TRON 2 vs TRON

TRON 2 vs TRON

Good evening programs… C’est officiel : Disney a enfin révélé officiellement les grandes lignes du scénario de Tron 2, temporairement titré Tron et produit en 3D. Anglophones, c’est le moment d’exercer vos talents, voilà le communiqué

Tron (title not final) (In Disney Digital 3D™)

Tron is a 3D high-tech adventure set in a digital world that’s unlike anything ever captured on the big screen. Sam Flynn (Garrett Hedlund), the tech-savvy 27-year-old son of Kevin Flynn (Jeff Bridges), looks into his father’s disappearance and finds himself pulled into the same world of fierce programs and gladiatorial games where his father has been living for 25 years. Along with Kevin’s loyal confidant (Olivia Wilde), father and son embark on a life-and-death journey across a visually-stunning cyber universe that has become far more advanced and exceedingly dangerous.

En gros, si Tron racontait l’histoire de Kevin Flynn, concepteur de jeux vidéo propulsé à l’intérieur d’un jeu par le très méchant superordinateur MCP, la suite va raconter comment… le fils de Flynn se retrouve lui aussi propulsé dans le monde des programmes où son père est retenu prisonnier depuis 25 ans. Mouais. Disney crie « suite », je réponds « remake » !

Quelques jours avant le communiqué de la boîte à Mickey, le script de Tron 2 fut passé en revue par le contributeur Tony Lazlo, sur le site CC2K.

Détail important : Lazlo base sa script review sur la lecture d’une première version du scénario, signée Richard Jefferies, dont le nom fut depuis complété par l’arrivée de nouveaux auteurs issus du team de Lost (Edward Kitsis et Adam Horowitz). Lost, qui partage avec Tron le même studio – Disney donc. Vous m’suivez, les aminches ?

Précisons par ailleurs que Steven Lisberger, réalisateur et scénariste du premier Tron, joue un rôle important dans ce Tron 2.0 en gestation depuis plusieurs années. Son nom est ainsi mentionné en tant que scénariste et producteur.

Personnellement je n’aime pas trop les spoilers : je me suis donc contenté de lire le pitch de départ et surtout le petit commentaire d’ensemble de Lazlo, qui hélas ne m’inspire guère d’optimisme.

Le Pitch : Encom is back, donc ! Mais si, remember, la vilaine corporation dirigée, dans Tron, par ce vieux rampant moisi de Dilinger (incarné par l’immmmmense David Warner, qui fait bien deux mètres, c’te corniaud-là). Dans Tr2n, Encom semble être sur le point d’assoir sa domination mondiale avec (si j’ai bien compris) la mise au point d’un réseau global d’information baptisé « X-Net ». A un certain moment du film, Encom répand des virus dans les bécanes du monde entier pour convaincre les opinions du monde entier que X-Net est le seul système de communication 100% fiable pour nos ordinateurs. Heureusement un autre virus veille au grain et s’attaque inlassablement au système central de X-Net : Tron. On retrouvera par ailleurs dans ce film Jeff Bridges, qui reprendra pour notre plus grand bonheur son rôle de Flynn. Mais le héros de Tron 2 sera… son fils Sean, jeune programmateur de génie.

Tony Lazlo détaille les principaux twists de cette version du scénario, sur lesquels je ne vais évidemment pas revenir. En revanche, je suis bien peiné par les premières impressions que lui inspirent la chose : « … un script bourré de problèmes et de potentiel. Il s’agit d’une suite dans le sens « Die Hard 2″ du terme. A savoir, moins une continuation de l’histoire originale – type Empire contre-attaque – qu’un remake dans les règles à plus grande échelle et avec un plus gros budget. Vous savez, comme la plupart des suites… » Ouch, ça sent le purin. Mais restons optimistes et gardons espoir, surtout avec Jeff Bridges qui rempile, ça ne peut pas être complètement mauvais. On en saura d’ailleurs plus sur le film à l’issue du Comic Con de San Diego dans quelques jours.

TRON : FILM CULTE

L’occasion est en tout cas pour moi trop belle de rappeler à quel point le premier Tron, malgré ses défauts évidents (acteurs sans éclat à part Bridges, narration linéaire un brin laborieuse, mise en scène passe partout…), reste, 27 ans après sa sortie, un film implacablement culte et chéri par les geeks. Pourquoi ? Parce que lire les lignes suivantes.

