Tim Sale : « Je suis définitivement un geek »

Tim Sale : « Je suis définitivement un geek »

Mme Praloud, ma boulangère, m’avait prévenu : « M’sieur Plissken, c’est bien beau d’aller taper le carton à New York avec vot’cousin Snake, mais maintenant faut vous occuper du blog ! Tradition ou normale, la baguette sinon ? ». Ce jour-là, j’ai pris une tradition, plus un petit pain aux noix et une décision : filer fissa à la galerie Arludik pour interviewer Tim Sale, sans même prendre la peine de dire à Mme Praloud que j’aimais bien sa nouvelle couleur. Dingue, non ?

Pour les nuls en Tim Sale, cet incroyable mec est un artiste superstar dans le monde des comics. Je ne vais pas passer en revue son CV hallucinant (résumé rapide sur ouikipédia), juste rappeler que ce djeunz de 52 ans (il en fait 10 de moins) figure aussi au générique de Heroes en tant qu’artiste responsable des toiles du personnage d’Isaac Mendez. Il m’a fait curieusement fait penser à un mix entre Kurt Russel dans New York 1997 et John Carpenter. Non, non je ne fais pas de fixette !

Bref… entre deux dédicaces, Tim Plissk… heu Sale, a gentiment accepté de s’éclipser 10 minutes pour répondre à quelques questions pour ce blog de fôôôôlie (ha ben je lui ai présenté JPFM comme ça au Tim, et je peux vous dire qu’il a craché le morceau sans demander son reste)

Magnéto, Sergio…

Vous rappelez vous votre premier contact avec l’univers des super héros ?

J’avais six ans quand ma famille a déménagé de la côte Est pour emménager en Californie. On a fait le trajet en voiture et mon père m’avait acheté des comics pour me tenir tranquille pendant ces très longues heures.

Je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les super héros, j’étais juste fasciné par les images. Je suis retombé pour de bon dans les comics à 12 ans, surtout les Marvels. Mes héros préférés étaient, dans l’ordre, Spider Man, Daredevil et Les Quatre Fantastiques.

A 13 ans, j’ai vécu trois mois à Londres pour suivre mon père parti enseigner l’anglais là bas. Je passais mon temps à dévorer les comics dans les boutiques spécialisées et j’ai dû en acheter des centaines rien que durant cette période.

Partagiez vous votre passion ou étiez vous plutôt un geek solitaire ?

Mmmh… j’avais deux potes à l’école qui partageaient ça avec moi, mais je n’ai vraiment rencontré de vrai passionnés comme moi que dans ma vie professionnelle. Comme mon ami Jeph Loeb, qui m’a fait venir sur Heroes. Je suis définitivement un geek.

Quels artistes vout ont bouleversé dés l’enfance ?

John Buscema pour le Surfer d’argent, Jim Steranko pour Nick Fury, John Romita Sr pour Spider Man et Gene Colan pour Daredevil. Mais la bande dessinée européenne m’a aussi énormément influencé dans mon travail.

What ? Mais qui donc en Europe ? Parlez bon sang !

Lorsque j’ai découvert la revue Heavy Metal (édition US de notre Métal Hurlant – ndjp), ce fut un choc. Bilal, Druillet et Moebius sont mes maîtres. J’adore particulièrement la précision avec laquelle Giraud (aka Moebius) dessine les chevaux sur Blueberry ; on m’a dit qu’il était très influencé par les westerns de John Ford. En revanche je n’ai pas voulu voir le fim, on m’a dit que c’était nul ! J’ai aussi beaucoup emprunté au style de l’espagnol Ruben Pellejiro. Ces cinq dernières années, entre Internet et mes nombreux voyages en Europe, j’ai énormément appris de « l’école » européenne. Ha oui et plus récemment, j’ai adoré Blacksad, de Canales et Guarnido.

On dit de vous que vous êtes, avec Jeph Loeb, l’homme qui a réellement contribué au succès de Heroes via vos toiles.

C’est gentil mais je dois tempérer ça. Pour faire Heroes, Tim Kring s’est entouré d’une garde rapprochée de geeks qui ont veillé à ce que la série parle aux fans de culture comics. Les trois principaux sont Greg Beeman, Joe Pokaski et Aron Eli Coleite (tous, ainsi que Jeph Loeb, sont impliqués à a fois dans les scénarios et la production de Heroes – NDJP). J’ai accepté de participer à l’aventure parce que jamais une série télé, à ma connaissance, n’avait intégré de la sorte le travail d’un artiste de comics à l’intrigue même. C’était l’occasion en or d’une mise en valeur de mon travail.

C’est mal parti cette 3e saison de Heroes, non ?

Quatorze épisodes ont été tournés à ce jour, j’ai dû leur fournir jusqu’ici 40 illustrations et je vous promets que cette 3e saison est fantastique. Les audiences sont certes encore moins bonnes que la saison 2 mais Heroes reste la série la plus regardée sur NBC ! Ils ne peuvent pas se permettre de la retirer de l’antenne. D’autant qu’il y a toujours un buzz autour de la série, Hayden et Milo font toujours parler d’eux, ça aide… Donc vous verrez bien 22 épisodes de Heroes cette année.

Mais on est loin des audiences des deux premières saisons…

Toutes les audiences sont à la baisse aux Etats-Unis vous savez. Hollywood a sous estimé les dégâts causés par la grève des scénaristes, les producteurs et les chaînes ont refusé d’écouter trop longtemps leurs revendications. Les gens ont encore moins regardé la télé, et la concurrence d’Internet n’arrange rien. Pour Heroes, ce qui me fait surtout peur ce sont les économies qui, à mon avis, pendent au nez de la série. Elle coûte beaucoup trop cher. C’est dans l’air… mais en même temps, Heroes souffrira énormément de se faire avec moins d’argent (donc moins de super pouvoirs à l’écran, vous suivez ? – NDJP).

Vous regardez d’autres séries télé ?

Ouais : Mad Men, How I met your mother et Entourage (et Tim Sale de me dévisager bouche bée, pétrifié par l’admiration, lorsque je lui raconte crânement ma petite discussion avec Adrian Grenier à l’ECC).

Bon Tim, c’est pas le tout mais on vous réclame à côté et j’ai planté Mme Praloud, je dois y aller. Allez pour la route, vos films de super héros préférés ?

Je dirais V pour Vendetta, Iron Man et The Dark Knight. En revanche je n’aime pas les Spider Man de Sam Raimi. Je n’ai jamais accroché à Tobey Maguire dans le rôle, les images de synthèse sont bien trop visibles et je trouve le personnage de Mary Jane assez gâché dans les trois films (ça va Sam ou il te faut encore un petit gilet pour l’hiver ? NDJP)
Pour info : l’exposition Tim Sale se tient à la galerie Arludik jusqu’au 22 novembre, au 12-14 rue St Louis en L’Ile 75004 Paris. Allez y de la part de JPFM, on vous servira une coupe de champ’. Non je déconne, mais allez y quand même, c’est vraiment chouette.

Et maintenant, place aux zenglish…

End of transmission…
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