Au Nom du Père (Bilan de True Detective Saison 02)

Au Nom du Père (Bilan de True Detective Saison 02)

Note de l'auteur

Dimanche dernier, la seconde saison de True Detective s’est achevée sur HBO. L’épiphénomène de la saison passée a laissé place à un vent de révolte, venue d’une critique hostile devant la nouvelle proposition de Nic Pizzolatto. Pourtant, si elle manque à quelques devoirs, elle n’en demeure pas moins nourrie d’intérêt. Peut-être tout simplement plus dissipée et moins immédiate.

Dysfonctionnels. Caractéristique principale des personnages chez Nic Pizzolatto. L’auteur privilégie la gueule cassée, la carcasse usée ou l’innocence fanée. Auteur réparateur quand tout le récit semble conduire vers la rédemption. Toute la première saison était là. Dans le chemin accompli par Rust pour enfin accepter la mort de sa fille. C’est aussi l’endroit que chercheront les différents personnages principaux de cette nouvelle saison. Passer des épreuves comme autant de cercles de l’enfer. Seulement la rémission, très tôt, devenait impossible. Et de conduire le récit dans un cul-de-sac narratif. Tout y est implacable. Tous deviennent des succédanés de Job. Ils subissent les événements, passifs d’une histoire qui les dépasse. C’est également la position dans laquelle on imagine l’auteur, pressé par l’enthousiasme de la première saison.

©HBO

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La figure du père revient une nouvelle fois. Ray Velcoro cherche la reconnaissance de son fils. Frank Semyon tente de devenir père. Woodrugh verra dans sa paternité à venir un moyen de fuir sa sexualité. Il sera question de parricide, d’héritage, de revanche, également. Le thème semble obnubiler Pizzolatto. Et explique peut-être sa facilité à écrire sur des hommes. L’obsession patriarcale est peut-être aussi une façon de se réapproprier son bébé, après la garde alternée de la première saison. La saison souffre de cette structure monoparentale. L’unité visuelle qu’accordait la présence d’un unique réalisateur offrait un garde fou à une narration non linéaire. Ils sont six sur la seconde saison et participent au chaos. L’auteur l’avait peut-être anticipé. Morcellement excessif du récit au point de saborder la cohérence pour la succession. A posteriori, l’effet est intéressant. Sur le fil, il force l’attention jusqu’à devenir fatigant.

L’ambiance et l’histoire évoquait Polanski, Mann ou Friedkin (un temps annoncé comme réalisateur). C’est finalement Lynch qui sera invoqué. Le bizarre sourd dans cette saison. Au point de corrompre la valeur de l’image. De ne plus savoir du conte urbain ou du polar, il faut pencher. C’est-à-dire que le caractère ostentatoire de l’auteur jaillit là où, spectateurs comme personnages, éprouvons l’histoire. Pizzolatto est malin avec le fantôme de Lynch, il invite à la sensation plus qu’à la compréhension. Et c’est uniquement sur la fin, une fois l’intrigue complexe dévoilée, que l’on mesure le trajet parcouru.

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La saison a multiplié les plans aériens de la Californie, s’attardant sur les entrelacs routiers et ses échangeurs monstrueux. Une incitation à l’errance. Comme cette saison, déséquilibrée, où l’endurance fut souvent exigée face à des enchaînements de séquences léthargiques mais où l’on a pu apprécier des moments de pures actions (fin de l’épisode quatre). Finalement, à l’image de ses personnages, cette seconde livraison est une gueule cassée, usée et fanée en quête de rédemption. Pas certain qu’elle y soit parvenue mais le chemin emprunté ne fut pas dénué d’intérêt.

True Detective est diffusé sur HBO aux Etats-Unis et OCS City en France.

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