Top 10 Albums 2013 de Lordofnoyze

Top 10 Albums 2013 de Lordofnoyze

Les albums de mon Top 10 de cette année ont très peu en commun. A ceci près qu’ils brassent énormément d’influences, que ce soit directes ou indirectes, pour se forger leur propre identité. Et surtout qu’ils sont, à priori, des albums complets et pensés à écouter du début à la fin. Beaucoup d’artistes mainstream ont tenté de proposer des albums gargantuesques avec des pièces excédant les 7 à 8 minutes, ramenant le format album sur le devant de la scène (Justin Timberlake et les Daft Punk en premier).

Beaucoup de listes de fin d’année prennent le parti de classer leurs albums : par exemple, celle de Pitchfork voit Vampire Weekend dépasser Yeezus de Kanye West. Mieux encore : la liste des 50 meilleurs albums de Paste Magazine place l’album de Phosphorecent Muchacho à la première place, alors que Stereogum le met en lanterne rouge.  On s’éloigne de ce qui fait l’intérêt des listes, à savoir remettre l’accent sur des projets remarquables étant sortis cette année, et les critères de sélection tiennent plus de l’appréciation personnelle, elle-même dépendant de plusieurs facteurs. A tourné 150 fois sur son iPod= album de l’année. Les trois titres de tel album enterrent tout ce qui s’est fait dans le genre cette année ? ALBUM DE L’ANNEE ! La prestation live de X artiste à Y festival a rehaussé la valeur de l’album par rapport à tous les autres groupes que je n’ai pas…. Pu voir en live ? TOP 5, CERTAINEMENT !

Plutôt que passer par le casse-tête forcément imparfait et un peu prétentieux de les classer, je vous présente la liste sans classement, avec à mon sens le titre qui se démarque dans l’album. En rajoutant le clip si disponible.

J. Cole – Born Sinner

Dans une année rap US très prolifique, le rookie J. Cole a réussi à sortir du lot en produisant quasi-exclusivement son deuxième album, Born Sinner . L’outrecuidance de référencer directement Outkast ou encore A Tribe Called Quest (via « Forbidden Fruit ») aurait pu être un mouvement opportuniste, mais Cole trouve un moyen de l’incorporer à sa propre histoire. Born Sinner est très introspectif, et s’efforce de trouver une identité singulière, quelque part entre boom-bap et bounce à la Timbaland (qui a apparemment été consultant officieux sur l’album). Il confirme l’oreille perfectionniste du rappeur de Nouvelle-Caroline, qui le met sur la voie d’un certain Kanye West pour le côté multitâches.

Disclosure, Settle

Deux jeunes Britanniques quasiment inconnus ont pris la scène locale d’assaut, et se sont hissés tout en haut du mainstream à l’aide de prestations calibrées avec groupe live à travers l’Europe, mais aussi de clips assez inventifs ou controversés (comme Help Me Lose My Mind, retiré de YouTube). Settle est-il révolutionnaire ? Pas le moins du monde. Mais il démontre une assimilation certaine de vingt ans d’électro et dance music anglosaxonne, pour servir des hymnes imparables forts en infrabasses, et surtout accessibles sans en perdre leur intégrité. Les nouveaux premiers de la classe sont moins foutraques que le Basement Jaxx d’il y a 15 ans, et maintiennent un carnet d’adresses de chanteurs aussi disparate qu’efficace (Eliza Doolittle, Jamie Woon ou encore London Grammar). Settle est un tour de force absolument irrésistible, et compulsivement rejouable.

Mayer Hawthorne, Where Does This Door Go ?

Le soulman du Michigan s’est fait connaître grâce à deux albums de soul très ancrés dans le Motown des années 1960, aussi policés et bien produits qu’un peu poussiéreux à la longue. Arrive le troisième album, en plein milieu de l’été, qui l’affirme en tant que caméléon imprévisible poussant son falsetto dans les derniers retranchements. Assortiment de grooves et mélodies qui convoquent le spectre des Doobie Brothers et de Steely Dan, Where Does This Door Go? met un coup de pied dans la fourmillière et redistribue les cartes d’un artiste qui n’a pas hésité à ranger au vestiaire sa panoplie de séducteur pour apporter de la perspective à son songwriting (« Reach Out Richard » en premier exemple).

