Top 5 des grossesses douteuses au cinéma

Top 5 des grossesses douteuses au cinéma

Rosemary1A l’occasion de la sortie cette semaine sur les écrans de l’atroce found footage qui fout la gerbe avec sa caméra complètement hystéro, j’ai nommé The Baby, penchons-nous sur cinq cas mémorables de grossesse douteuse au cinéma.

Attention nous parlons bien du fait d’attendre un enfant plus que de le mettre au monde, le critère de sélection restant l’intérêt cinéphile de la gestation.

 

 

 

 

 

 

Baby Blood affiche5. Baby Blood (1990)

De Alain Robak

Assistante-dompteuse dans un cirque itinérant du nord de la France, Yanka est enceinte de quelques semaines à peine lorsqu’un parasite en forme de grosse limace, qui squattait jusque-là un fauve capturé en Afrique, s’installe confortablement dans son utérus pendant son sommeil. Là, fusionnant avec le fœtus, la bestiole entretient une touchante conversation intérieure avec la jeune femme durant toute sa grossesse, et réclame à corps et a cris que son hôte consomme les litres de sang nécessaires à son bon développement. Passées les premières minutes qui préfigurent le Braindead de Peter Jackson, on se rend vite compte que le film, elliptique, bancal, alignant une pléiade de seconds rôles qui surenchérissent de pitreries, est surtout l’occasion de montrer l’agreste Emmanuelle Escourrou sous toutes ses formes et de balancer du gore comme s’il en pleuvait. En fait de gore, et malgré Benoît Lestang aux effets spéciaux, on a surtout droit à des litres de gros rouge qui tâche, mais ça reste quand même assez réjouissant de voir le réalisateur Alain Robak et toute la bande liée aux courts métrages compilés en cette même année 1990 dans Adrénaline se démener avec un salmigondis de situations improbables et de personnages débiles pour tenter de faire émerger un sang neuf dans un cinéma français qui s’était jusqu’alors trop rarement aventuré en des terrains aussi marécageux. Une offensive héroïque malheureusement avortée, et ce ne sont pas les années 2000 et leurs pathétiques B-movies qui y changeront quelque chose.

 

Proteus AFF4. Génération Proteus (Demon Seed, 1977)

De Donald Cammel

Où le désir d’enfant va-t-il se nicher ? Une intelligence artificielle à base de protéines de synthèse, judicieusement baptisée Proteus, veut sortir de sa boîte en plastique pleine de circuits intégrés. Pour cela, le plus simple lui paraît être de s’incarner en transmettant son ADN synthétique à une matrice humaine. Autrement dit, l’ordinateur veut être papa et, pour planter sa petite graine, il choisit Julie Christie qui habite une maison à la pointe de la domotique. La domotique des seventies c’est surtout des volets automatiques, des caméras de surveillance et, en guise de majordome, un bras articulé fixé sur une chaise roulante. Mais la prise de contrôle de ce dispositif sommaire permet quand même à Proteus de séquestrer et violer la jeune femme puis de surveiller sa grossesse. 28 jours plus tard – c’est apparemment la durée de gestation d’un ordinateur – l’ordifant arrive à terme… Inspiré d’un roman de Dean R. Koontz et réalisé par le trop rare Donald Cammel, Génération Proteus est un film étrange qui se vautre finalement dans le ridicule en tentant de matérialiser Proteus sous la forme abstraite d’un origami tridimensionnel. L’œuvre reste néanmoins soignée et captivante, avec en prime cette émouvante touche de ringardise d’avant l’ère du PC, où l’on pouvait encore très sérieusement annoncer qu’on allait interroger le computer pour trouver une solution à la faim dans le monde. Pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, l’intérêt de ce quasi huis-clos réside dans le doute permanent qui plane sur le résultat de cette grossesse que vit évidemment très mal le personnage de Julie Christie. A quoi ressemblera le fruit de ses entrailles, cet être hybride, premier specimen de la génération Proteus ? Réponse dans les dernières images du film.