Tron (lire le scénario ici) est sorti en France le 8 décembre 1982. J’avais onze ans. J’ai le souvenir de l’avoir vu au Gaumont Convention, par un terne samedi après-midi d’automne, et d’être sorti de la salle complètement retourné. Exactement comme pour Star Wars, Superman, L’Empire contre-attaque et New-York 1997 quelques années plus tôt. Un choc. Je n’avais pas exactement tout compris mais j’eu un coup de foudre instantané. Pour un môme de onze ans biberonnant à Strange et découvrant avec fascination l’univers des jeux vidéo (ma console de l’époque était une Mattel Intellivision), Tron était une expérience visuelle et sensorielle unique.

http://www.youtube.com/v/PQwKV7lCzEI&color1=0xb1b1b1&color2=0xcfcfcf&feature=player_embedded&fs=1

Six raisons pour lequelles le film devint instantanément mon préféré de tous les temps (jusqu’à ce que je découvre Tonnerre de Feu un an plus tard ;-)) :

– La direction artistique (bon, j’appelais pas ça comme ça à l’époque, hein, mais en gros je kiffais grave le look du film). Cocorico : parmi les designers figuraient notre Moebius national, responsable notamment de la conception des costumes et des décors. Syd Mead, le génial designer industriel inventeur des voitures volantes de Blade Runner, récidiva dans Tron avec les motos-lumière, le voilier solaire et le vaisseau du méchant Sark (l’alter ego virtuel de Dillinger).

– L’idée qu’un vrai monde pouvait exister à l’intérieur de mon Pacman, avec ses êtres pensant, ses règles, son grand méchant et qu’il était de surcroît possible d’être projeté au coeur de ce micro-univers vi
a un shot de rayon laser.

– L’autre idée que, dans ce monde, les programmes informatiques étaient à l’image de leur créateur.

– La cool attitude de Jeff Bridges dans le rôle de Flynn. J’ai longtemps rêvé d’être comme lui : patron surdoué d’un club de jeux vidéo avec un bureau super cosy surplombant la salle des consoles ! Argh, triste réalité, quand tu nous rattrapes…

– La musique féérico-synthético-baroque de Wendy Carlos, ainsi que le morceau rock FM « Only solutions » de Journey, figurant sur la B.O et entendu lors de la visite de Lora (Cindy Morgan) et Alan (Bruce Boxleitner) dans les bureaux de Flynn.

– Une multitude de séquences m’avaient traumatisé : la désintégration de Flynn par le MCP (et sa grosse voix burnée), la poursuite en motos-lumières, le jeu de pelote basque en suspension dans le vide, la sublime scène du voilier solaire, le climax du film avec Sark transformé en colosse…

Tron avait fait sensation dans la presse française, y compris généraliste, par son caractère révolutionnaire. Je me souviens d’un long article dans le Figaro Magazine (oui bon, mes parents sont abonnés au Figaro Magazine…) vantant « le premier film entièrement tourné en images de synthèse » ou quelque chose dans ce goût-là. L’article m’avait fasciné, il démarrait par une double page fracassante où s’étalait plein pot la photo de Jeff Bridges avec son casque et son plastron zébrés de circuits électroniques lumineux. Attention, bande annonce !

http://www.youtube.com/v/3efV2wqEjEY&hl=fr&fs=1&

Filmé en noir et blanc pour ses séquences intra-ordinateur (puis colorisé en post production via différentes techniques qui ne doivent rien à l’image de synthèse), Tron n’était évidemment pas un film « full CGI ». Seules les scènes du passage de Flynn dans le monde des jeux vidéo, ainsi qu’une partie des décors et des véhicules de cet univers, furent à l’époque réellement générés par ordinateur. Au vu des standards d’aujourd’hui, ces images font figure d’âge de pierre de l’image de synthèse. Mais tout désuet qu’il paraisse en 2009, Tron irradie d’une poésie, d’une beauté abstraite, d’une élégance et d’une puissance immersive auxquelles tous les Transformers ou Speed Racer du monde ne pourront jamais prétendre une seule nanoseconde.

Certes, j’en parle habité par mes souvenirs d’enfant. Dans 20 ans, les gamins d’aujourd’hui se répandront peut-être en dithyrambes enflammées sur Speed Racer et ces années 2000 magiques pour le cinéma de genre. Tant pis, j’assume et je replonge dans ma mémoire orientée. A l’époque de Tron, les consoles de jeux vidéo commençaient à envahir les salons et, à la récré, c’était à celui qui avait la plus technologiquement avancée – Atari, Mattel, Philips, Coleco… Ce début des années 80 bouillonnait de geysers d’évasion, ère charnière pour la culture geek, époque-creuset d’un renouveau SF triomphant, du Rubick’s cube, du rêve de la conquête spatiale pré-catastrophe Challenger et des premiers clips vidéo. Sans oublier, je me répète, le boom commercial des jeux.

Un article du New York Times parut en 1982 rappelait à ce propos que le chiffre d’affaires du Pac Man de Namco (soit 1,2 milliards de dollars de l’époque) était trois fois supérieur aux recettes en salles de Star Wars, alors encore le plus gros succès du cinéma de tous les temps. Côté grand écran, l’an 1982 fut particulièrement charnière avec, l’été même de la sortie de Tron aux USA, d’autres oeuvres matricielles de la culture qui irrigue ce blog : E.T, Poltergeist, The Thing, Star Trek 2, Blade runner…

