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« Tiens, Walhalla du boudin ! » (Critique de Thor, de Kenneth Branagh)

« Tiens, Walhalla du boudin ! » (Critique de Thor, de Kenneth Branagh)

Avec Thor, Marvel joue un coup encore plus risqué qu’Iron Man en lâchant sur Terre une légion de surhommes issus de la mythologie nordique et beaucoup moins connus du grand public. Héros guidé par ses tripes plus que sa raison, Thor s’avère au final incarné avec fougue et humour par un Chris Hemsworth plutôt bien dirigé par un général Branagh appliquant son plan de mission ultra-cadré par l’état major Marvel. Messieurs les dieux, à vos rangs fixe : pour Asgard, en avant… marche !

Synopsis : prétendant impétueux à la succession de son père Odin sur le trône du royaume d’Asgard, Thor livre sans le prévenir une guerre préventive contre le peuple des Jotuns. Pour cet excès d’arrogance lourd de conséquences, il est banni sur Terre et privé de ses pouvoirs par Odin. Loki, son frère malfaisant, en profite pour s’octroyer la couronne et fomente un sombre complot contre Thor avec les forces du ma-ha-leu.

Je vois venir les quolibets : « encore du calembour à peu de frais (et pas très frais) dans le titre d’une chronique ciné, Plissken ! » Je plaide coupable et comme je n’ai rien d’autre à ajouter pour ma défense que ce titre m’amuse (je suis bien le seul, je sais), passons au cœur du sujet. Thor faisait très peur au vu de ses trailers. VFX cheapos, direction artistique Power rangers style, Anthony Hopkins en plein trip Wellesien à la petite semaine, sentiment diffus de bêtise ambiante… O surprise : finalement, les Dieux ne sont pas tombé sur la tête et, sans pour autant crier (à Thor) au coup de foudre, on peut humblement reconnaître que Kenneth Branagh n’a pas trop perdu le nord avec ce blockbuster-clé dans le plan d’invasion Marvel. Clé parce qu’à la différence d’Iron Man, second couteau lui aussi mais plus facilement « vendable » au grand public, Thor relève de la fantasy pure et dure et part donc avec encore plus de handicaps pour séduire au-delà de sa cible niche. Et pourtant il reste parallèlement un pilier incontournable de l’équipe des Vengeurs, projet tissé patiemment par Marvel depuis presque cinq ans maintenant et dont le succès, à sa sortie en 2012, sera crucial pour l’avenir du studio. Là où Thor peut tirer commercialement son épingle du jeu, c’est dans sa (relative) concordance avec l’actuelle appétence du public pour l’Heroic Fantasy, que le carton annoncé d’une série-blockbuster comme Game of thrones ne manquera pas d’alimenter. Bon, mais le film donc ?

C’est finalement toujours la même rengaine : tout dépend de vos attentes. Pas question de parler d’un coup de tonnerre artistique : Thor charrie de lourds défauts, conditionnés par les écrasantes contraintes créatives du processus industriel dans lequel s’inscrivent les productions Marvel menant au Vengeurs. Mais deux bonnes raisons empêchent de crier à la catastrophe, voire peut-être trois. D’abord, l’humour. Je ne saurais dire si à quel stade de l’écriture du scénario il fut injecté dans les dialogues : le doit-on au légendaire J. Michael Straczynski, crédité sous la mention « d’après une histoire de » ou aux trois scénaristes mentionnés dans le dossier de presse ? Toujours est-il que le film nous arrache (volontairement je précise) une poignée de rires bienvenus, évidemment liés au décalage entre le style de Thor et les terriens qui vont se le prendre sur le coin de la tronche. Car oui, après s’être fait jeter d’Asgard comme une vulgaire racaille, Thor (Chris Hemsworth, barbe fine houblonnée, musculature noble, voix de stentor…), tombé du ciel en un éclair, s’abat littéralement sur le Humvee d’une équipe d’astrophysiciens traquant le phénomène atmosphérique louche en plein Nouveau Mexique. Dans la team de scientifiques : la délicieuse Jane Foster (Natalie Portman, en mode automatique après Black Swan), qui va très vite ressentir une envie de Krissprolls au matin avec le musculeux venu du froid. Pas trop le temps de conter fleurette : l’infâme Loki (Tom Hiddleston, très « Commodus du pauvre »), rongé par sa rancœur de fils mal aimé d’Odin, profite d’un coup de mou de ce dernier pour chiper la couronne et organiser l’exécution de Thor sur Terre en y exportant un colosse d’acier pas franchement affable : le Destructeur.

Au final, qu’est ce qu’on a docteur ? Un exploit en soit : pour peu que l’on s’agrippe plus que jamais à l’inévitable « suspension d’incrédulité » face à tant de nawak, Thor n’est pas effroyablement nul. Hormis l’humour bienvenu et l’interprétation plus que convaincante et altière d’Hemsworth, on notera ici un irréfutable respect, une indéniable compréhension du « Stan Lee/Kirby » spirit. Une myriade de petites allusions au « Marvel universe » parcourent le film, dont un clin d’œil au personnage de Donald Blake (alter ego de Thor dans la BD, absent ici). L’iconographie du comic book hante plusieurs plans (les poses de Thor au combat, ou faisant tournoyer son marteau Mjolnir…), le costard du gars en impose (en revanche, où est passé son casque ?) et l’on a droit à un cameo assez classieux du toujours aussi badass Jeremy Renner en Œil de faucon. Sa seule présence au générique du futur Avengers de Joss Whedon justifie l’attente du projet. De l’action, il y en a (quand l’Araignée est làààà… ha non pas là, flûte), mais finalement trop peu en 130 minutes de métrage : Kenneth Branagh s’attarde trop longuement sur les déchirements au sein du royaume d’Asgard et l’attention du spectateur, parfois, décroche, d’autant que la nanarzone n’est jamais très loin… Bizarrement vu le CV de Branagh (Henri V, Hamlet, toussa…), ces scènes « shakespeariennes » sont les moins crédibles dans Thor et baignent dans un kitsch ambiant auquel on préfèrera le « peps » des dialogues sur Terre.

