Top 5 des films bibliques auxquels on ne pense jamais (ou presque)

Top 5 des films bibliques auxquels on ne pense jamais (ou presque)

Adam et Eve 2

Quand on évoque le film biblique, les titres qui viennent d’abord à l’esprit sont plutôt Les Dix commandements ou Ben-Hur. A l’occasion de la sortie de Noé, revenons sur cinq spécimens méconnus, méprisés ou oubliés de ce sous-genre du péplum.

 

5. Sodome et Gomorrhe (1962)

De Robert Aldrich et Sergio Leone

Le générique de la copie française télédiffusée de Sodome et Gomorrhe crédite Robert Aldrich et Sergio Leone à la co-réalisation. Assez naturellement vous vous dites que la rencontre de ces deux génies du cinéma, l’un confirmé (s’il n’a pas encore atteint son apogée, Aldrich a notamment déjà réalisé Kiss Me Deadly), l’autre en devenir (Leone ne tournera son premier western que deux ans plus tard), ne pouvait qu’accoucher d’un film exceptionnel. Il est, en effet, exceptionnellement ennuyeux.

"Amenez-moi Solcarlus !" (Anouk Aimée)

« Amenez-moi Solcarlus ! » (Anouk Aimée)

Au fil de 2h30 de pudding biblique racontant les mésaventures de l’orgueilleux Loth (Stewart Granger) jaillissent tout de même quelques pépites comme la bataille autour du barrage ou la destruction finale de cet empire du vice bien chastement filmé, et Anouk Aimée est superbe en reine des Sodomites, mais c’est finalement assez peu. Non, ce qui fait tout le sel de cette coproduction américano-italienne reste le procès retentissant qu’Aldrich remporta contre la firme italienne Titanus, qui dût alors lui restituer la paternité du film. Il s’avère en outre que Sergio Leone n’était que réalisateur de seconde équipe et fut viré assez rapidement au début d’un tournage particulièrement pénible dans le désert marocain où le budget du film explosa. Une catastrophe non pas divine, mais industrielle.

 4. Golgotha (1935)
Ecce Robert Le Vigan.

Ecce Robert Le Vigan.

De Julien Duvivier

Voici un cas rare de superproduction biblique à la française. Mouvements de foule, casting prestigieux, décors monumentaux, musique agrémentée de chœurs vaporeux… tout y est ! Avec cette première évocation sonore des derniers jours de la vie du Christ – la précédente, muette, était Le Roi des rois de Cecil B. DeMille en 1927 – Duvivier ne recule devant aucune emphase de mise en scène. En cela, il illustre les différentes étapes qui mènent Jésus de Nazareth à son avant-dernière demeure en se mettant au diapason de son interprète, le génialissime Robert Le Vigan en pleine transe mystique, sur le visage duquel semble défiler toute l’iconographie ecce homo de la Renaissance. Aujourd’hui facilement réductible à une dimension kitsch d’ailleurs pas si ostensible que ça, Golgotha est également passionnant dans son approche consciencieuse des enjeux politiques qui lient Hérode, le Sanhédrin et Ponce Pilate, préfet de Judée interprété par Jean Gabin dont c’est, à notre connaissance, la seule apparition en jupe.

 

"Moi aussi je suis un aventurier de l'arche perdue." (Richard Gere)

« Moi aussi je suis un aventurier de l’arche perdue. » (Richard Gere)

3. Le Roi David (1985)

De Bruce Beresford

On n’y pense pas souvent, à celui-ci. Et on n’a pas totalement tort car ce n’est franchement pas un bon film, avec sa voix off qui ânonne sentencieusement les versets correspondant à chaque nouveau chapitre de la vie de ce jeune berger devenu roi d’Israël, interprété par Richard Gere (nommé à cette occasion pour le prestigieux Razzie du pire acteur). Néanmoins ce second film américain de l’Australien plan-plan Bruce Beresford tranche à la fois par son anachronisme et son aspect “novateur”. Pouvait-on en effet faire plus incongru qu’un péplum en 1985, genre qui en ces années-là était à peu près aussi moribond que le western et ce malgré ses multiples tentatives de reconversion en heroïc-fantasy ? Pourtant, par-delà la platitude de sa réalisation, Le Roi David surprend par son approche réaliste où les acteurs ne sont pas tout proprets et où les cahutes sont bâties en pierre et non en carton-pâte. Pas de quoi relancer l’industrie de la sandalette certes, mais peut-être que Mel Gibson ne serait pas allé aussi loin dans l’ultra-réalisme de La Passion du Christ si ce roi-là n’avait déblayé le terrain 20 ans auparavant. Peut-être.