 

L'EvenementAFF3. L’Evénement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune (1973)

De Jacques Demy

Attention, si vous êtes sympathisant de la Manif Pour Tous, la vision de ce film comporte certains risques. En effet cette comédie assez lourdingue, première phase du déclin précoce de Jacques Demy, raconte l’heureux événement qui attend le couple formé par Marco (Marcello Mastroianni) et Irène (Catherine Deneuve). Oui, comme dans la vraie vie, Catherine et Marcello vont être maman et papa, sauf que là c’est lui qui est enceint ! Thème particulièrement en vogue en ce début des années 70, l’égalité des sexes n’est qu’un prétexte pour un réalisateur dont les convictions féministes ne font aucun doute, mais qui préfère s’atteler à une satire sociale et médiatique qui n’est pourtant pas son fort. Demy est sans doute trop beau et trop gentil, n’est pas Jean Yanne qui veut. Toujours est-il que plus le ventre de Mastroianni s’arrondit, plus on s’imagine combien ça va lui faire mal d’accoucher par voies naturelles. Heureusement la fiction trouve une solution. Décevante, à l’image du film.

 

KingdomAFF2. The Kingdom (Riget, 1994)

De Lars von Trier

Riget est une série télé dont la première saison est découpée en 4 épisodes dans son pays d’origine le Danemark, en 5 épisodes dans d’autres pays – ainsi qu’Arte l’a diffusée chez nous en la rebaptisant L’Hôpital et ses fantômes – et qui bénéficie d’une sortie en salles en un film de 4h40 sous le titre The Kingdom, ce qui nous permet de l’inclure dans notre Top et on en est bien content car c’est une merveille d’humour, de suspense, d’angoisse, d’atmosphère et de pure folie. Ce qui est exceptionnel, c’est que ces différentes versions, qui comportent exactement le même métrage dans des montages identiques, sont toutes aussi satisfaisantes à regarder les unes que les autres, défiant en cela pas mal de règles de construction propres à l’écriture sérielle. Sans doute un mystère de plus à ajouter à ceux qui planent sur cet hôpital de Copenhague bâti sur d’anciens marais hantés. Parmi la galerie de personnages qui arpentent les couloirs de cette institution se trouve Judith, médecin dans le service de neurochirurgie, qui refuse d’admettre qu’elle est enceinte d’un fantôme et se prépare à aimer l’enfant qu’elle porte, même lorsque sa grossesse se met soudain à s’accélérer et que son terme arrive au bout de trois mois. Judith n’est pas la protagoniste de The Kingdom – s’il fallait en choisir un ce serait plutôt l’ineffable Stig Helmer – mais c’est vers elle que convergent toutes les intrigues d’un récit éclaté qui n’abandonne aucune de ses pistes. (ATTENTION SPOILER) D’ailleurs le film se clos par l’accouchement de Judith mettant au monde le personnage interprété par Udo Kier. L’acteur, qui incarne de manière récurrente la figure du mal chez Lars von Trier, apportera à The Kingdom 2 une touche des plus inattendues.

 

Rosemary AFF1. Rosemary’s Baby (1968)

De Roman Polanski

A quoi bon faire les malins en essayant de déterrer un sombre bis transalpin ou un Z philippin pour couronner ce Top 5 ? Soyons clairs, faisons simple : Rosemary’s Baby est non seulement un chef d’œuvre, c’est aussi LE must du film de grossesse douteuse. Des premières notes de Krzysztof Komeda sur les plans aériens qui cernent l’immeuble où va se jouer le drame jusqu’au bouleversant dénouement, Polanski ne fait jamais un faux pas, n’en dit jamais trop, établit d’imperceptibles passerelles entre les scènes, ne sombre pas un seul instant dans le ridicule – et pourtant le roman d’Ira Levin ne cesse de l’y pousser –, la direction artistique est sans faute, l’interprétation parfaite, même Cassavetes a l’air d’un bon acteur, bref c’est du grand art. Passive et réservée, Rosemary (le grand rôle de Mia Farrow) vit sa grossesse comme une conspiration, persuadée que tous, voisins, mari, médecin, se sont ligués pour l’offrir à un démon dont elle porterait l’enfant. A la différence de Répulsion et Le Locataire qui travaillent un terreau similaire, Polanski n’élude pas la question de l’origine du problème de son personnage, ce n’est pas parce que personne n’a l’air de croire à son histoire de sorcellerie que, pour autant, Rosemary est paranoïaque. Ce parti pris lui permet notamment de réaliser le tour de force qui consiste à faire croire au spectateur qu’il voit quelque chose alors qu’en réalité il n’y a rien à voir : en montrant les yeux de braise du géniteur démoniaque lors de la scène de la procréation, où Rosemary est plongée dans un demi-sommeil, puis en faisant revenir brièvement, comme une réminiscence, ce plan de regard du démon dans la séquence finale, de nombreux spectateurs demeurent persuadés d’avoir vu ce que contient le berceau du dégoût. Magistral !

 

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