Top 5 des comic books lus par ma femme [guest star : Suzy Dumeur]

Top 5 des comic books lus par ma femme [guest star : Suzy Dumeur]

Columbo

Salut c’est moi le lieutenant Columbo. Quand je ne suis pas en train de résoudre une enquête, j’aime bien être chez moi à lire des bd et vous savez quoi ? Ben quand on se fréquentait au début avec ma femme, des bd elle n’en lisait pas. Enfin elle avait lu des trucs classiques comme Astérix, et puis elle aimait bien lire les bd de Grimmy vous savez le chien tout jaune. Mais des comic books ça, elle n’en avait jamais lu.

 

Elle avait des préjugés vous voyez. Oh ce n’était pas bien méchant hein, mais tout de même je me disais qu’elle passait à côté d’histoires qui lui plairaient beaucoup. Alors petit à petit je lui en ai parlée, je lui racontais un peu les histoires, lui montrait les albums et les dessins. Et ben vous savez quoi ? Elle a sauté le pas ! Elle a commencé à en lire et maintenant elle en lit régulièrement. Même qu’elle m’en a fait connaître. Si c’est pas marrant ça !

 

Bref, me voilà il y a quelques jours à devoir concevoir un top pour aujourd’hui. Ça cogite, ça cogite et paf l’idée arrive. Pourquoi je ne ferais pas un top des comics préférés de ma femme ? Ça pourrait donner des idées de lecture à ceux qui en cherchent pour eux ou bien leurs compagnons ou compagnes ? Ça ne sera pas une liste définitive et gravée dans le marbre bien sûr, mais des suggestions d’œuvres qui pourraient vous plaire. Bon alors ça marche comme ça, je fais les présentations et ma femme vous dit ce qu’elle en pense. Vas-y chérie !

 

Bon ça y est j’ai le droit de causer ? Alors, avant de connaître mon mari j’étais nulle. Je tombais dans les enfers avec Raskolnikov, je rêvais d’élever des lapins avec George et Lennie, je m’émouvais pendant des centaines de pages sur la jolie personne de Clélia Conti, bref c’était la fête à la maison. Et un jour il m’a mis dans les mains son aham… euh un joli comic plein d’images et forcément avec ça, je ne pouvais plus résister. Aux comics bien sûr. Vous me suivez dans le fond ? Alors mon dépucelage du comics s’est fait avec… tadam ! Preacher ! Mais que je ne mettrai pas en preums dans mon Top 5, va falloir attendre le numéro 2 bande de petits impatients !

 

Maus

5. Maus d’Art Spielgelman

 

Chef d’œuvre de la bande dessinée écrit par Art Spielgelman, Mauss est un double récit : celui d’un homme qui tente de régler ses problèmes avec son père et celui de ce dernier qui nous raconte sa vie de juif polonais survivant des camps de concentration.

 

Ma dernière lecture. Tout pour me plaire sur le papier : un vieux, des histoires de vie transmises au fils, des relations familiales continuant à se construire sur fond de Shoah… et tout pour me plaire en vrai ! Le dessin est beaucoup moins léché que dans les œuvres suivantes et c’est tant mieux, la simplification du trait (et le noir et blanc) aide énormément à appuyer le récit. Des animaux ici symbolisent les personnages : les souris pour les personnes de confession juive, des chats pour les Allemands, des cochons pour les Polonais, des chiens pour les Américains… Via l’utilisation de masques (est-il si simple de trouver une caractéristique, une étiquette pour tout le monde ?), l’un peut passer dans « le camp » de l’autre et inversement, rien n’étant tranché en ce qui concerne l’espèce humaine (pour illustrer mes propos, référez-vous au passage de l’auto-stoppeur…). Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce comics, c’est que cela ne dégouline pas de pathos et que cela reste un authentique témoignage de personnes ayant survécu dans les conditions inhumaines que nous connaissons tous maintenant. Là aussi il est impossible de caricaturer ou de mettre tout le monde dans le même sac dans le vécu de l’Holocauste : chaque expérience étant personnelle, l’auteur – et fils du « personnage principal » – s’attache (s’acharne) à rendre la plus exacte possible, la vie de son père avant, pendant et après la persécution sournoise des personnes de confession juive, puis sa détention en camp de concentration.

 

Mais comment faire pour retranscrire cela en étant le plus fidèle possible, sans trahir personne et surtout sans l’avoir vécu soi-même (l’auteur est né en 1948), tout cela à travers le prisme d’une relation père/fils parfois pathologique ? Cet hommage désespéré rendu par le fils témoigne de sa propre culpabilité à avoir survécu à la Shoah, et finalement celui qui s’en sort le mieux n’est pas celui qu’on croit…

 

Maus prend le contre pied parfait des idées toutes faites que l’on peut se faire sur cette période terrible de l’Histoire.

