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Tortue Géniale (Critique de La Tortue Rouge, de Michaël Dudok de Wit)

Tortue Géniale (Critique de La Tortue Rouge, de Michaël Dudok de Wit)

Note de l'auteur

Sur une île déserte, un naufragé face aux puissances étranges de la nature. Primé à Cannes, un film d’animation sans parole, poétique, beau comme un haïku. 

10333200Il n’y a pas que Camping 3 dans la vie. C’est vrai que cet été 2016 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices avec des produits manufacturés comme Les Tortues ninja, Star Trek, Peter et Elliott le dragon, Independence Day, Nos pires voisins ou L’Âge de glace 28… Des remakes, des spin-off, des suites. De quoi se flinguer, se mettre au tantrisme en Auvergne ou passer l’été à la Cinémathèque. Au milieu de cet océan de séries Z usinées à coups de millions de dollars par des comptables obsédés par le rendement, une merveille, un film d’animation français, La Tortue rouge, variation sans dialogue sur le mythe de Robinson Crusoé. L’histoire est simple, épaisse comme une feuille de palmier, belle comme un haïku. À la suite d’une tempête en mer, un homme échoue sur une île déserte. Il tente de construire une embarcation de fortune, mais à chaque fois, celle-ci est détruite par une étrange tortue à la carapace rouge…

tortue rouge 2Merveilleux spectacle familial et intergénérationnel, La Tortue rouge est un enchantement visuel. À une époque où les films d’animation semblent tous provenir du même moule, La Tortue rouge lave les yeux. Ici, pas d’explosions en 3D, de montage cut, de couleurs criardes, de musique en Dolby Atmos ou de doublage par des stars hollywoodiennes. Michaël Dudok de Wit parie sur l’intelligence de son spectateur, la puissance de l’imaginaire et joue la carte de la beauté apaisée. Ici, tout est lo-fi, minimaliste, lumineux. Animé « à la main » et à l’ancienne, le film adopte le trait de la ligne claire, comme dans les BD belges, ou le style épuré de certains mangas de Jirō Taniguchi. Constitué de plans longs et contemplatifs, La Tortue rouge se décline à l’aquarelle et au fusain, avec des traits droits, et DdW joue magnifiquement avec les couleurs primaires (l’or du soleil, le rouge d’une chevelure, le bleu azur des flots, le vert émeraude de la forêt de bambous)… Le film porte également la marque du studio Ghibli, normal puisqu’il a été produit par deux maîtres, Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Leur influence fait souffler sur le film un charme, une poésie nostalgique absolument irrésistible.

La Tortue rouge de Michaël Dudok de Wit. En salles depuis le 29 juin 2016.

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