Kim Seong-hoon. Narrant les pérégrinations d’un policier corrompu qui tente d’effacer toutes traces d’un accident de la route dont il est l’auteur, ce thriller, mâtiné de comédie, ne surprendra pas les amateurs de polars en provenance de Corée du Sud. L’intérêt n’est d’ailleurs pas tant à chercher dans l’originalité des caractères et des situations que dans leur traitement particulièrement énergique. Faisant preuve d’un réjouissant sens du timing, le cinéaste bâtit plusieurs séquences où le rire et le suspense se mêlent idéalement. Combats à mains nues, pyrotechnie old school (sans images de synthèse) et séquences à la résolution alambiquée sont les principaux ingrédients de ce film absolument pas prétentieux, mais réjouissant de bout en bout.

Cold-in-July-Michael-C.-HallOn prend également beaucoup de plaisir à voir Cold in July, présenté lui aussi à la Quinzaine. Si le précédent film de Jim Mickle, We Are What We Are, présenté ici l’année dernière, pouvait laisser perplexe, ce nouvel opus, inspiré d’un roman de Joe R. Lansdale (Bubba Ho-Tep), est un vrai plaisir pour amateur de récits hard boiled. On ne dévoilera pas ici la progression d’un récit qui fonctionne en partie sur la surprise pour simplement donner la tonalité poisseuse d’un film qui se déroule dans le sud profond et met en scène quelques personnages vraiment peu recommandables. Devant la caméra de Mickle, Michael C. Hall, moustache et coupe mulet, est parfait en personnage un peu effacé face à Sam Shepard et Don Johnson, cabotins en diable. Et comme le récit se déroule en 1989, le réalisateur surcharge sa déco d’objet eighties et confie sa BO à Jeff Grace, qui compose un score qui se révèle un pastiche très touchant des musiques de John Carpenter. La sortie en salles de ce charmant thriller rétro n’est pas encore datée, mais on devrait en savoir un peu plus d’ici la fin de l’année.

Barry Oblivion

 

Logo-Forum-ImagesLe Forum des Images à Paris vous proposera une reprise de la Quinzaine des Réalisateurs du 28 Mai au 7 Juin  2014 avec les projections de :

Hard Day (Kkeut-Kka-Ji-Gan-Da), regardez ici ,

et Cold in July, regardez donc par .

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