 

Bêtes de somme

4. Bêtes de somme d’Evan Dorkin et Jill Thompson

 

C’est un peu X-files et Men In Black au pays des clébards mais c’est bien plus que cela. Écrit par Evan Dorkin et dessiné par Jill Thompson (dont nous avions déjà chroniqué son très beau Scary Godmother), Bête de Somme raconte les aventures d’un groupe de chiens vivant dans le quartier de Sommers Hill et devant affronter des phénomènes paranormaux.

 

Je rebondis sur mon homme, ou plutôt sur sa métaphore fort intéressante. Imaginez Fox Mulder et Dana Scully se sentir le trou de balle quand ils sont nerveux, laper l’eau des WC (oh Grimmy!) et en parallèle intégrer le clan des sages bergers défendant les animaux de la ville contre les forces occultes, et ce, au péril de leur vie. C’est un peu ça Bêtes de somme. Dans la troupe il y a Bégueule le beagle, Carl le carlin qui passe son temps à grogner, Dobey le doberman trouillard, Cador le Husky siberian fidèle et téméraire, et aussi le chat Sans-Famille qui rejoindra le groupe de clébards après des débuts un peu difficiles, et d’autres bêtes à quatre pattes encore.

 

Bêtes de somme c’est un comic parfois très drôle dans les répliques entre animaux (Carl c’est un peu moi en chien, il sort 8 sarcasmes à la seconde et des jurons à la pelle comme dans un film de mafieux  : « vous avez tous bu l’eau des toilettes ou bien ? » ou encore « nom d’une pâtée moisie ! »), et les situations parfois cocasses, mais c’est surtout une œuvre qui vous pique de l’intérieur quand elle aborde le sujet du deuil. Vous me voyez venir ? C’est que j’ai quelques obsessions dans la vie… N’ayez pas le moral en berne quand vous attaquerez l’histoire du jeune homme retrouvé dans la niche de Cador, ou encore celle de Welma, la braque de Weimar qui cherche ses petits ; cette dernière m’a littéralement vrillée le boyau cardiaque en deux, y compris à la deuxième lecture alors que je savais déjà ce qui se passerait…

 

Bêtes de somme est une très belle œuvre, délicate et sobre dans son traitement des affaires dramatiques, qui vous laissera un petit quelque chose d’apaisé et de mélancolique dans le cœur quand vous aurez refermé le volume.

 

The Goon

3. The Goon d’Eric Powell

 

C’est le bébé d’Eric Powell. Crée en 1999, The Goon raconte les aventures d’une brute épaisse et d’un sosie de Joe Pesci tendance les Affranchis, tous deux mafieux dans une ville remplie de monstres, de démons, de vampires, de créatures bizarres mais surtout de zombies. Composé de récits courts et hilarants au départ, The Goon va évoluer peu à peu vers une ambiance dramatique très intense en même temps que Powell développera et diversifiera son trait et son dessin.

 

J’ai beaucoup hésité entre Preacher et The Goon pour mon classement personnel. D’un côté, on a ma madeleine du comics, de l’autre, une grosse attache affective à l’univers foisonnant et multicolore d’Eric Powell. Considérez donc qu’ils sont ex aequo, mon cœur balance trop.

 

Au début je lisais The Goon de façon un peu légère, peut être parce que le ton des premiers tomes s’y prêtait bien. Et puis doucement, sans que je m’en rende trop compte, je me suis retrouvée littéralement attachée aux personnages de ce comic, à m’inquiéter pour eux dans leurs aventures autant drôles que dramatiques, et à les aimer outre mesure comme s’ils faisaient partie de mon entourage. C’est que j’ai un petit cœur tendre, tout comme le Goon, et ça ne se voit pas derechef derrière notre gouaille tapageuse. Et il y a quelque chose qui m’attire encore plus dans les œuvres de Powell (j’ai eu le même coup de cœur pour Chimichanga), c’est la gouaille justement, la façon dont il fait parler ces persos tous plus truculents (mais jamais superficiels) les uns que les autres : ses répliques ne font pas dans la dentelle mais sont ciselées dans du marbre, découpées à la machette dans des joutes verbales qui me font pâlir d’envie. Powell c’est beaucoup le monsieur Audiard du comic book, si la profane que je suis peut se permettre.

 

Mention spéciale au Busard, qui ne supporte pas d’être appelé comme ça mais qui ne se rappelle plus son nom, c’est un vieux (voilà on y vient encore) qui n’en peut plus de ne pas pouvoir mourir, une sorte de lonesome cow boy dont les pensées mériteraient d’être lues plus souvent, et d’ailleurs je vais me faire plaisir en concluant ce numéro 3 avec l’une d’elles : « Au fil des ans les choses deviennent ordinaires. Les couleurs perdent leur vivacité. Les étoiles perdent leur éclat. Tu deviens moins impressionné par le monde. Il perd sa magie. Je ne trouve pas ça pénible. Je pense que c’est une bénédiction. Je crois que c’est juste pour que ce soit plus facile de tout abandonner lorsque vient le moment de mourir. Mais quand on a vécu aussi longtemps que moi, le poids des années et le lustre terni du monde peut te briser. Et c’est dur d’être vivant et d’être autant brisé ».