Kanye West, Yeezus

Album le moins bon de la carrière de son « humble » géniteur ? Certainement . Pot-pourri brouillon et jouissif convoquant punk, prog-rock, techno made in Chicago et trap music ? Absolument. Yeezus est un album clivant par nature, aussi sous-produit et bordélique que le précédent était Byzance. Des rugissements inauguraux de « On Sight » aux chœurs élégiaques de « Bound 2 » (à la vidéo aussi prétentieuse que fiasco de multiples fois parodié), Yeezus est un album cherchant la réaction de l’auditeur aux tripes, voire en-dessous. Les excès du personnage, ici décuplés par un Rick Rubin cherchant toujours la substantifique moelle des titres sur lesquels il travaille, ne parviennent pas à faire oublier le producteur intelligent et attentif. Ainsi, les beats de Yeezus, encore fruits d’un parterre de producteurs, sont présentés et mixés avec goût et amour. A son corps défendant, Kanye se retrouve donc dans mon Top 10 de l’année. Ce qui devrait le ravir. Ou le lancer dans un nouveau clash avec Jimmy Kimmel. Les deux sont valables.

 Run The Jewels, Run The Jewels

Le groupe fondé par Killer Mike et El-P retrouve les deux compères en territoire artistique familier. En effet, Run The Jewels multiplie l’arsenal convoquant le Ice Cube de 1991 à la table entamé brillamment avec R.A.P. Music en 2012. Dix grenades dégoupillées comme autant d’hymnes à B-Boys, aussi concises qu’élevées par la production d’El-P qui n’a jamais été aussi aiguisée. « Un putain de miracle de Noël » : on ne peut pas dire mieux.

 

Janelle Monáe, The Electric Lady

Deux suites comme un prolongement exemplaire et excitant de l’odyssée « Metropolis », épopée de science-fiction funky initiée voici quatre ans par la chanteuse du Kansas. Epaulée par ses deux producteurs, Nate Wonder et Chuck Lightning, Miss Monáe brasse quarante années de soul, funk et hip-hop en assumant ses références, mais en gardant une volonté d’acier : celle de rallier l’auditeur à sa cause. Plus accessible que son prédécesseur, The Electric Lady comporte néanmoins son comptant de séquences frisson et se hisse sans peine au-dessus de la mêlée des projets de l’année. (Lire ma critique)

 James Blake, Overgrown

Jamais crooner anglais n’aura autant maltraité sa voix et n’en aura sorti de l’or. James Blake est adepte des intonations jazzy sans filet, et de rythmiques étouffées. En une poignée de titres, Overgrown parvient à confirmer entièrement le potentiel du bonhomme, entre hypnose et structures pop plaintives et entêtantes.

 Daft Punk, Random Access Memories

C’est là où la liste prend des atours prévisibles. Mais soyons francs, quel album contient à la fois l’hymne de camping music de l’année, scie aguicheuse surjouée par radios, pubs et bande-son de remplacements (« Get Lucky », le nouveau « I Got A Feeling » en un peu plus compétent donc), et  un hommage au Phantom of The Paradise de Brian de Palma sur la piste précédente (« Touch », featuring Paul Williams). Le trip vintage des deux Français est un album gargantuesque, un rêve mouillé de producteurs qui n’a aucune gêne à être un peu kitsch ou ennuyeux (« Within », anyone ?) et être funky et opératique la piste suivante (« My name is Giovanni Giorgio, but everybody calls me Giorgio ». Vous connaissez la suite.) Random Access Memories a eu le don d’ubiquité en 2013, ce qui justifie (approximativement) son placement ici.

 

Toro Y Moi, Anything In Return

Un des albums les plus classieux de l’année, Anything In Return est une passerelle entre jazz à la Roy Ayers, fusion, dance, soul et pop. Les mélodies assez spontanées de Chaz Bundick prennent pour inspiration la pop moderne tel qu’un Pharrell ou Phoenix pourraient la fredonner, mais ont une science de l’arrangement qui les mettent dans une classe à part. Sans nul doute l’album chillout de l’année.

 Boards Of Canada, Tomorrow’s Harvest

Beaucoup plus abscon que le Daft Punk, le dernier Boards Of Canada est un collage absolument fascinant, venant ajouter à la mythologie d’un tandem reclus mais gardant un oeil sur la qualité depuis leurs débuts au milieu des années 1990. Une odyssée atmosphérique qui redonne grandiloquence et nuance à l’electronica, avec des passages plus pop (« Nothing Is Real »). Une des plus belles expériences auditives de l’année, en tout cas ma plus belle de l’année.

MENTIONS HONORABLES :

-Mac Miller, Watching Movies With The Sound Off

-Pusha T., My Name Is My Name

-Dom Kennedy, Get Home Safely

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