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Il était une fois… Tom Fontana (Partie 1 : Les années St Elsewhere)

Il était une fois… Tom Fontana (Partie 1 : Les années St Elsewhere)

Tom Fontana, le père de Oz.

Tom Fontana, le père de Oz.

Pour certains, il est d’abord le créateur d’Oz et des Borgia. Pour d’autres, c’est surtout le scénariste de St. Elsewhere et le showrunner d’Homicide. Dans tous les cas, Tom Fontana est un des producteurs les plus fascinants de la télé américaine : un de ceux qui repoussent sans cesse les limites des séries. Alors que la saison 3 de Borgia est diffusée actuellement sur Canal +, plongeon dans un parcours étonnant.

La légende veut qu’il ait commencé à se lever à cinq heures du matin en débutant sur St Elsewhere et cette habitude ne l’a jamais vraiment quitté. En 2012, dans un entretien vidéo accordé à l’acteur Richard Belzer, il confirme d’un petit mouvement de tête que c’est toujours le cas. Cinq heures du matin, pendant dix mois. « Et souvent plus que ça », glisse-t-il avec un petit sourire aux lèvres.

Si la vérité (ou le diable : choisissez votre camp) est dans les détails, le parcours de Tom Fontana fourmille de petites infos et autres anecdotes de ce style. Comme les pièces d’un puzzle qui, une fois assemblé, en dit long sur la personnalité d’un homme qui dit souvent « avoir eu beaucoup de chance »… mais qui sait aussi ce qu’il veut.

« J’espère qu’on se souviendra de moi comme d’un croyant. Pas nécessairement quelqu’un qui croit en Dieu mais quelqu’un qui croit à ce qu’il fait et qui est attaché à la vérité des choses », confie-t-il au terme d’un entretien-fleuve (trois heures de vidéo !) accordée à Karen Herman en 2009 et disponible sur le site Archives of American Television.

La révélation devant Alice au Pays des Merveilles

Tom Fon

La vérité des choses et le goût du travail. La curiosité et la simplicité. S’il devait choisir les quatre éléments caractéristiques de son travail dans l’industrie télévisuelle, Fontana choisirait sans doute ceux-là.

Quatrième d’une famille de cinq enfants, né à Buffalo (Etat de New York) en 1951, Thomas Michael Fontana a appris l’importance du travail et de la simplicité dès son plus jeune âge. Fils d’un barman reconverti dans la vente de bière et d’une femme qui travaillait dans un hôpital, le petit Tom grandit dans un univers où les images et le récit tiennent une place de choix.

A la maison, la télé est toujours allumée ou presque. « Je regardais Defenders, une série qui s’intéressait à des sujets comme l’avortement et au blacklisting, et Naked City. J’adorais aussi la série Green Acres », raconte celui qui se souvient avoir été un gamin plutôt discret mais observateur. « Quand vous êtes le quatrième, vous regardez ce que font les autres et évitez de faire les mêmes erreurs ».

Le garçon se tourne très vite vers l’écriture. Le déclic ? Une représentation d’Alice au Pays des merveilles, au théâtre du coin. « C’est ce jour-là que j’ai découvert l’univers des dialogues. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire. C’est ce que je veux écrire. Et dès que je suis rentré à la maison, je me suis mis au travail ».

Dans sa tête, les choses sont claires : il sera auteur de théâtre. Pendant ses études à Buffalo State, le jeune homme se rapproche de cet univers. Devant la scène ? Derrière la scène ? Peu importe : l’essentiel, c’est d’en être. Même si c’est loin d’être facile.

Bruce Paltrow, ici avec sa fille Gwyneth.

Bruce Paltrow, ici avec sa fille Gwyneth.

 

La galère à New York et la rencontre avec Bruce Paltrow

« Ma famille n’avait aucune idée de ce qu’était le show business mais elle a toujours été d’un soutien sans faille. Au bout d’un moment, j’ai choisi d’aller à New York pour tenter ma chance et ils m’ont beaucoup soutenu, notamment financièrement ».

Il n’empêche : les temps sont durs pour Fontana. Surtout moralement. « J’étais un bien piètre auteur de théâtre, reconnaît-il dans l’entretien avec Karen Herman. Ce fut un vrai échec. Mais j’ai trouvé des petits boulots ».

L’un d’eux va changer sa vie, de façon assez cocasse.

L’été, Fontana quitte la Grosse Pomme pour rejoindre le Massachusetts. Sur place, il met en scène des pièces de théâtre avec une petite troupe, dans des locaux qui se trouvent non loin de la maison de Bruce Paltrow, producteur de télévision et père de l’actrice Gwyneth Paltrow.

« La maison de Bruce était au sommet d’une colline et le théâtre dans lequel je travaillais était au pied de cette colline», raconte Fontana. Pour aller ou partir de chez lui, il passait devant le théâtre. Il m’arrivait de discuter régulièrement avec lui et son épouse, l’actrice Blythe Danner. Un jour, elle est venue voir une de mes pièces avec ses enfants Gwyneth et Jake. Elle a dit de Bruce d’aller voir ça, que c’était vraiment bien. Ce qu’il n’a jamais eu le temps de faire.

« Je suis retourné à New York, où j’étais en charge du casting d’un soap opéra. Jusqu’à ce que Bruce ne me passe un coup de fil. Il me dit : « Viens à Los Angeles, pour travailler sur une série que je développe ». Et il précise : « Ne me dis pas non: Blythe est très en colère contre moi parce que je n’ai pas vu ta pièce ». Très sincèrement, je pense que s’il était venu la voir, jamais il ne m’aurait engagé. En fait, toute ma carrière est bâtie sur ce spectacle qu’il a raté! (rires) »

Sur le coup, pourtant, Fontana hésite un peu. La télé ? Pas franchement ce à quoi il se destine. « (Bruce) m’a demandé combien d’argent j’avais. Je devais avoir en tout et pour tout 5000 dollars sur mon compte. Il m’a dit « un épisode est payé 12 000 dollars ». Je me suis dit « Wow », et c’est comme ça que je suis parti à Los Angeles ».