Le New York Times s’alarmait déjà à l’époque de cette révolution des effets spéciaux générée par Star Wars, voyant en elle le risque d’une démission artistique au profit du simple spectacle. Nicholas Meyer, réalisateur de Star Trek 2 : la colère de Kahn, stigmatisait même l’inclinaison toujours plus forte d’Hollywood en faveur de films sans d’autre argument qu’une suite de cascades ou un casting de stars. Il y voyait là, diantre, une forme de pornographie (j’invente rien c’est écrit ici) ! Pauvre Nicholas, si seulement tu avais su à quoi on aurait droit 25 ans plus tard…

Aux yeux du NYTimes, Tron symbolisait donc cette course à l’imaginaire, ce foisonnement de films fantastiques grand public juvéniles qui tranchaient radicalement avec le jansénisme, la maturité du Nouvel Hollywood des seventies. En même temps, le journal rappelait ce que l’on a un peu trop tendance à oublier : Tron est un film d’auteur, pas une grosse machine commanditée par les studios Disney dans le simple but de vendre des jeux vidéo (même si par la suite, l’adaptation du film sur consoles fit en effet un malheur). Tron fut d’abord et avant tout le pari fou de son réalisateur Steven Lisberger. Un metteur en scène issu de l’animation dont, avant Tron, le seul long métrage était un téléfilm animé produit pour NBC : Animalympics. Lisberger dit avoir imaginé Tron après avoir été fasciné par une courte séquence en image de synthèses conçue par la firme informatique MAGI, qui lui laissa entrevoir le potentiel à venir des computers. Le jeu Pong d’Atari fut aussi, dit-il, une source d’inspiration déterminante pour l’écriture du scénario, dés 1976. A l’origine, Tron devait d’ailleurs être un film animé.

Avec son associé Donald Kushner, Lisberger monta tout un studio d’animation en 1977 dans le seul but de donner vie à Tron. Après avoir été refusé par trois studios (Warner, MGM et Columbia), le projet évolua vers un long métrage live et fut acheté par Disney. Le groupe, visionnaire sur ce coup-là et qui avait déjà démontré son savoir faire en images de synthèse sur Le Trou Noir (remember le générique), fut convaincu par le script et des story boards développés par Lisberger avec l’argent d’Animalympics. Mais il s’agissait d’un vrai risque commercial : le studio s’apprêtait à confier à un total inconnu les rênes d’un gros budget expérimental au scénario truffé de scènes pour lesquelles la technologie restait encore à inventer ! Plusieurs animateurs de Disney refusèrent d’ailleurs de travailler sur Tron, persuadés que le film signerait tôt ou tard l’arrêt de mort de l’animation classique en 2D…

Thomas L. Wilhite, tout jeune directeur de production chez Disney, justifiait de son côté l’entreprise par sa conviction que
Tron allait inaugurer l’usage des nouvelles technologies au cinéma. Mais aussi un nouveau genre de 7e art où des personnages virtuels auraient autant le pouvoir de toucher le grand public que des protagonistes de chair et de sang. Trop tôt, beaucoup trop tôt ! Fraichement accueilli par la critique, en France comme aux Etats-Unis, Tron fut un bide en salles. Tout comme Le Trou noir avant lui d’ailleurs, ce qui poussa Disney à mettre un terme provisoire à sa production de long métrages live. L’expérience visionnaire de Steven Lisberger, produite pour une somme allant de 17 millions à 20 millions de dollars selon les sources, ne récolta que 33 millions de dollars de l’époque au box office. Une misère.

Steven Lisberger devint personna non grata et ne tourna quasiment plus rien par la suite – jusqu’à revenir dans la course avec Tron 2.0. Bruce Boxleitner, interprète du double rôle Tron/Alan, vit sa carrière cinéma fauchée en plein vol et resta depuis principalement cantonné à la télévision. Le culte de Tron allait pourtant patiemment faire son chemin dans les consciences des jeunes padawan geeks. Lesquels, une fois parvenus à l’âge adulte, n’hésiteraient pas à revendiquer, comme votre serviteur, l’importance de ce bijou luminescent dans leur patrimoine cinéphilique. Rappelons également que si le film se ramassa, les jeux vidéo sortis dans la foulée, sur arcades et consoles allaient, eux, faire un véritable tabac et engendrèrent un premier foyer important de notoriété.

Aujourd’hui, plus personne ne conteste l’influence majeure de Tron dans la culture populaire, des extravagances numériques des frères Wachowski aux clins d’oeils des techno-freaks de Daft Punk. Quintessence du film nerd/geek/tech (le héros de Chuck conserve l’affiche comme une sainte relique sous verre dans sa chambre), il perdurera sans doute longtemps dans nos imaginaires fertiles pour l’inoubliable voyage qu’il nous proposa de faire au coeur de l’infiniment petit voici déjà 27 ans. Une somptueuse nuit entrelacée de lignes phosphorescentes rouges, bleues, oranges, nimbée d’envoûtants halos visuels et sonores et au coeur de laquelle, malgré tout, vibre le coeur de l’homme contre la machine.

Rendez vous en 2011 pour savoir si la suite se montrera à la hauteur de l’héritage. Perso, j’hésite à prendre les paris…

End of transmission…

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