Top 5 des films de Lelouch à voir en boucle (ou presque)

Top 5 des films de Lelouch à voir en boucle (ou presque)

claude-lelouchA l’heure où son 42e long métrage, Salaud on t’aime, sort en salles, vous vous demandez sans doute ce que Claude Lelouch peut bien venir foutre sur Daily Mars. Je comprends votre étonnement. 

Il est vrai que la majeure partie de l’œuvre de ce paria de la Nouvelle vague se prête au ricanement tant sa philosophie… comment dire… de la vie quoi, laisse parfois perplexe. Et puis sa mise en scène est aujourd’hui et depuis bien longtemps criblée de tics qui ne sont plus que la caricature d’un style. Et pourtant Pourtant, ne l’oubliez jamais, Tarantino est un inconditionnel du Voyou et Kubrick considérait La Bonne année comme un chef d’œuvre ! 

Top 5 des films de Lelouch qui, s’ils ne sont pas exempts de défauts, méritent tous d’être vus. Et revus.

5. Un autre homme, une autre chance (1977)

LelouchHommeChance Trois ans avant Michael Cimino, Lelouch faisait son Heaven’s Gate à lui en racontant la saga de parisiens fuyant la misère des premiers temps de la Troisième République pour s’en aller à la conquête de leur part d’Amérique. Tourné en Arizona dans une photo vaguement sépia assez malvenue, Un autre homme, une autre chance, même s’il se frotte sans complexes aux mythes américains, ne parvient jamais à embrasser les paysages du Grand Ouest dans leur beauté, leur majesté ou leur dimension expressionniste. Si la greffe du style Lelouch, avec sa part d’impro et ses aphorismes un peu neuneus, a du mal à prendre, de nombreux plans virtuoses marquent l’esprit, surtout lorsqu’ils sont tournés dans des espaces confinés (ce qui n’est décidément pas l’apanage du western). Voyez par exemple ce plan-séquence qui commence caméra à l’épaule par un suivi de James Caan traversant un dédale de pièces étroites pour se terminer sur une grue à quinze mètres de hauteur. Et oui vous avez bien lu, ce film bancal et très étonnant réunit autour de Geneviève Bujold un melting pot d’acteurs français et américains parmi lesquels Francis Huster, Richard Farnsworth, Jacques Villeret et Michael Berryman. Avec de tels comédiens, c’est un peu comme si Lelouch s’entourait de Ford et de Craven. Wes, pas Georges.

 

4. L’Aventure, c’est l’aventure (1972)

LelouchAventureL’âge d’or du cinéaste. Fatigués de braquer des coffres vides et de mettre sur le trottoir des prostituées revendicatrices qui font grève pour un oui pour un non, cinq voyous un peu minables (Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner, Charles Gérard et Aldo Maccione) prennent conscience que les temps ont changé et décident de se lancer dans l’escroquerie de haut vol. Portrait d’une France pompidolienne en mal de libertés, L’Aventure, c’est l’aventure prône un hédonisme cynique et amoral très réjouissant, même s’il paie aujourd’hui son âge par une certaine ringardise (Aldo la classe, tout ça). Inégal et décousu, cet immense succès public ménage plusieurs moments désopilants comme la scène de la rencontre entre Lino et Aldo, ainsi qu’une avalanche de dialogues brillantissimes. A des révolutionnaires qui tentent de les convaincre des bienfaits du marxisme, un des escrocs répond : “Vous savez nous, de Marx, on a surtout retenu la notion de capital”. On ne s’en lasse pas.

 

3. Roman de gare (2007)

LelouchRomanL’automobiliste qui recueille une jeune femme sur l’autoroute est-il le Magicien, ce tueur en série en cavale dont on parle à la radio, ou un écrivain en mal d’inspiration à la recherche de nouveaux personnages pour son prochain roman ? Faux-semblants, manipulation et contrepied… une fois n’est pas coutume Lelouch bénéficie d’un scénario solide, remake d’un de ses premiers films intitulé L’Amour avec des si, qu’il maintient tendu d’un bout à l’autre. En évitant les envolées digressives parfois embarrassantes qui parsemaient sa filmo depuis au moins vingt-cinq ans, le réalisateur retrouve son proverbial sens du rythme et ne charge pas trop celui de l’humour, notamment grâce à Dominique Pinon dans un contre emploi très bienvenu. Un des derniers Lelouch est aussi un de ses meilleurs, qui l’eût cru ?

 

2. La Bonne année (1973)

LelouchBonneAnneeOn imagine que ce qui a séduit Kubrick dans cet autre grand succès de Lelouch c’est la mise en place méticuleuse, presque tatillonne, du braquage de bijouterie qui constitue l’intrigue principale du film, et qui résonne nettement avec la démarche du réalisateur de The Killing. S’éloignant des conventions du film de casse qui a pour habitude de montrer la répétition avant l’exécution afin de mieux préparer le spectateur, La Bonne année n’abat ses cartes qu’au fur et à mesure, préférant ménager la surprise plutôt que faire monter le suspense. L’histoire d’amour qui s’invite dans l’opération, et qui – on ne se refait pas – intéresse davantage Lelouch, semble annoncer le traditionnel grain de sable. Mais le réalisateur sait habilement se jouer de cette autre convention du genre et, s’il concède parfois grossièrement au populisme (la scène du dîner opposant intellos snobs et prolos), retrouve aussi la légèreté et l’ironie de L’Aventure, c’est l’aventure, tourné un an auparavant.

 

1. La Vie, l’amour, la mort (1969)

LelouchLavie1Le chef d’œuvre de Lelouch. Marqué très tôt par la vision de Nous sommes tous des assassins, le réalisateur s’attaque, près de vingt ans après Cayatte, au sujet de la peine de mort. Il vient alors de tourner plusieurs documentaires (dont le fameux 13 jours en France sur les JO d’hiver de Grenoble) et conserve cette même approche pour brosser le portrait d’un condamné à mort qu’il n’est pas question de voir s’échapper. Privilégiant sans cesse le plan accidenté, le bafouillage, la petite maladresse qui va ajouter au réalisme, ce ton documentaire dialogue avec un travail plastique sur le rapport entre image et son, ayant pour effet d’immerger le spectateur dès l’ouverture du film dans une scène de filature qui dure près d’une demie heure. On est dès lors ancré au devenir de ce personnage impeccablement interprété par Amidou, acteur fétiche de Lelouch, et prêts à constater avec quel degré de cruauté la justice s’apprête à orchestrer la mise en scène de la mort. L’effet est saisissant et provoque une empathie envers le coupable, aussi impénétrable et monstrueux soit-il, que seul In Cold Blood de Richard Brooks avait jusque-là réussi à susciter.

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