Les effets visuels, malgré les 150 millions de dollars de budget, laissent tout aussi étrangement un arrière-goût de sous performance. Pour un réjouissant pont Arc-en-Ciel tout scintillant et un colossal observatoire de Heimdall, l’architecture et les couleurs d’Asgard évoquent une Sim City bling bling jolie à regarder mais totalement toc. Mais après tout hein, à quoi bon solliciter toute forme de réalisme, y compris esthétique, dans pareille entreprise… Enfin, la rituelle séquence post-générique renvoyant directement à The Avengers s’avère foutrement frustrante et pingre en sensations fortes mais je n’en dis pas plus, je vous laisse juges. Ni risible nanar à la Ghostrider (on en est même plutôt loin) ni réussite alerte à la Iron Man, Thor ne suscitera guère de passions, en bien ou en mal. Selon votre humeur du jour, vous serez indulgent ou trouverez l’ensemble médiocre… On a bien affaire à un produit, un rouage d’une entreprise industrielle dans laquelle un cinéaste a pu tout de même glisser quelques gouttes d’humain. Dans la catégorie « divertissement pour temps de cerveau disponible », le résultat offre au moins, à la différence de la bouse Sucker Punch, des personnages un minimum incarnés même si les ambitions affichées du Snyder pètent beaucoup plus loin. A bien y réfléchir, malgré la déception Iron Man 2, on peut dire que le bilan de Marvel en tant que studio de production n’est pour l’instant pas si mauvais, entre Iron Man, L’Incroyable Hulk et ce Thor plutôt fidèlement traité. A défaut d’être champion de l’arène, on souhaite à notre Dieu du tonnerre volant, notre Thor-eau ailé, de continuer à fendre les sorciers de tous poils dans de futures aventures sans trop encorner notre plaisir. Manquerait plus qu’à l’avenir, le Thor aux mages chie (tauromachie, hihi !). Je suis conscient d’avoir touché le fond avec cette triste fin de post.

 

PS : et la 3D dans tout ça ? Absolument i-nu-ti-le ! J’ai passé la moitié du film sans les lunettes.

Thor, de Kenneth Branagh. Sortie nationale le 27 avril.

Idris Elba a fait débat

Dans la blogosphere anglo-saxonne, certaines voix se sont émues publiquement du choix du pourtant génial Idris Elba (inoubliable Stringer Bell dans la série The Wire) pour incarner Heimdall, le gardien de la porte d’Asgard vers les autres mondes. Motif ? Idris Elba est noir tandis que dans le comic book, Heimdall est blanc et que dans un royaume de divinités nordiques, la présence d’un personnage Noir est totalement improbable. En ce qui me concerne, je ne me suis absolument pas posé la question un seul instant pendant le film, juste impressionné par l’impérialité (comme toujours) et le charisme d’Elba dans son rôle. En y réfléchissant après coup, je n’arrive pas à avoir d’avis tranché sur cette question beaucoup plus complexe qu’en apparence. Doit-on tenir compte de la couleur de peau originelle d’un personnage de fiction tel qu’il a été créé ? Je serais tenté de dire non : j’avoue avoir tiqué le jour où le nom de Samuel Jackson fut officialisé pour incarner Nick Fury, tant l’image d’un héros blanc dans les planches de Steranko restait puissante dans ma mémoire. Depuis, Jackson s’étant totalement approprié le personnage, ce choix passe comme une lettre à la poste, d’autant que la couleur de peau de Nick Fury n’est pas en soi un enjeu narratif – Fury n’est pas défini par sa condition de caucasien, il est juste le patron du S.H.I.E.L.D. Un Spider-Man /Peter Parker Noir à l’écran devrait donc ne me poser aucun problème, right ? Ben…. Si un peu quand même. Cela fait-il de moi un raciste ? J’espère bien que non ! Mais ce débat me trouble, je me demande si à ce moment là, au nom de l’interchangeabilité des couleurs (et d’un certain politiquement correct), on peut tout faire, tout changer. Personnellement, je serais choqué qu’un jour, Luke Cage ou T’challah (alias La Panthère noire) soient incarnés par des acteurs non-blacks. Mais pour revenir à Heimdall, le choix d’Elba ne me dérange pas spécialement dans la mesure où Asgard est un royaume totalement farfelu, imaginaire ;  dés lors, franchement, la notion de réalisme a-t-elle un sens quant à la couleur de peau de ses habitants ? C’est d’ailleurs la réponse qu’Idris Elba lui-même a apporté à ses détracteurs. J’arrête ma « réflexion » ici, n’ayant pas davantage potassé le sujet et manquant d’exemples ou contre-exemples, mais libre à vous d’y apporter votre contribution.

Et comme je ne suis pas bégueule, voici un lien sur le même sujet vers le site de mes confrères de Premiere.fr. On dit merci qui ????

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