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Une place au soleil (critique de R, de Tobias Lindholm et Michael Noer)

Une place au soleil (critique de R, de Tobias Lindholm et Michael Noer)

Note de l'auteur

C’est probablement le succès de la série Borgen, co-écrite par l’un des réalisateurs de R, qui a incité les diffuseurs à sortir en France ce film de prison datant de 2010. Ils ont bien fait car on y trouve ce ton radical et immersif que prend parfois le cinéma danois, avec sa caméra qui plonge au coeur de la brutalité et de la violence.

La prison, on sait ce que c’est. On est tous passés par là. Turque, américaine, polonaise, française, russe et que sais-je encore, de Midnight Express à Un prophète, la prison et ses petits trafics, ses rapports de pouvoir et de domination, ses guerres de clans et ses exactions, on connaît tout ça par cœur. Et, devinez-quoi, au Danemark c’est pareil. Copenhague, Saint-Quentin ou les Baumettes, même combat. Un combat pour survivre.

“R” c’est pour Rune, incarcéré pour une peine de deux ans. C’est sa première fois. Il découvre un univers impitoyable et, comme tout nouvel arrivant, doit immédiatement se soumettre à l’autorité des membres de son clan naturel, les Danois, qui à force de pressions et d’humiliations vont faire de lui leur larbin. Au cours de ses heures de travail dans les cuisines de la prison, il sympathise avec Rashid qui appartient au clan adverse, celui des Pakistanais, et se trouve dans une situation proche de la sienne. Ensemble, ils mettent au point une combine dont ils font profiter leurs clans respectifs ce qui leur permet de gagner l’estime de leurs hiérarchies. Rune accède ainsi à une cellule où entre le soleil, et une situation plus digne qu’il doit maintenant tenter de conserver.

Même si R prend une tournure très audacieuse qu’on risquerait de spoiler en l’évoquant autrement qu’en disant que “R” c’est aussi pour Rashid, la lecture du sujet incite inévitablement au rapprochement avec Un prophète de Jacques Audiard. Les deux films racontent en effet l’ascension d’un petit délinquant pas méchant qui, confronté à la brutalité du milieu carcéral, est contraint de s’endurcir et de devenir lui aussi un guerrier féroce et implacable. Mais la comparaison s’arrête là et, encore une fois, ce propos n’est pas d’une originalité folle, il est celui de nombreux films qui aujourd’hui se ressemblent par l’enjeu “comment se faire une place en prison ?”, là où la préoccupation des prisonniers était autrefois “comment s’en échapper ?”

En revanche, R diffère considérablement d’Un prophète par son approche frontale et sa mise en scène immersive qui est celle que les deux coréalisateurs – dont c’était ici le premier film, tourné en 2010 – utiliseront et amélioreront par la suite avec les excellents Highjacking de Tobias Lindhom (où on retrouvera Pilou Asbæk dans le rôle du cuisinier du cargo) et Northwest de Michael Noer, tous deux sortis chez nous en 2013. Violent, nerveux, efficace, sec comme un coup de trique de maton mal embouché, ce cinéma-là fait naître un sentiment d’amertume assez proche de celui que laissent certains films d’Alan Clarke, comme Scum ou Made in Britain, avec même une dose de fatalisme supplémentaire. C’est dire à quel point R est sombre.

En salles depuis le 15 janvier.

2010. Danemark. 1h40. Réalisé par Tobias Lindhom et Michael Noer. Avec Pilou Asbæk, Dulfi Al-Jabouri, Roland Møller, Jacob Gredsted, Omar Shargawi

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