MTM, son « université de la télé »

Le voyage va changer sa vie… et l’histoire de la télé américaine. La série en question, c’est St. Elsewhere, drama médical qui s’inscrit dans le prolongement de Hill Street Blues et préfigure Urgences.

Catapulté dans l’univers d’Hollywood, Fontana a l’impression d’être un chien dans un jeu de quilles. Humainement et professionnellement. Mais Bruce Paltrow ne lâche pas son jeune auteur.

« MTM (la société de production de St. Elsewhere, NDR) pour moi, c’était mon université de la télé. La première version de mon tout premier script faisait au moins 150 pages : c’était beaucoup trop long. Bruce m’a reçu dans son bureau et m’a dit « Ça tu coupes ; ici, tu n’a pas besoin de ce personnage… ». Il a été très patient ».

Rapidement, Paltrow devient le mentor de Fontana. C’est avec lui qu’il apprend son métier d’auteur et de producteur. Comment écouter les acteurs et leurs envies, comment assumer la responsabilité économique qui échoit également à chaque showrunner, etc.

L'équipe de St Elsewhere : au centre avec une barbe, Tom Fontana.

L’équipe de St Elsewhere : au centre avec une barbe, Tom Fontana.

Dans l’équipe de production de la série, il trouve également de vrais compagnons de route (les scénaristes John Tinker et John Masius, le réalisateur Mark Tinker) : peu à peu, le gars de Buffalo trouve ses repères dans la Cité des Anges. Pour produire une série qui fait date dans l’histoire du petit écran.

« Les années passées sur St. Elsewhere furent parmi les meilleures de ma vie. Nous travaillions dans un processus d’écriture très collaboratif (…) J’avais l’univers intégral de la série dans ma tête, on travaillait sur 6 à 8 épisodes en même temps. Si quelqu’un me parlait d’une scène entre Westphall (Ed Flanders) et Morrison (David Morse), je savais quand elle se passait ».

De son propre aveu, Fontana trouve sa voix. Son credo : ne pas simplifier, ne pas aplanir les choses. Une philosophie de travail qui colle à la logique de production de la MTM dans les années 80.

« Avec St. Elsewhere, j’ai appris à rendre la complexité de la vie dans une série. MTM, c’était un endroit formidable. C’était comme être sur un campus où se retrouvaient les étudiants les plus brillants. Il n’y avait pas que les gens de St. Elsewhere mais aussi ceux de Hill Street Blues : Jeffrey Lewis, David Milch, Anthony Yerkovitch…

« A côté de gens comme Bruce Paltrow ou Steven Bochco, les deux showrunners de ces séries, on avait l’air d’une bande de gamins. Quand Grant Tinker a créé la MTM, il n’a sans doute jamais imaginé qu’il avait fondé un studio où les auteurs trouveraient un respect qu’on ne leur avait pas donné jusqu’ici. Des conditions de travail que certains n’ont pas retrouvé après ça. L’héritage de la MTM, c’est sans doute d’avoir laissé des gens talentueux faire ce qu’ils savaient faire. Sans les entraver ».

Partir de L.A., pour ne pas se perdre

Autour des plateaux de St. Elsewhere, il trouve surtout un comparse : John Masius, futur créateur de Providence et producteur de Dead Like Me. St. Elsewhere provoque des réactions contradictoires ? Quand ils ont envie de décompresser, les deux trublions appellent les téléspectateurs. Pour papoter avec ceux qui aiment le show ou s’engueuler avec ceux qui râlent.

Le casting de Saint Elsewhere

Le casting de Saint Elsewhere

Une façon de gérer la pression, alors que la série est perpétuellement menacée d’annulation. Une constante dans la carrière de Fontana lorsqu’ils collaborent avec les networks.  À travers cette expérience, le jeune producteur comprend surtout qu’il n’est pas fait pour vivre à Hollywood.

« On rejoint souvent le show business par envie de prouver quelque chose. En devenant scénariste pour le télévision, j’ai très vite rencontré le succès : l’envie de prouver s’est vite estompée. Pendant ces années à la MTM, on essayait vraiment de faire quelque chose de grande qualité. C’était très positif, puissant à vivre. Il fallait écrire honnêtement et en pensant à ce qui nous intéressait profondément. (…) (Mais) je ne (pouvais) pas laisser le business me définir. Si vous les croyez quand ils vous disent que vous êtes formidables, vous les croirez quand ils vous diront que vous êtes nuls. Et ils vous le diront. C’est pour ça que j’ai choisi de repartir à New York ».

En 1988, juste après l’annulation de St. Elsewhere, Fontana participe à la production de Tattinger’s, un drama autour d’un bar avec Stephen Collins en tête d’affiche. L’aventure ne dure que treize épisodes. Le trio Paltrow/Masius/Fontana lance ensuite en 1991 Home Fires, une série centrée sur un couple et sa fille, mais le projet est annulé au bout de six épisodes. Cet échec marquera la fin d’une collaboration qui aura duré presque dix ans.

Un nouveau chapitre de la carrière de Fontana débute alors, lorsqu’il rencontre Barry Levinson pour lancer la production d’Homicide. Il en sera question dans le prochain épisode.

Retrouvez la deuxième partie ici et la troisième partie .

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