 

Preacher

2. Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon

 

Ça c’est le piège ! Un véritable traquenard ! C’est un comic remarquable, probablement une des meilleures séries de son époque et d’aujourd’hui. Malheureusement, avec la cession des droits du catalogue Vertigo de Panini à Urban, la série est en attente de ré-édition. Les volumes sont donc difficilement trouvables à des prix abordables. On attend donc vivement la nouvelle édition des aventures de Tulipe la tueuse à gage, de Cassidy le vampire irlandais et surtout du prêtre Jesse Custer qui est devenu l’hôte de Genesis une entité née des amours d’un ange et d’un démon. Apprenant que Dieu a quitté son poste, il décide avec ses deux compagnons de partir à sa recherche et la quête ne sera pas de tout repos.

 

 

On en arrive donc à mon dépucelage. Il a bien fait de me travailler au corps mon mari, parce que franchement, je voyais plutôt d’un mauvais œil tous ces trucs qu’on n’appelle même pas des livres, et qui pervertissent la jeunesse avec toutes ces images. S’il n’y a pas des phrases de 28 lignes décrivant l’avant bras d’une jeune fille pubère, le tout parsemé de points virgules, c’est que c’est nul ! Bon et il y a eu Preacher. Et ma foi, en matière de dialogues, je n’ai pas été déçue, ni en ce qui concerne les personnages d’ailleurs : Preacher, c’est un peu la Bible écrite par un scatophile pervers. Un genre de drame mystique (mythique?) dans l’Amérique profonde, créé sous acides à coup de sang, de sodomies (c’est une des pratiques les plus softs d’ailleurs du comic, mais je ne cherche pas là à attirer plus de visiteurs sur le site…), et avec des persos tous plus tordus et malsains les uns que les autres.  L’Amérique profonde disais-je, très profonde même. Une vraie brochette de dégénérés dans laquelle survivent et surnagent nos deux héros préférés, Jesse Custer et Tulip, qui constituent l’un des plus beaux couples qu’il m’ait été donnée de voir dans la littérature (voyez, maintenant je dis « littérature » pour causer des comics, j’évolue).

 

A la vie, à la mort. Tiens, on y revient.

 

Daytripper

1. Daytripper de Bà Gabriel et Moon Fàbio

 

Ecrite et dessinée par les frères Bà Gabriel et Moon Fàbio, Daytripper va nous raconter en dix épisodes la vie et les morts de Brás de Oliva Domingos qui travaille pour un quotidien de São Paulo pour qui il écrit des chroniques funéraires.

 

Celui là je n’en suis pas peu fière. C’est devenu mon livre de chevet et un cadeau que mon mari et moi offrons régulièrement aux gens que nous aimons (toi qui me lis, si on t’aime, tu sais déjà ce que tu vas avoir comme cadeau plus tard ! Bon si on t’offre une Rolex ou des chocolats, c’est aussi qu’on t’aime d’accord ?). Quand je l’ai lu, j’avais une culture un tout petit peu plus conséquente des comics, et même que c’est MOI qui ai demandé à mon mari de l’acheter dans son lieu de perdition favori.

 

J’aime autant vous dire que cette découverte m’a fait l’effet d’un uppercut dans le cœur, le tout combiné à des guilis guilis dans le ventre. Il n’y a pas 15 000 façons pour me convaincre de m’intéresser à une œuvre : mettez des vieux, de la transmission filiale, une bonne histoire de famille, de la mort (et des animaux aussi, mais là c’est un autre sujet), et là y’a de fortes chances que je vous mange dans la main. Daytripper c’est tout ça mais en mieux : dès le deuxième numéro, vous comprenez que le personnage principal, Brás, va mourir à chaque fois ; mais que ces morts successives à des âges et à des moments différents ne seront pas vaines, ni déprimantes voire même attendues, puisque de cet aspect inéluctable en sortira une magnifique histoire de vie. Brás pensait n’écrire que sur la mort, au final il ne rendra hommage qu’à la vie.

 

Une très belle ode sur l’existence qui vous réconciliera – un peu – avec la grande Faucheuse.

 

 

Sinon, puisque mon mari m’a introduite, je me disais que je pourrai peut être conclure ? J’ai passé de très bons moments avec des comic dans les mains, et j’en passe et passerai encore plein d’autres c’est certain, et j’ai beaucoup aimé écrire ce texte à 4 mains en la meilleure compagnie du monde ; j’espère que vous aurez pris plaisir vous aussi à cette lecture. A bientôt !

 

Le blog de Suzy Dumeur : http://www.billets-dumeur.fr/

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