 

Salome et un Jean Baptiste pas très catholique.

Salome et un Jean Baptiste pas très catholique. (Imogen Millais-Scott et Douglas Hodge)

2. Salome’s Last Dance (1988)

De Ken Russell

Londres, fin du 19e siècle, Oscar Wilde assiste à une représentation privée de sa pièce censurée Salome’s last Dance, inspirée de l’épisode de la Bible qui coûta la tête à Jean le Baptiste. Plus exubérant que jamais, Ken Russell fait honneur à Wilde en poussant tous les curseurs à leur maximum : Salome tortille des nichons, Salome mange une banane, Salome relève sa jupe et s’assoit sur le visage d’Hérode après qu’on a bien vu qu’elle ne portait pas de culotte, etc, etc. Passant de la scène à la salle, le cinéaste réalise sans doute moins un film biblique, ni même une adaptation de la pièce, qu’un hommage à ce théâtre en lequel il voyait un geste politique et libertaire, et qui le passionnait au point de jalonner toute son œuvre (voir par exemple la séquence d’ouverture des Diables). Il est donc assez naturel que Salome’s Last Dance ne vienne pas immédiatement à l’esprit quand on évoque le sous-genre qui nous occupe ici, mais il reste tout de même réjouissant de voir une dernière fois passer la queue de la comète du cinéma baroque et psychédélique anglais dont Ken Russell fut le meilleur représentant, et dont Peter Greenaway n’est aujourd’hui qu’un pâle rejeton.

 

Adam Eve Affiche1. Adam et Eve, la première histoire d’amour (1983)

De Enzo Doria et Luigi Russo

Voilà un film auquel on ne pense jamais, et c’est bien dommage. Plus connu des théologiens cinéphiles sous le titre Adam and Eve vs The Cannibals, ce fleuron du bis italien commence par suivre  à la lettre les premiers chapitres de la Genèse avant d’extrapoler un tant soit peu ce qui arrive à nos deux tourtereaux, interprétés par le bellâtre Mark Gregory (Les Guerriers du Bronx, Tonnerre) et Andrea Goldman, dont c’est la seule prestation à l’écran et on comprend pourquoi. Or donc, l’Eternel fit l’Homme à son image et celui-ci apparut sortant d’une espèce de placenta géant posé là, puis il se promena sur une plage. Comme il s’ennuyait, il prit du sable et, au lieu de faire des châteaux comme tout le monde, sculpta une femme qui vint alors à la vie. Les voici désormais deux, ils sont beaux, nus, innocents et ils parlent italien. Ils passent alors leur temps à se balader dans un paradis qui ressemble à Jardiland avec sa pelouse impeccablement entretenue, ses oiseaux fabuleux sifflotant sur des branches et ses plantes de toutes les couleurs harmonieusement disposées par un Tout-Puissant paysagiste à ses heures, c’est magnifique. Adam et Eve (oui maintenant on sait qu’ils s’appellent comme ça parce qu’ils se parlent entre eux) vivent en harmonie avec des stock shots d’animaux sauvages en train de s’accoupler. Et si devant ce spectacle Eve se mordille discrètement la lèvre inférieure en se caressant un téton, il n’y a pas de mal car elle est pure et innocente.

"Moi Adam, toi Eve." (Mark Gregory et Andrea Goldman)

« Moi Adam, toi Eve. » (Mark Gregory et Andrea Goldman)

Seulement, comme une conne, convaincue que c’est le meilleur fruit du monde par un serpent télépathe alors qu’elle sait très bien, Adam le lui a dit, qu’il est interdit d’y toucher, elle mange une pomme. Du coup Adam a aussi envie d’y goûter et ils finissent par s’accoupler comme des animaux sauvages, c’est magnifique. Et là tout fout le camp, et ils se sentent obligés de se fabriquer des slips avec des feuilles (heureusement plus tard Adam se battra contre un ours en peluche et ils pourront se faire des slips en fourrure car ils commence à faire frisquet maintenant que Dieu est fâché). Surtout, ils vont devoir survivre, chasser, se battre, et le coin est plutôt mal fréquenté par des gens qui grognent au lieu de parler italien, ambiance Guerre du feu. Heureusement le couple originel va connaître le véritable amour, celui avec des scènes de ménage dedans, et enfanter une descendance de sept milliards d’individus à ce jour. Mais ça, c’est une autre histoire…

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